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HISTOIRE DU DAGLIG (HAUT)-GARABAGH A LA LUMIERE DE DOCUMENTS HISTORIQUES

HISTOIRE DU
DAGLIG (HAUT)-GARABAGH
A LA LUMIERE DE
DOCUMENTS HISTORIQUES

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II. Les massacres d'Azerbaïdjanais en 1918

Journal Azerbaïdjan, 21/8 octobre 1918 No. 14

Un passé proche: Chaoumian et Lalaiev

Après que le célèbre chef de la bande de brigands dont l'activité était le vol, T. Amirov qui avait pris la tête de l'armée »socialiste«, eût tué 6.000 pauvres musulmans sans défense à Bakou, et après que le voyou compagnon de beuverie de Martynov, Stepa Lalaiev, à la tête des bandes dachnaktsakan (aussi »socialistes«) eût nettoyé une série de quartiers des représentants de l’intelligentsia musul­mane qu'il sortait de chez eux et fusillait dans la rue, Chaoumian et ses semblables, »gardiens de la démocratie* durent trouver ce stage très brillant pour leurs chefs et Amirov et Lalaiev furent envoyés à Chemakha avec un détachement d'élite de lutte contre les »contre-révolutionnaires«.

On ne sait ce qu'il advint des »contre-révolutionnaires« de Chemakha, mais on sait que le détachement »socialiste rouge« avec à sa tête les »socialistes« Amirov et Lalaiev, tuèrent toute la population musulmane de Chemakha et dévastèrent 40 villages. Devant les cruautés de Lalaiev envers les musulmans de Chemakha, pâlissent toutes les horreurs vues au cours de toute cette guerre.

Ce forfait s'avéra si affreux qu'il ne put rester secret, comme toutes les actions des bandes dachnaktsakan. On en parla et les organes bolcheviques publièrent même un compte-rendu de Chemakha dans lequel les crimes de Lalaiev étaient évoqués par la phrase: »... Et certaines injustices furent commises à l'égard de la population paci­fique. « L'extermination générale de la population musul­mane, l'éventration des femmes enceintes, les outrages monstrueux infligés aux jeunes filles, brûlées vives dans la mosquée, etc., tout cela était pour les dachnaktsakan, »certaines injustices«.

 

Journal Azerbaïdjan, 15 décembre 1918

Les événements du Garabagh

Le gouvernement a reçu le télégramme suivant: Après que les observateurs anglais et français eurent invité les troupes musulmanes et les groupes d'Andranik à cesser le feu, les musulmans quittèrent leurs lignes de défense et se retirèrent.

Le bandit Andranik, profitant de ce retrait, ordonna l'attaque conjuguée des villages musulmans par des groupes d'Arméniens venus de Turquie, du Caucase, et d'Armé­niens locaux. Selon nos informations, tous les Arméniens se révoltèrent et attaquant sauvagement les villages musul­mans voisins, commencèrent à tueries musulmanes, à tran­cher les seins des femmes et les mettre dans la bouche des enfants. Ils relâchèrent deux femmes nues.

Du 9 au 12 décembre, ils détruisirent beaucoup de vil­lages musulmans. A l'heure actuelle, ils détiennent deux femmes musulmanes en captivité.

Je vous demande d'envoyer des troupes.

Zangazour, le Gouverneur, Malik Namazaliev

Le 11 décembre à 21h55

 

Journal Azerbaïdjan, 30/17 mars 1919, No. 67

Un passé proche

Au retrait des soldats turcs sur le front caucasien, les Arméniens de Turquie rejoignirent ceux du Caucase et ensemble, ils se mirent à attaquer et précéder les unités en retraite. D'un côté étaient les détachements d'Andranik, de l'autre, Dro, Keri, Mourad. Tous les villages musulmans abandonnés étaient pillés et dévastés... Simultanément et grâce aux provocations de Chaoumian et d'Avakian, eurent lieu les événements de Chemakha. Une lettre de Chaoumian à ce sujet tomba aux mains du commandant de Gandja. Cette lettre montrait clairement que Chaoumian et Avakian étaient des purs dachnak... Les bandes menées par Stepa Lalaiev attaquaient de nuit les maisons musul­manes, s'emparaient des armes, tuaient les habitants. Les marins de la flotte pratiquaient de même. Cette situation dura de début janvier jusqu'aux événements de mars. Jusqu'au 21 mars, ils exterminaient les musulmans et les cruautés ne cessèrent qu'à la demande du 36e régiment du Turkestan et après la menace des marins et l'intervention de Djaparidzé, le président du comité exécutif, les bateaux de guerre »Ardagan« et »Krasnovodsk« s'approchèrent des rives orientales et menacèrent de tirer le canon sur la partie arménienne de la ville si l'extermination des musul­mans ne cessait pas. C'est ainsi que furent maîtrisées ces forces sombres.

»Le 20 mars - raconte un autre témoin - J'ai vu Tatevos Amirov et trois Arméniens armés entrer dans le bâtiment »Ismailiyé« du côté de la ruelle, vers la rédaction du journal »Kaspii« et peu après, une flamme jaillit et le bâtiment brûla.« L'incendie de l'»Ismailiyé« endommagea l'école Taghiev voisine, mais elle fut sauvée par le personnel de l'établissement qui, sous la grêle des balles, arrosait d'eau le toit de l'école et la défendit.

Henry Barby, correspondant de guerre du »Journal«. Les extravagances bolcheviques et l'épopée arménienne, Paris, Albin Michel, vers 1921

... Sept mille morts pour les Tatars et trois mille pour les bolcheviques et les Arméniens, tel est le bilan funèbre de ces journées sanglantes (page 69).

... Les principaux chefs bolcheviques, Chaoumian, Fialétoff, Djabaritsé etc., furent faits prisonniers. Dans les bagages de Chaoumian, on trouva quatre-vingts millions de roubles en or! (page 186).

L'historien arménien A. Lalayan cite la description que faisait un des »héros« dachnak de Nor Bayazet, Vaaram en 1920, des ses exploits:

»J'ai exterminé la population turque de Basarketchar (région peuplée d'Azéris) sans rien y comprendre. J'ai rassemblé tous les hommes, femmes et enfants et m'en suis débarrassé en bouchant avec des pierres les puits dans lesquels je les avais précipités« (Revolutsionny Vostok Moscou 1936 No. 2-3, P. 92-93). «

Z. Avalov - L'indépendance de la Géorgie dans la poli­tique internationale 1918-1921, Paris 1924, pp. 230-32, en russe.

Il (le major général James G. Harbord) atteste que dans l'Arménie projetée, les Turcs étaient majoritaires avant les transferts forcés et le resteraient même si on renvoyait les réfugiés. L'Arménien ne sait pas cohabiter avec ses voisins. Harbord loue beaucoup d'Arméniens mais il ajoute que par exemple les missionnaires américains préfèrent les Turcs aux Arméniens.

Z. Bounyatov, journal »Elm« 1er novembre 1988, Bakou

A la veille de l'instauration du pouvoir soviétique en Azerbaïdjan et de l'entrée à Bakou d'une partie de la Xle Armée rouge, il existait le danger qu'elle se heurte à l'opposition de l'armée Azerbaidjanaise de 40.000 per­sonnes. Afin de lui faire quitter Bakou, A. Mikoyan se lia avec son ancien chef, le commandant de la brigade dachnak

Amazasp (auprès duquel Mikoyan avait été commissaire) et Antranik, qui étaient alors au service du khan de Maki, et ils transférèrent leurs brigades vers le Garabagh en passant par le Zanguezour. En chemin, les dachnak tuèrent sans vergogne les Azéris (femmes, enfants, vieillards), dans les villages du Zanguezour et du Garabagh. Alors l'armée Azerbaidjanaise, laissant à Bakou près de 2.000 soldats, alla affronter les dachnak et près d'Askeran, les dachnak d'Amazasp et d'Andranik furent défaits et mis en fuite.

... Il n'y eut à Bakou aucun soulèvement du prolétariat car le 28 avril 1920 avait été décrété le pouvoir soviétique et la veille, le parlement azerbaïdjanais avait prononcé sa propre dissolution, votant contre une opposition au pou­voir soviétique.

V. Sanine - Islam et Bolchévisme ... et les Azéris?, Iztok No. 16, septembre 1988, Paris, p. 21.

... C'est l'Arménien Mikoyan qui est alors dépêché de Moscou pour diriger le nouveau parti: il le divise tout de suite en deux, crée un parti russo-arménien séparé du parti turcophone. Un état-major spécial est mis en place à Mos­cou pour «résoudre la question caucasienne«: le Kavburo. Il est dirigé par le Russe Kirov et le Géorgien Ordjoni­kidze. Aucun musulman n'y est décisionnaire.

A. Smolnikov -110e anniversaire de S. Chaoumian, »Pravda«, 13 octobre 1988, p. 3

... Toutefois, défendant le programme bolchevique sur la question nationale à partir de positions marxistes, S. Chaoumian laissait en même temps passer des impréci­sions dans le processus de détermination et d'origine de la nation, en ce qui concernait la langue nationale et l'autono­mie régionale.

Mémoires d'un officier russe, Nouvelles de l'Académie des Sciences de la RSS d'Azerbaïdjan, Série Histoire, Philo­sophie et Droit, No. 3,1988, p. 88, Bakou.

... Le jour de l'arrivée d'Andranik, un des officiers me rapporta que dans le village de Tapa-keuy, les Armé­niens avaient littéralement tué toute la population pacifi­que et sans armes, sans différence de sexe ou d'âge. (Lieu­tenant-colonel Tverdokhlebov, 16/29 avril 1918.)

 

Anahide Ter Minassian. La République d'Arménie (1918-1920). Paris, 1989, pages 75, 91 et 94

... les Tatares (azéri) revendiquent la possession de Ere­van et accusent les arméniens de chercher à créer »un territoire arménien« en ayant recours à la force.

... certes Chaoumian lutte contre toutes les formes de nationalisme et s'il constate avec ironie que »les musulmans rêvent de faire de Bakou la capitale de l'Azerbaïdjan«, en comparaison, sa critique des daschnaks parait beaucoup plus modérée. Et la réciproque est vraie.

Les miliciens arméniens sont entrés dans les quartiers musulmans (à Bakou, en mars 1918) où ils ont brûlé, massacré et pillé.

S. Chaoumian - Oeuvres choisies, T.2, Moscou, 1957, p. 209

»... que trois à quatre mille soldats dachnak étaient entrés dans les rangs de l'Armée Rouge.* Leur présence causa un affrontement entre les communautés arménienne et azérie, mais ceci était inévitable. «

S. Afanasyan - L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie de l'indépendance à l'instauration du pouvoir soviétique

|||* Sur l'extermination des Ouzbeks par les forces unies bolcheviques et dachnaks, voir: The Révolution in Central Asia as seen by muslim bolsheviks. Society for Central Asian studies. Reprint series No. 3, Oxford, 1985, pp. 52-56.*|||

 

1917-1923, Paris, 1981

... Il s'ensuit un affrontement sanglant auquel parti­cipent plus de 20.000 hommes; en trois jours, du 30 mars au 1er avril, on comptera des deux côtés 3.000 tués ou blessés. Le Conseil arménien, qui dispose d'autant de troupes que les bolcheviks, décide d'abord de rester neutre dans le conflit. Soucieux de protéger ses compatriotes, il concentre ses troupes dans leur quartier mais il ne peut les empêcher d'être entraînées dans une action contre les musulmans. Retranché dans la forteresse, écrasé par l'artil­lerie de marine, l'E.M. des mousavatistes se rend. Une délégation conduite par AU Mardan Toptchibachev se pré­sente au Comité pour la défense de Bakou créé par le soviet, qui l'oblige à accepter les conditions de rendition suivantes: les mousavatistes doivent reconnaître le Comité exécutif bolchevik comme seul dans la ville, accepter la subordination de leurs troupes au soviet ou à défaut assurer leur évacuation de la région de Bakou, ne pas obstruer les communications avec Tiflis et Petrovsk.

Après ce succès, les bolcheviks prennent des mesures propres à renforcer leur autorité. Ils ferment les journaux de l'opposition et imposent aux industriels une contribu­tion de 50 millions de roubles. «

Journal Azerbaïdjan, 30 mars 1918, Bakou

»... dans le bâtiment d'Ismailiyé où se tenaient des réunions de musulmans, arriva le 18 mars le grand com­mandant de ville Gaik Ter Mikaélian et annonça, au nom du soviet national arménien et du parti dachnaktsoutioun, que si les musulmans s'opposaient aux bolcheviques, les unités armées arméniennes rejoindraient les musulmans et les aideraient à chasser les bolcheviques de Bakou«.

D. Gousseïnov - Le 8ème anniversaire des événements de mars à Bakou. Bakinskiy rabotchiy, 31 mars 1926

»...Il est intéressant de remarquer que cette nuit-là (30 mars 1918), le comité musulman de Transcaucasie s'est adressé plusieurs fois par téléphone au conseil arménien, lui demandant d'envoyer rapidement des représentants à l'état-major afin de préparer un plan militaire commun; les dachnak A man n'ont cessé de retarder leur venue; ils donnaient une heure et ne venaient pas... Leur manoeuvre n'était pas difficile à comprendre: attendre, ne pas prendre de décision tant que les forces des deux parties ne seraient pas claires. «

La voix de l'Histoire et de la Raison« - Université de Bakou, Juin 1988, pp. 7-8

»... Il y eut en mars 1918 une terrible effusion de sang à Bakou, centre révolutionnaire du Caucase.

Trois jours durant, les unités armées dachnak, rentrant chez elles du front russe en passant par Bakou, accom­plirent un véritable pogrom, causant la mort de plus d'un millier d'innocents, vieillards, femmes et enfants.

En ces jours tragiques, une rencontre eut lieu à Bakou entre trois révolutionnaires caucasiens, Nariman Narimanov rencontra Chaoumian avec lequel il eut une conversa­tion sincère. Narimanov dit qu'ils représentaient tous deux les intérêts des opprimés et que ce qui se passait dans les rues de Bakou n'était pas la Révolution, ce n'était pas pour cela qu'il combattaient, que ce qui se passait en ville était un véritable massacre national, qu'un camp était armé et l'autre non; il suppliait, exigeait d'arrêter immédiatement cette tragédie et prétendait qu'en cas contraire, lui et ses compagnons ne pourraient être dans le même parti. L'effu­sion de sang cessa.

En juin 1919, dans un discours sur des événements de mars, Narimanov soulignait: »... J'ai écrit à Chaoumian »Vous devez démontrer à la population de l'Azerbaïdjan que les événements de mars ont eu lieu en dépit de notre volonté i.e. du pouvoir soviétique et que cette affaire a été suscitée par des traîtres et ennemis de l'ordre soviétique. On pourrait ainsi prouver aux Musulmans du Caucase, de Bakou, que l'établissement de l'ordre soviétique n'est pas entre les mains des dachnak sanguinaires. Dans le cas contraire, un profond abîme sera creusé à Bakou et au Caucase. Mais malheureusement, disait Narimanov, on n'a pas prêté attention à mes propos. A son retour de Chemakha, mon cher camarade Meshadi Azizbekov m'a raconté les larmes aux yeux la tragédie dont il avait été le témoin (i.e. les événements de mars 1918 à Chemakha où les unités armées de T. Amirov (le père d'A. Amirian, l'un des Commissaires de Bakou) et de S. Lalaian qui étaient auparavant à Bakou, »tuaient tous les Azerbaïdjanais sans distinction d'âge ni de sexe; ils commirent une horreur telle que le monde n'en avait jamais vu; les enfants à la baïon­nette, les autres au sabre; ils repoussèrent les gens vers la mosquée, l'arrosèrent de Kérosène et la brûlèrent; ils déva­stèrent chaque maison; ils brûlèrent toute la ville«. Pour moi, il fut clair que le pouvoir soviétique se trouvait à Bakou, l'otage des dachnak. Il est évident, continuait Nari­manov, qu'après les violences infligées à la population azerbaïdjanaise par des bandes arméniennes, le prolétariat azerbaïdjanais était en droit de se détourner du pouvoir soviétique, de se placer sous la protection de sa bourgeoisie et d'attendre une aide venant d'elle et par son intermé­diaire celle de la Turquie ».

Les habitants de Bakou étaient en droit d'ériger un monument aux victimes innocentes de leurs frères tués par les dachnak car la mémoire est due non seulement aux morts mais aussi aux vivants. Pourtant ce monument ne fut pas érigé, ce qui fut certainement juste. La mémoire est sacrée si elle sert des idéaux clairs, les intérêts de tous. La mémoire qui sème le trouble et sert l'égoïsme des fanati­ques égarés doit être livrée à l'oubli au nom de la sérénité, de la fraternité, de l'avenir radieux. On dit en Orient »L'inimitié éternelle est un sentiment bestial, les gens doivent aussi savoir pardonner. «

A. Haberkorn - Du Passé. Revue de documents sur l'histoire de l'organisation bolchevique à Bakou et de la Révolution d'octobre en Azerbaïdjan. Bakou 1924, p. 53

»... Le soviet de Bakou dut en silence assister aux agissements partisans des dachnak face à la contre-révolu­tion mousavatistes. Mais après la victoire de mars nous ne nous sommes pas assez énergiquement à mon avis désolidarisée des éléments contre-révolutionnaires. Nous avons exigé des mousavatistes la dissolution de la «Division Sau­vage », nous les avons chassés du soviet mais nous avons peu insisté sur la dissolution des dachnak et les avons gardés dans le soviet. Ceci a créé une ambiance et a particulièrement mal influencé la population azerbaïdja­naise. »

Tamara Dragadze - The Armenian-Azerbaijani conflict: structure and sentiment. Third world Quarterly, London, January 1989, page 59

In 1920s the Caucasus was overrun by the Bolsheviks, in which the Armenians dominated.

Ibrahim Sarvanly - Les événements de mars 1918 à Ba­kou. Mémoire de maîtrise, Istanbul, 1988

... Et peut-être un jour sera érigé à Bakou un monument à la mémoire des victimes des journées de mars 1918.

Roy Medvedev, A. Mikoyan: stabilité politique. Argu­ments et faits, No. 19,13-19 mars 1989, p. 5-6, Moscou, en russe.

Le jeune Mikoyan participait à la répression du soulève­ment des Mousavatiste - le parti nationaliste azerbaïdja­nais (mars 1918 - ndlr). En 1926-27, Mikoyan prit le parti de Staline. Dans les années 30 est apparue dans le peuple une plaisanterie amère: »I1 n'y a pas de viande, pas de beurre, pas de lait, pas de farine, pas de savon, mais il y a Mikoyan« (Tous ces mots commencent en russe par le lettre M, comme Mikoyan - ndlr). A l'automne 1937, Mikoyan se rendit avec Malenkov en Arménie afin de procéder à une »épuration« des organes du parti et de gouvernement de cette république des »ennemis du peuple ». Le résultat de cette campagne fut la mort de milliers de personnes totalement innocentes.

Tadeusz Swietochowski - Russian Azerbaijan 1905-1920. The shaping of national identity in a muslim community. Cambridge - London - New York, 1985, pp. 112-119

... Alors que 1917 touchait à sa fin, le principal fait de la conjoncture en Transcaucasie concernait non l'évolution de la politique de Tiflis ou de Bakou, mais plutôt un processus en cours en Turquie de l'est: l'effritement du front russe du Caucase. Alors que des masses de soldats révolutionnaires montaient dans des trains pour rentrer chez eux, le commandement russe du front accepta l'idée que les tranchées vides pourraient être remplies de nou­velles unités levées localement, sur une base nationale. En fait cette solution se révéla d'une valeur militaire limitée, mais elle eut inévitablement des répercussions politiques lointaines. Les Arméniens furent les premiers à former un corps national, commandé en décembre 1917 par le fameux général Ozanian Andranik. A la même époque existait aussi un corps géorgien organisé par le général Odeshelidze. Les chrétiens de Transcaucasie furent encouragés dans cette initiative par les représentants diplomatiques et militaires anglais, français et américains. Evidemment, les plans des Alliés pour les opérations de reprise sur le front caucasien ne visaient pas à utiliser des troupes musulmanes contre les Ottomans. Pourtant, comme les Arméniens re­doutaient la perspective d'une marche des Ottomans en Transcaucasie, les Azéris devinrent craintifs quand ils les virent s'armer au milieu de tensions intercommunautaires croissantes.

En 1917, les leaders azéris déclarèrent que le sous-pro­duit le plus nocif du régime russe était la politique tsariste consistant à exempter des musulmans de la conscription. Dès les premières semaines qui suivirent le redressement de la monarchie, les musulmans de Russie avaient réclamé le droit de constituer leurs propres unités dans le but de pallier leur désavantage vis à vis de leurs voisins chrétiens, militairement entraînés. Le cabinet de Kerenski ajourna son assentiment jusqu'à fin septembre et même alors, refu­sa l'aide en équipement. Les unités militaires musulmanes ne se constituèrent en Transcaucasie qu'après la chute du gouvernement provisoire. Elles étaient, comme leurs con­treparties arméniennes et géorgiennes, organisées sous les auspices de conseils nationaux. Le noyau du Corps national musulman était le régiment de cavalerie »Tatar« de la Division sauvage, transféré de Pétrograd. Le général Shikhlinski en assurait le haut commandement et les offi­ciers venaient des rangs de l'armée russe en désintégration, avec une préférence donnée aux musulmans. Les Azéris manquaient encore d'armes que leur refusaient le comman­dement du front caucasien et le soviet de Bakou, ce dernier insistant sur le fait que les forces armées devaient être organisées sur une base de classe et non ethnique, en recrutant des travailleurs de confiance.

Avec des armes en leur possession, les Azéris entre­prirent spontanément de prendre le contrôle des environs, et leurs efforts furent sporadiquement coordonnés par le Conseil national de Gandja, le centre du pouvoir musul­man le plus influent en province.

Au début de mars, les soldats de la Division sauvage désarmèrent la garnison probolchévique de Lenkoran et des irréguliers azéris s'emparèrent du dépôt de munitions des bolcheviques à Chemakha. Entre-temps, de sanglantes escarmouches entre musulmans et Arméniens éclataient continuellement, les plus sérieuses étant celles d'Erevan, Ardahan, Gandja et Garabagh.

C'est dans une telle conjoncture que prit forme la nou­velle alliance tactique des bolcheviques, cette fois avec les Dachnakistes. Bien que fulminant contre tous les nationa­listes, Chaoumian choisit les musulmans »qui rêvent de faire de Bakou la capitale de l'Azerbaïdjan«. Le nom d'Azerbaïdjan avait dans sa bouche un son de dérision. Au contraire, les bolcheviques critiquaient les Dachnakistes avec modération et les Arméniens les payèrent en retour.

A la fin de l'hiver 1918, les musulmans de Bakou étaient de plus en plus inquiets de la présence de troupes armé­niennes. Contrairement à la situation dans les campagnes, les forces azéries dans la ville étaient désavantagées par rapport aux Dachnakistes bien armés. L'ironie du sort voulut que les unités arméniennes qui devaient partir au front ne purent le faire car les communications ferroviaires avaient été rompues par des bandes musulmanes. Les con­férences locales des conseils nationaux musulmanes et arméniennes sur l'évacuation des forces dachnakistes furent infruc­tueuses, les mousavatistes de Bakou n'ayant aucun con­trôle de ceux qui avaient stoppé le trafic ferroviaire.

L'incident qui provoqua l'explosion survint le 24 mars quand le soviet donna l'ordre de désarmer les hommes de la Division sauvage à bord du »Evelina« dans le port de Bakou. La réaction musulmane fut immédiate.

La question ayant causé la confrontation entre 10.000 Azéris et 6.000 hommes des troupes soviétiques à Bakou, fut l'attitude des Dachnakistes et de leurs 4.000 hommes bien armés, voire davantage. Les Arméniens s'étaient d'a­bord déclarés neutres et les musulmans entrèrent dans la bataille persuadés qu'ils n'auraient pas à combattre les Dachnakistes qu'il virent rejoindre les forces soviétiques le 31 mars. Accablés par une combinaison si puissante, les Azéris réclamèrent un cessez-le-feu le lendemain.

Dans leur première confrontation armée avec le centra­lisme bolchevique, les Azéris avaient essuyé une défaite bien que leur peine ne fût pas exagérée. Les événements prirent une tournure véritablement tragique une fois l'ulti­matum accepté, lorsque les Dachnakistes alliés aux bolche­viques se mirent à piller, brûler les quartiers musulmans de la ville. Narimanov voyait à présent la concrétisation de ses prévisions néfastes. Dans sa description de la seconde phase du conflit il donne libre cours à son amertume envers les Dachnakistes, mais il exprime aussi son sentiment sur l'alliance Dachnakiste-bolchévique contre les musulmans:

»Même si un musulman était bolchevique, on ne lui faisait pas de quartier. Les Dachnakistes disaient: Nous ne reconnaissons aucun bolchevique; si tu es musulman, cela suffit. Ils tuaient qui ils voulaient, ils pillaient et vidaient les maisons... Sous la bannière du bolchevisme, les Dach­nakistes commettaient toutes sortes d'atrocités envers les musulmans. Non seulement les hommes, mais même les femmes enceintes n'étaient pas épargnés. «

Les combats ne cessèrent que dans la nuit du 2 avril, avec une perte de 3.000 vies selon les estimations de Chaou­mian. Des milliers de survivants musulmans fuyaient la ville, paniques. Leur conseil national et leurs organisations politiques se dispersèrent et leurs leaders cherchèrent re­fuge à Gandja ou Tiflis.

Les résultats du combat sont excellents pour nous« déclara Chaoumian au Sovnarkom le 13 avril. Après avoir décrit les événements, il conclut, exultant: »Notre in­fluence bolchevique était déjà forte à Bakou et à présent, nous sommes maîtres de la situation au plein sens du terme«. Dans son enthousiasme, Chaoumian ne pouvait se souvenir qu'en 1905 lui-même avait accusé le tsarisme de tirer profit des massacres entre musulmans et Arméniens. On doute qu'il n'ait pas vu une similitude, contrairement aux Azéris.

Après les «journées de mars«, les leaders azéris ne par­lèrent plus d'autonomie mais plutôt de séparation et pla­cèrent leurs espoirs non plus dans la Révolution russe mais dans un soutien de la Turquie.

La République de l'Azerbaïdjan du Caucase, Paris 1919, pp. 17-21

... A ce moment-là, l'anarchie complète régnait en Transcaucasie, à l'instar de la Russie. Les soldats qui rentraient du front, travaillés par la propagande bolcheviste, ne voulaient reconnaître aucune autorité. Il y eut en maints endroits des rixes sanglantes entre soldats et indigènes. Les chemins de fer ne fonctionnaient plus. La crise de l'alimen­tation se faisait sentir d'une façon de plus en plus aiguë.

Sous prétexte qu'un petit groupe de militaires musul­mans voulait transporter quelques dizaines de fusils de Bakou à Lenkoran, les bolcheviks exigèrent que ces armes leur fussent livrées. Comme les musulmans refusaient, les bolcheviks ouvrirent le feu et, ne se contentant pas de coups de fusils, mirent en mouvement leurs mitrailleuses. Il y eut des blessés et des tués de part et d'autre.

C'est ainsi qu'une terrible guerre civile commença à Bakou. Elle dura quatre jours, du 18 au 22 mars (calendrier Julien); pendant ce temps, la population musulmane fut bombardée, fusillée, et brûlée avec toute la haine et la force destructive possible.

Dans cet épisode sanglant qui eut de si funestes consé­quences pour les musulmans, le rôle prépondérant fut joué par les Arméniens qui se trouvaient à Bakou à ce moment, groupés là, comme partout ailleurs, autour de leur parti nationaliste par excellence »Dachnaktsoutioune«.

Les représentants de ce parti ainsi que ceux des autres partis arméniens composant le Conseil national arménien, avaient, quelque temps avant les événements du 18-22 mars, engagé des pourparlers avec les représentants du Comité central musulman de la Transcaucasie, pour régula­riser les relations politiques et nationales de deux peuples voisins. Malgré cela tous les »Dachnaktsoutioune« et même le parti modéré national démocrate, se transfor­mèrent en bolcheviks, ayant au milieu d'eux, les guidant peut-être, près de 7.000 soldats arméniens, qui, rentrés du front occidental, étaient restés sur place à la suite de l'arrêt de la circulation des chemins de fer transcaucasiens.

Ainsi qu'il fut établi plus tard, ces mêmes soldats partici­pèrent à la guerre sociale, entreprise par les bolcheviks dans le but d'arriver au pouvoir, transformée par la popula­tion arménienne de Bakou en guerre nationale entre Ar­méniens et musulmans.

Les Arméniens qui, sous le pavillon du bolchevisme, se ruèrent sur les musulmans et massacrèrent pendant les quatre effroyables journées de cauchemar, plus de 12.000 personnes, dont beaucoup de vieillards, de femmes et d'enfants.

L'historien futur ne manquera certes pas, d'étudier cette question, mais dès maintenant on peut affirmer que les Arméniens des autres régions ne pouvaient approuver la conduite de leurs compatriotes de Bakou.

La conduite des Arméniens, à l'égard de la population musulmane, fut plus qu'agressive dans le district de Chemakha, les massacres des musulmans, les assassinats de familles entières, les victimes fusillées, la destruction et les incendies de centaines de villages et de l'ancienne ville azerbaïdjanais de Chemakha, ont bien fait voir que tous ces faits étaient l'oeuvre des Arméniens seuls, et que les bolcheviks n'y étaient pour rien.

Et, en effet, les vrais bolcheviks se sont non seulement fait un paravent des Arméniens, mais firent entendre des protestations contre la brutalité des »bolcheviks« arméniens donnant libre cours à leur haine de race contre les musulmans.

Guidées par l'arménien Chaoumian, chef du Soviet des commissaires de Bakou, les organisations bolchevistes s'é­taient accrues de »Dachnaks« chauvins, qui réglaient leurs comptes nationaux avec les Azerbaidjanais, sous le cou­vert du bolchevisme.

La haine et la cruauté dirigées exclusivement contre les musulmans ont fait naître de justes reproches et de vives protestations chez les bolcheviks eux-mêmes et chez les éléments non musulmans de la population. C'est ainsi que le corps de l'Ecole d'aviation de Bakou, exclusivement composé de Russes, ne cacha pas son mécontentement au sujet de la conduite de ces »bolcheviks«.

Le régiment d'infanterie du Turkestan, faisant autrefois partie de l'armée russe, fut encore plus révolté. Se trouvant par hasard à Bakou au moment des événements du mois de mars, les officiers et les soldats de ce régiment, leur com­mandant en tête, ont rédigé un ordre du jour enjoignant de cesser les agressions de caractère nationaliste, contre les musulmans de Bakou. Ils menaçaient, en cas de refus, de prendre les armes contre les coupables.

Les organisations »bolchevistes« arméniennes, se sont naturellement empressées de se défaire du dit régiment, en lui facilitant son départ par mer, et en le renvoyant ainsi dans sa patrie.

Outre les organisations de toute sorte, toute la presse »bolcheviste« se trouvait aussi entre les mains des Armé­niens: L'ouvrier de Bakou, les Nouvelles du Soviet des députés, ouvriers, soldats et matelots de Bakou. Grâce à cela, non seulement la bourgeoisie locale, mais toute la classe intellectuelle musulmane était journellement expo­sée aux poursuites, et accusée d'appartenir au parti con­tre-révolutionnaire*. On confisquait les biens et on discré­ditait les gens de toutes les manières possibles. Il en résulta que la plupart des Azerbaidjanais quittèrent Bakou et la région pétrolifère, ne trouvant pas d'autre moyen d'échap­per aux cruautés et aux actes de sauvagerie de ces nationa­listes arméniens »bolcheviks«.

Il est fort possible que cela fit partie du plan nationaliste de ces derniers: débarrasser la ville de ses vrais proprié­taires - les Azerbaidjanais - pour s'emparer des richesses naturelles et y régner ensuite en maîtres! Ce plan existait pourtant malgré sa folie, et il fut mis à exécution. En voici une preuve:

Dans leurs violences contre les musulmans, les Armé­niens de Bakou ont été secondés par les troupes armé­niennes, dirigées par le Conseil national arménien (section de Bakou).

Ces troupes avaient à leur tête des gens de triste mémoire tels que AMAZASP, STEPHANE LALAIAN, et d'autres qui se faisaient - puisque la situation l'exigeait - passer pour des bolcheviks de la garde rouge. Cependant, quand vint l'ordre de rattacher à la garde rouge toutes les troupes nationales et parmi elles les régiments arméniens, d'éva­cuer Bakou et la région voisine, les soldats arméniens commencèrent à s'agiter, sentant s'écrouler sous leurs pieds la force réelle qui les soutenait. C'est à partir de ce moment qu'on remarque, chez les Arméniens, une haine farouche contre les vrais bolcheviks de Bakou. Du reste, ces derniers furent bientôt renversés par les Arméniens qui s'arrogèrent tout le pouvoir jusqu'au moment de la prise de Bakou par les troupes azerbaïdjanaises.

Le voyage sanglant d'Andranik en Azerbaïdjan en 1918-1919

»Né à Chabin-Karahissar en 1865, Andranik (Ozanian) se consacra dès 1888 à l'action révolutionnaire dans la province de Sivas. En 1892, il adhère à la FRA-Dach-naktsoutioun. A partir de 1899, il est chef des groupes de résistance et 38 villages sont sous son contrôle. Bientôt, il domine toute la région de Bitlis et de Mouch. En novembre 1901, assiégé près de Mouch dans le monastère des Saints Apôtres, il parvient à échapper à l'encerclement. En 1904, devant les effectifs turcs considérables engagés contre lui, il doit se retirer en Perse. De là, il passe au Caucase puis à Vienne. Démissionnaire de la FRA en 1907, il se rend dans les Balkans, participe au mouvement macédonien de la libération et dirige une troupe de 230 volontaires armé­niens pendant la première guerre balkanique de 1912. Au début de la Première Guerre Mondiale, il se rend au Caucase et forme une unité de 1000 volontaires qui contri­bue à la victoire de Diliman en avril 1915. Uni aux unités de volontaires arméniens du Caucase, il chasse les Turcs de la région sud du lac de Van, mais est contraint à la retraite en juillet.

En décembre 1917, il est général commandant la division d'Arméniens occidentaux composée de trois brigades qui sont intégrées dans l'ensemble du corps arménien en jan­vier 1918.

En mars 1918, contraint d'évacuer Erzeroum, il donne sa démission, se retire à Tiflis et forme une nouvelle bri­gade d'Arméniens occidentaux, mais il ne participe pas à la bataille de Sardarabad en mai 1918.

Hostile aux dirigeants de la République arménienne qui ont signé avec les Turcs le traité de Batoum, il reconnaît le gouvernement, de la Russie soviétique et en déclare le Nakhitchevan partie intégrante (juillet 1918).

En décembre 1918, il allait marcher sur le Garabagh quand il en est empêché par un message du commandant des forces britanniques d'occupation: c'est la raison pour laquelle à ce jour encore, cette province n'est toujours pas rattachée à l'Arménie.

En mars 1919, les Anglais le contraignent à disperser sa troupe, et en avril il quitte la Transcaucasie. Il ira en France, en Angleterre et en Californie, tentant partout de poursuivre son action en faveur de son peuple et de son pays. Il mourra à Fresno en 1927.

Les autorités soviétiques refusèrent l'entrée de sa dé­pouille mortelle en Arménie. Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris, où, en 1970, le maréchal Bagramian alla se recueillir sur sa tombe. «

Cette courte biographie d'Andranik est tirée de la revue ANI (Cahiers Arméniens No. 4, juin 1988, Paris, p. 72). J'aimerais l'étoffer et parler des «actes héroïques» d'Andranik en Azerbaïdjan, dans les années 1918-19.

Au début de la première guerre mondiale, Andranik se rendit de Bulgarie en Russie, quand le parti dachnaktsoutioun entreprit de former les unités volontaires pour la lutte contre la Turquie, ayant comme espoir d'utiliser la situation pour étendre la «question nationale» et avec la permission du haut commandement de l'armée cauca­sienne.

Se présentant personnellement au représentant local du Caucase et s'étant assuré son soutien, Andranik prit la tête des divisions volontaires.1

L'écrivain azerbaïdjanais M. Ordoubadi a décrit dans son roman »Tabriz la brumeuse » les activités d'Andranik: »En 1915, Andranik-Pacha, célèbre pour sa violence, en­voya à Tabriz des gens de confiance. Depuis quelques jours, ils recrutaient des volontaires parmi les Arméniens. La trahison se tramait sous le signe de l'accomplissement par les pauvres Arméniens de leur devoir »sacré«. Ils furent nombreux à mordre à l'hameçon des dachnaks et à s'enrôler. «2

Evoquant l'attitude d'opposition des ouvriers arméniens de Tabriz, Ordoubadi écrit plus loin: «Pourtant les petits négociants et les pauvres étaient contre la levée de troupes d'Andranik. Ils comprenaient qu'une telle politique pou­vait avoir des répercussions néfastes sur le destin de la population arménienne de Tabriz. Mais ils n'avaient pas la possibilité de s'y opposer ouvertement car les dachnak armés patrouillaient en ville, menaçant de mort les mécon­tents. De nombreuses familles arméniennes prirent l'atti­tude d'Andranik-Pacha comme l'annonce d'un grand mal­heur. Les dachnak ressentaient le sourd mécontentement du peuple. Ils armèrent de fieffés coupeurs de têtes qui, menacés de mort, recrutaient des »volontaires« sans écouter leurs protestations et au besoin, employaient la force. «

Exploitant la dure situation de la population arménienne en Turquie, soumise aux agissements violents du pouvoir turc, les nationalistes arméniens pris en mains par le parti dachnaktsoutioun, avaient en leur temps, développé une vaste propagande nationaliste et antimusulmane au Cau­case.

Elaborant un programme vastement diffusé de libération du peuple arménien du joug turc et de création de la Grande Arménie, et utilisant à bon escient la phraséologie socialiste, les dachnak s'efforçaient d'attirer à eux les masses laborieuses. En fait, ils menaient une politique réactionnaire et antipopulaire.

Se retranchant derrière des phrases sur la liberté et la patrie, les dachnak trahissaient en fait les intérêts de leur peuple dont les meilleurs représentants menaient un dur combat pour la libération sociale et nationale du peuple arménien. Cette propagande dachnak reçut un écho parti­culièrement large dans la période de la première guerre mondiale. En soulevant les Arméniens contre la popula­tion musulmane, ils les incitaient à la combattre et faisaient tout pour développer les affrontements nationaux en Transcaucasie.

Par ailleurs, cette politique aventurière et antipopulaire causa une nette aggravation de la situation des Arméniens de Turquie soumis à une répression accentuée de la part du pouvoir turc.

Il s'ensuivit »un sévère jugement des dachnak caucasiens par les Arméniens de Turquie qui les accusaient d'avoir causé la mort de leurs frères et exigeaient que le parti dachnaktsoutioun se mêle de ses affaires et non de celles des Arméniens de Turquie puisque l'activité aventurière des Arméniens de Transcaucasie n'avait pas abouti à la liberté de l'Arménie et avait causé la mort d'Arméniens de Turquie. «3

La politique criminelle des dachnak avait un exécutant docile et fervent en la personne d'Andranik Ozanian. Der­nièrement, dans la presse et la littérature arméniennes sont apparues des notes concernant Andranik, dans lesquelles il est dit qu'»en 1907, il se serait retiré du parti dach­naktsoutioun dont il aurait été membre seulement sur assertion des journaux dachnak«.4 Ceci est une tentative maladroite de défendre Andranik de toute appartenance à ce parti antipopulaire et de la responsabilité qu'il porte devant l'histoire du peuple arménien comme instrument des nationalistes bourgeois. Par ailleurs, Andranik lui-même, dans une lettre adressée au journal »Ayastan«, évoquait son départ de ce parti en octobre 1917. Pourtant, les raisons de ce départ sont incompréhensibles. Sa déclara­tion au journal est très vague et imprécise: »Sans en men­tionner la raison, j'annonce aux camarades dachnaktsou­tioun que je quitte les rangs du parti dachnaktsoutioun. «5

Même si l'on considère qu'Andranik a officiellement quitté le parti dachnak en 1917, comment percevoir alors les déclarations du journal arménien publié à Tiflis, selon lequel le général Andranik a représenté à l'étranger jus­qu'en 1920 le gouvernement dachnak.6 Cela ne fait pas de doute qu'il resta un fidèle exécutant de la politique criminelle des dachnaktsakan, ce qui est confirmé par toute son activité ultérieure.

Ils subsiste des documents témoignant du fait qu'Andranik avait annoncé sa soumission au gouvernement central de Russie, au service duquel il était prêt à se placer avec ses troupes armées.7 Pourtant cette déclaration doit de toute évidence, être examinée comme une tactique, une manoeuvre destinée à détourner l'attention de ses véri­tables objectifs, afin que ses troupes armées puissent conti­nuer librement d'agir.

Le vrai visage d'Andranik se dévoila en été 1918 quand, profitant de la situation difficile du pouvoir soviétique à Bakou, qui reflétait les conflits entre Turcs et Anglais/Alle­mands, il passa avec ses troupes la frontière de la province de Gandja et fit irruption à Zanguezour. Les bandes détrui­sirent et brûlèrent de nombreux villages et les habitants furent exterminés ou chassés de chez eux. Au début de juillet 1918, les troupes d'Andranik qui se dirigeaient vers Djoulfa pour rejoindre les Anglais, firent irruption dans les gorges de l'Arax, anéantissant sur leur chemin les vil­lages azéris sous prétexte de la guerre contre les Turcs.8

En septembre 1918, les troupes d'Andranik dévastèrent dans la région de Zanguezour les villages de Rout, Darabs, Abadou, Nagoudou, brûlèrent Arakhli, Shioukiour, Melikli, Poulkend,Shaki, Kizil-Djak ainsi que les villages azé­ris de Kara-Kilisa, Irlik, Pakhloulou, Kiourtlar, Kotanan, Sisian et Zabazadour. Il y eut 500 tués, hommes, femmes et enfants.8a

Ainsi que le disaient les publications d'alors, à la fin de septembre 1918, les bandes d'Andranik entreprirent un massacre systématique de la population azérie du 1er ar­rondissement de Zanguezour et détruisirent totalement les villages de Gortkiz, Dastaghir et d'autres.9 Les documents d'archives attestent cette situation terrible dans laquelle se retrouvèrent les habitants, notamment ceux des villages azéris, après le passage des bandes d'Andranik. De nom­breuses femmes et enfants sans abri, erraient dans des rues.10

Cet horrible tableau du massacre massif d'une popula­tion pacifique et démunie se reproduisit ensuite dans d'autres arrondissements de Zanguezour, surtout à partir de mi-novembre 1918.

Le journal »Azerbaïdjan« annonça, selon un télé­gramme reçu de Zanguezour, que les troupes d'Andranik avaient dévasté plus de 10 villages azéris à 15 verstes d'Ordoubad: Kilit, Legvaz, N.Vartanazour, B.Vartanazour, Tey, Kougakar, Tagamir et d'autres, et avaient assié­gé les villages d'Alidara, Tougout, Marziit, Piouvadi et Ernazour.11 »La population paniquée a tenté de fuir vers la Perse, beaucoup de femmes et d'enfants ont péri dans L'Arax. Les rescapés errent sans abri sur les rives de l'Arax. Le même sort guette dans les jours prochains les musulmans démunis de Zanguezour et d'Ordoubad, les troupes d'Andranik ont implacablement décidé d'extermi­ner les musulmans qui n'ont aucun recours. »12 L'auteur du télégramme demandait que soient prises des mesures d'ur­gence d'aide à la population pacifique et de constitution d'une commission spéciale pour confirmer les horreurs commises par les bandes d'Andranik.

Les troupes d'Andranik à Zanguezour atteignaient à la fin de l'année 12.000 hommes, avec 1.600 cavaliers et des moyens de montagne et de campagne. Parmi eux avait trouvé refuge un grand nombre d'officiers cosaques blancs libérés par lui à Khoy(en Iran).13

En novembre 1918, les bandes d'Andranik pénétrèrent le territoire de Gandja. Les télégrammes envoyés du 8 au 13 décembre par le gouverneur de Gandja à Bakou, au ministre mousavatiste de l'intérieur, relatant les méfaits des troupes dachnak d'Andranik contre la population azé­rie à Djevanchir, Djebraïl, Zanguezour et Choucha, ac­compagnés de pillages et de massacres des habitants paci­fiques.14 Il y eut plus de 30 villages azéris détruits dans les environs de Zanguezour.15 Dans son télégramme, le com­mandant militaire de Zanguezour décrivait les horreurs commises par les troupes d'Andanrik et déclarait qu'elles avaient pour but de nettoyer la région de la population musulmane et de l'intégrer à la république d'Ararat, d'ou­vrir la voie aux troupes et de s'emparer de Choucha. Il déclarait également que dans plus de 50 villages musul­mans, la population avait été entièrement massacrée et la campagne entièrement brûlée.16

Le journal »La Pensée Russe« annonçait au printemps 1919 sous une correspondance intitulée »Les horreurs du Karabakh«, que l'invasion de Zanguezour par les troupes d'Andranik avait eu pour résultat la destruction de 119 villages musulmans et plus de 50.000 personnes en fuite.17

Il faut remarquer que les troupes d'Andranik s'attaqua­ient à la population azérie mais aussi arménienne, ainsi que l'écrivait le journal »Notre Voie«: »Nettoyant toute la province du Karabakh de la population turque (i.e. azérie) et s'octroyant tous les droits, cet »éminent« conquérant sème la terreur et la désolation parmi les otchag azéris, mais nous avons entendu émis aussi par les Arméniens eux-mêmes, le souhait qu'un pouvoir quel qu'il soit, vienne enfin à bout de ce général.«18

Cette attitude défavorable de la population arménienne de régions entières vis à vis des troupes d'Andranik est attestée par une lettre de ce dernier, datée du 22 novembre 1918 et publiée dans le journal »Notre temps«.19 Andranik écrivait qu'ayant pénétré avec ses troupes à Abrakounis, il s'était heurté au refus de collaborer des organisations lo­cales et à l'opposition de la population arménienne.20 Dans la même lettre, il écrivait: »Ne pouvant compter sur aucune aide, j'ai dû aller à Gherousi, y espérant une aide locale. Mais ne la trouvant pas et m'étant heurté à des difficultés, j'ai annoncé aux soldats qu'ils étaient libres et que ceux qui le désiraient pouvaient partir. «21

Même ce que reconnaît malgré lui Andranik témoigne de l'état d'ébranlement de sa gloire, et il était loin de jouir parmi la population arménienne, de la popularité qu'on tente de lui attribuer.

Les représentants diplomatiques du gouvernement d'Ararat tentèrent de nier tout lien avec les activités d'An­dranik, pourtant les personnes nommées par lui à Etchmiadzine d'Erevan attestent qu'il accomplissait avec le fanatisme d'un dachnaktsakan les directives du gouverne­ment dachnak antipopulaire.

Il faut prêter une attention particulière aux liens étroits qu'entretenait Andranik avec les représentants des mis­sions étrangères envoyées en Transcaucasie par les puis­sances de l'Entente. Ceux-ci sont évoqués par un membre de la Diète de Transcaucasie à Tiflis le 7 mars 1918. Dans son intervention, il lut le texte d'un télégramme adressé par Andranik à la mission anglaise et au consulat des USA en Transcaucasie, publié par le journal »La République* le 5 mars 1918: »Etant donné que je me suis retrouvé entouré de traîtres et de perfides, je demande à être libéré de ma charge de chef des troupes. «22

Ainsi que le montre ce télégramme, Andranik et ses troupes étaient placés sous l'égide de la mission anglo-américaine de Transcaucasie. Le général Andranik agissait ouvertement contre les intérêts du pouvoir soviétique à Bakou, seule oasis de pouvoir des soviets en Transcaucasie en 1917.

En ce qui concerne son rôle de traître à l'égard du pouvoir soviétique, contrairement à ses propres assertions, il est prouvé par l'activité d'Andranik durant l'hiver et le printemps, 1918, à la période difficile où la Transcaucasie se trouva aux prises avec l'invasion des intervenants étran­gers.

Dans son rapport consacré au 25e anniversaire du parti de Bakou et au 4e anniversaire de l'Azerbaïdjan sovié­tique, G.V. Tchitcherine, commissaire aux affaires étran­gères de l'URSS disait: »Dès après la paix de Brest-Litovsk, quand l'armée turque commença à envahir d'abord Batoum, Kars et Ardagan, puis plus loin, le premier à opposer une résistance aux Turcs fut le général Nazarbekov, puis, quand il disparut de la scène, le combat fut repris par Andranik, agent de l'Entente. A partir du Caucase, Andranik tentait de s'introduire à Ourmia, en Azerbaïdjan du sud (iranien) afin d'y rejoindre les troupes de l'expédi­tion anglaise de Densterville. Mais les soldats turcs occu­pèrent Ourmia et Tabriz avant Densterville et le firent reculer. «23

Rappelant dans ce rapport la disposition des forces con­tre-révolutionnaires, dirigées depuis le sud vers la jeune république soviétique, G. Tchitcherine citait à juste titre parmi les ennemis du pouvoir soviétique le nom d'Andra­nik qui se retranchait derrière de grandes phrases sur la défense de la patrie, mais en réalité trahissait ses intérêts, et ceux de son peuple et attisait la colère entre deux peuples frères de Transcaucasie.

Se montrant servile devant les occupants, il jouissait de leur protection et agissait pour leurs intérêts en gardant un contact constant avec eux.

Les liens qu'entretenait Andranik avec les pires ennemis du pouvoir soviétique, en particulier avec le général Bitcherakhov qui joua un rôle perfide dans la tragédie de la Commune de Bakou, sont attestés par le délégué arménien près la mission anglaise, qui évoque une lettre d'Andranik à Bitcherakhov24 : »Les dachnak étaient très étroitement liés à la garde russe blanche, des membres du gouverne­ment jusqu'au célèbre Andranik. «25 A l'appui de ses pro­pos, I. Chakhchine évoque une déclaration confidentielle au ministre arménien des affaires étrangères: »Esaoul Bort envoyé par Andranik tomba malade du typhus et l'envoi du paquet du général Denikine au général Andranik fut retardé. « 26 On ne sait, dit Chakhchine, ce qu'écrivait Deni­kine à Andranik mais à l'examen des documents, il parait évident que l'on ne peut douter de l'existence d'une union politique et militaire entre Denikine et les dachnak.27

En décembre 1918, le général Thompson qui comman­dait les soldats anglais à Bakou envoya à Choucha et Gherous ses représentants, soi-disant pour protéger les villages azéris des méfaits des bandes dachnak. En réalité, ces représentants soutenaient Andranik et ses bandes dans leurs excès à l'égard de la population pacifique. D. Soultanov, agronome de Zanguezour, rapporta en janvier 1919 au gouverneur de Gandja que le représentant de la mission anglaise, le major Gibbon avait décidé de livrer à Andranik les 4/5 du territoire de Zanguezour.28 Soultanov déclarait aussi qu'il »voyait une évidente partialité des Anglais en­vers Andranik«.29 Ce qu'attestait aussi le major Gibbon le 8 décembre 1918: »Sur décision ferme et catégorique du général Thompson, commandant des soldats de Bakou, la défense des routes, de la rivière Akara jusqu'à Gherous et de tout le district de Zanguezour où sont installés des Arméniens ayant fui la Turquie, doit être confiée au general Andranik.«30 En outre, Gibbon lui-même annonça le 26 décembre 1918 qu'il avait demandé à Andranik de rester à Gherous et informa de sa décision le général Thompson.

Devant la complaisance de la mission franco-anglaise en Transcaucasie, qui réclama le 11 décembre 1918 le départ des troupes azéries de défense des régions peuplées par des Azéris, Andranik exposait les villages azéris à la dévasta­tion et se montrait violent aussi avec la population armé­nienne qui refusait d'aider ses troupes et de participer aux pillages et aux massacres.31 Il pratiquait couramment la peine capitale par pendaison.

La dévastation des campagnes azéries se prolongea du­rant tout le mois de décembre 1918 et ou début de janvier 1919. La mission franco-anglaise ne prenait aucune mesure de protection de la population azérie alors que les troupes d'Andranik livraient impunément ces régions au glaive et au feu.32 Dans les premiers jours de 1919, les villages de Koulechlou, Adjilou, Argazou, Aksardou, furent dévas­tés. Les habitants de Chagardjik, Agatchatchagouz, Oktchi se rendirent aux bandes dachnak après un long siège. Les troupes d'Andranik envahirent Kiragakh, Moladou, Kokhou, Kabaghi, Gabarlou, Kitchi, Bachbachi, Mahmoud-lou, Keydamikh, Ghetchatou, Kourouzat, Kaytchan, Kire et Adjibedji, dont ils exterminèrent les habitants.33

Devant une telle situation, les collaborateurs de la mis­sion anglaise à Choucha et à Gherous ne s'inquiétèrent que de la route ouverte pour Andranik, des usines de Kagar à Choucha et au-delà. 34 Le chef de Zanguezour rapportait alors à Bakou que «l'extermination bestiale des musulmans se fait impunément en présence des missions des grandes puissances. »35 Quant à l'accord passé entre Andranik et les Anglais et leur total soutien, ils sont attestés par la déclara­tion de la population azérie de la province d'Erevan qui, se plaignait de son exil forcé, doutait du soutien du représen­tant anglais qui accompagnait Andranik.36

La dévastation des villages azéris par les bandes d'An­dranik et le massacre des habitants ne ralentirent pas jus­qu'au printemps 1919. Ses coupeurs de tête violaient les femmes, se moquaient des cadavres d'Azéris tués, faisaient fuir les bêtes, pillaient les biens. Le 23 février 1919, une troupe menée par Andranik sortit de Gherous vers Dikh alors que 400 de ses hommes venaient d'Akarak.

Andranik prit la direction de Choucha et de l'Arax par Akarak, comme pour contourner la population azérie de Zanguezour; son but était de s'emparer de tout le territoire montagnard de Djebraïl et de Gandja jusqu'à Asouran, et de Zanguezour jusqu'au pont de Khoudaferin.37

Ce n'est qu'au début de mars qu'ils quittèrent l'Azer­baïdjan, avec l'accord de la mission anglaise.38

En avril 1919, Andranik dissout ses troupes, remit ses armes au Catholicos d'Etchmiadzine et partit pour l'étran­ger, ainsi que l'écrit l'académicien M. Nersisian.39 Ayant parcouru nombre d'états européens, il se fixa aux USA (Californie) où il mourut le 31 août 1927.

L'itinéraire d'Andranik, en particulier les dernières an­nées où il a servi avec ferveur le parti dachnaktsoutioun en Transcaucasie, ont bizarrement éveillé récemment l'admi­ration de certains historiens, ce qui ne peut manquer de soulever de sérieuses objections. On reste perplexe devant l'effort fait pour présenter Andranik comme un héros na­tional, chef de la lutte de libération du peuple arménien, 40 ce qui ne correspond pas du tout à sa valeur marxiste-léniniste des événements survenus en Transcaucasie et notam­ment en Arménie, quand le parti communiste était la seule force capable d'organiser la lutte des travailleurs pour la victoire du pouvoir soviétique. Aucun des articles vantant les mérites d'Andranik ne mentionne de documents per­mettant de juger de relations positives des bolcheviques arméniens avec ce »combattant« du bien-être national. Ceci est logique car ériger en »héros national« un homme dont les mains sont souillées de sang, seul pouvait le faire le parti dachnaktsoutioun, antipopulaire, nationaliste et servant les intérêts de la bourgeoisie.

Apparemment, si l'envie n'en manque pas, on ne peut prouver totalement le côté criminel des activités d'Andra­nik, et espérant toutefois le blanchir, M. Nersisian tente de les expliquer comme étant des »erreurs«. »Par exemple, il [Andranik] ne se faisait pas toujours une idée nette de la bonne voie pour libérer son peuple, il ne comprenait pas toujours la politique perfide des «grandes puissances* sous leur masque d'amies et de protectrices.»41

Il est difficile d'adhérer à cette image positive du person­nage d'Andranik et encore plus de reconnaître en lui un »héros national«. Il faut l'examiner de façon sérieuse, objective et avec une attitude marxiste-léniniste.

Javad Aghazadeh, Bakou, (en cours de publication)

Notes

1 M.S. Ordoubadi, Tabriz la brumeuse, Ile partie, Bakou 1966 p. 260 - 61.

2 ibid.

3 S.N. Basilaia, La Transcaucasie dans les années de la première guerre mondiale, Souk-houmi 1968, p. 114.

4 Vagan Davguian, Le centenaire de la naissance d'Andranic, le héros national dans la Revue «Arménie littéraire* 1965.

5 Revue »Le messager arménien», Moscou 1917, No 41-42, p.23.

6 Tiré du journal »La misère de l'Azerbaïdjan», Nr. 54, 28 septembre 1920.

7 Les nouvelles du Soviet des députés ouvriers, marins, paysans et de l'Armée Rouge, No.

140 (362), 18 (5), 18 juillet 1918, Bakou.

8 Archives Centrales Nationales (ACN) de l'ASSR de Nakhitchevan, Fo 314, op. 5/63, p. 199.

8  a. Archives Centrales Nationales de la révolution d'Octobre (ACNRO) de Géorgie F2, op. l, d 9, p. 12.

9 «Azerbaïdjan» No. 34, 13 novembre (31 octobre) 1918, p. 3.

10 ACNRO d'Azerbaidjan, F 895, op 1, d 1, p. 38.

11 “Azerbaïdjan” No. 56, 10 December 1918, p. 4.

12 ibid.

13 ibid.

14 ANCRO d'Azerbaidjan, F 894, op 4, d 65, p. 130.

15 ibid, p. 129.

16 «.Azerbaïdjan. 10 décembre 1918.

17 »La pensée russe» No. 01,9 mars 1919.

18 »Notre voie» No. 1,17 février 1919.

19 »Notre temps» No. 4, 3 janvier 1919.

20 ibid.

21 ibid.

22 ANCRO de Géorgie, F 2, op 1, d 9, p. 12.

23 «L'ouvrier de Bakou» No. 107,14 mai 1924.

24 «Notre temps» No. 8,10 janvier 1919.

25 I. Chakhine, Le dachnaktsoutioun au service des commandements de l'armée russe blanche et de l'Angleterre au Caucase, Tiflis 1931, p. 12.

26 ibid., p. 13.

27 ibid.

28 ANCRO d'Azerbaidjan, F 894, op 4, d 65, p 44.

29 ibid., p. 45.

30 ibid.

31 ibid. p. 130.

32 ANCRO d'Azerbaidjan, F 894, op 4, d 65, p. 18.

33 ibid., p. 142.

34 ibid.

35 ibid., p. 17.

36 »Kaspii« No. 8, 14 janvier 1917.

37 ANCRO d'Azerbaidjan, F 894, op 7, d 8, p 31-32.

38 ibid., op. 4, d90, p. 16.

39 «Kommounist» No. 46 (9353) Erevan, en russe, 25 février 1965.

40 M. Nergisian, Le héros national. A l'occasion du centenaire de la naissance d'Andranik Ozanian, «Kommounist» No. 46 (9353), 25 février 1965.

Vagan Davguian, Le centenaire de la naissance d'Andranik, «Arménie littéraire» 1965. I.Kh. Bagramian, Mes mémoires, Erevan 1979.

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