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KAVBUREAU. DAGLIG QARABAGH. STALINE

KAVBUREAU.

DAGLIG QARABAGH.

STALINE

Ñòð.| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |


"Le Soir" (Bruxelles), 11 octobre 1989. Azerbaïdjan : avec les Arméniens otages du Nagorno-Qarabagh (Extrait).

Le 30 août 1989 un Arménien de 70 ans se jetait du Sème étage d'un immeuble cossu de la banlieue de Bakou. Sur la table il laissait une lettre: "Je rends responsables de ma mort les Arméniens extrémistes du Nagorno-Qarabagh et d'Arménie. Je lis les journaux et je vois à la télévision combien de malheurs et de chagrin ils ont apporté au peuple d'Azerbaïdjan. J'y pense sans arrêt et je ne peux supporter cette honte. En signe de protestation, je me donne la mort".

Il laisse une fille qui, depuis l'instant où sa voisine (Azerbaïdjanaise) l'a embrassée en disant "Désormais tu es l'aînée de ta famille", relit les articles consacrés à l'affaire Petoyan et tente de comprendre. Tereza qui, comme la majorité de la communauté arménienne de Bakou, refuse de .penser à demain, doute de tout sauf de sa volonté de rester sur place. Tereza qui partage la rancoeur de cette communauté contre les Arméniens d'Arménie "qui ont oublié que nous paierons cher leurs agressions contre les Azerbaïdjanais. C'est facile d'être extrémiste à Erevan, plus facile encore à Paris ou à Los Angeles quant vos gosses sont au chaud face à la télévision".

Deuxieme   Partie

L'Armée Rouge à Bakou

Le  Monde,  21-22 janvier   1990

"Les troupes soviétiques sont entrées en force dans la capitale de l'Azerbaïdjan, au cours de la nuit de 19 à 20 janvier." (L'histoire se répète, au cours de la nuit de 27 à 28 avril 1920 la Xlème Armée Rouge entrait à Bakou, la capitale de la République d'Azerbaïdjan- ndlr)

Décret du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan sur l'abolition de Pétât de siège à Bakou (Bakou, 22 Janvier 1990)

Nous, Soviet Suprême d'Azerbaïdjan, considérant que l'unique but de l'intervention de l'Armée soviétique dans la République était, en vertu de l'article 81 de la Constitution de l'URSS, de normaliser la situation dans la Région Autonome du Nagorno-Qarabagh et de restaurer l'autorité souveraine de la RSS d'Azerbaïdjan, exprimons la colère et l'indignation du peuple azerbaïdjanais devant le nassacre de la population pacifique de Bakou, capitale de la République, par les unités militaires du Ministère de la Défense et du Ministère de l'Intérieur de l'URSS et du KGB, qui ont tué et blessé des centaines de personnes. En outre, considérant le fait que les organes dirigeants suprêmes de l'URSS ont crûment violé les termes de l'accord sur les bases de l'URSS et la Constitution de l'URSS en prenant la décision d'imposer un état d'urgence sans l'agrément de la RSS souveraine d'Azerbaïdjan, violant ainsi les droits et lois souverains de l'Azerbaïdjan, nous déclarons que:

1. Le décret du Présidium du Soviet Suprême de l'URSS du 19 janvier est une agression contre la souveraineté de l'Azerbaïdjan, et nous accusons les organes suprêmes du pouvoir de l'URSS et les officiels qui ont ordonné ce décret, qui a causé des centaines de victimes à Bakou et alentour, de crime contre le peuple azerbaïdjanais.

2. Vu le fait que le décret du Présidium du Soviet Suprême de l'URSS du 19 janvier 1990, imposant l'état d'urgence à Bakou et dans d'autres régions de la République d'Azerbaïdjan, a violé la clause 14 de l'article 119 de la Constitution de l'URSS en passant outre les organes suprêmes d'Azerbaïdjan, nous déclarons ce décret nul et non avenu partout, excepté le Nagorno-Qarabagh et les régions frontalières avec l'Arménie, selon l'article 6 de la loi constitutionnelle sur la souveraineté de l'Azerbaidjan.

3. Nous exigeons l'annulation immédiate du décret du présidium du Soviet Suprême de l'URSS du 19 janvier 1990 sur l'instauration de l'état d'urgence à Bakou et dans les autres régions de notre république, à l'exception du paragraphe 2 de ce décret. Nous exigeons le retrait de tous les détachements militaires de Bakou et des autres régions de la République.

4. Nous formons une commission de députés et de représentants d'organisations publiques pour révéler et juger les organisateurs du massacre de citoyens d'Azerbaïdjan à' Bakou et dans d'autres régions de la République.

5. Nous confirmons l'appel aux Soviets Suprêmes des Républiques de l'Union et aux gouvernements de tous les pays démocratiques du monde, demandant la condamnation de cet acte de vandalisme et d'agression qui a causé des centaines de victimes et violé la loi internationale.

6. Si nous ne recevons pas de réponse positive des organes de l'union, nous proposons de poursuivre les travaux de cette session extraordinaire et d'entamer des discussions sur le maintien des relations de ('Azerbaïdjan avec l'URSS.

Signé par Elmira Kafarova, Présidente du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan et par P.Gazieva, secrétaire du Présidium du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan. (Central Asia and Caucasus Chroniclc, vol 9, N° 1, March 1990)

A. Chahbazov - "Etat d'urgence ... " Bakinski rabotchi,  2   février   1990

... En 1904-1905, la vague révolutionnaire de Russie déferla sur Bakou. C'est alors que fut émis "l'ordre d'instaurer l'état d'urgence à Bakou et dans la province de Bakou". Ce document fut paraphé en décembre 1906 par le tsar Nicolas II en personne.

L'état d'urgence fut instauré pour la seconde fois au Caucase et à Bakou en 1914, en pleine première guerre mondiale. Cet ordre fut'signé le 12 août 1914 par le comte I.Vorontzov, vice-roi du Caucase.

Appel de la présidente du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan

(Cet appel, adressé au Soviet Suprême d'URSS, aux Soviets Suprêmes des Républiques de l'Union, aux peuples de l'Union Soviétique, aux Nations Unis et aux parlements du monde, fut entériné lors de la session extraordinaire du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan qui s'est tenue à Bakou le 22 janvier 1990).

Un crime horrible et sans précédent a été commis contre la population pacifique de BaKou et de tout l'Azerbaïdjan. L'état Soviétique, signataire des conventions d'Helsinki et de Vienne, prévoit la tenue d'une conférence internationale sur les droits de l'homme à Moscou en 1991. De plus, l'état Soviétique s'est déclaré partisan de la démocratisation et de la nouvelle pensée, et affirme être en train d'élaborer une règle de loi à l'intérieur de l'état. Le même état, ignorant ses propres lois, a violé plusieurs articles de la Constitution de l'URSS par son agression ouverte contre l'Azerbaïdjan dans la nuit du 19 au 20 janvier 1990, non sanctionnée par le Soviet Suprême de l'URSS et sans l'accord des organes suprêmes de notre République. Sans avis préliminaire et tandis que la situation à Bakou s'était stabilisée, la ville de Bakou, la RSS autonome du Nakhitchevan et d'autres régions de la République furent attaquées par des mitrailleuses, des chars et les forces de l'air et navale. Ceci fut suivi par le massacre impitoyable de la population qui manifestait contre l'état d'urgence et la présence de détachements militaires dans la ville. Des centaines de personnes sont mortes, des milliers ont été blessées et ont disparu. Parmi les morts il y avait de nombreuses femmes, enfants et vieillards et le décompte définitif n'est pas encore fait.

Les criminels de l'armée, dépourvus de toute humanité, ont même écrasé des ambulances sous leurs chars et tué des médecins qui tentaient de venir en aide aux blessés. Les militaires ont essayé de cacher le nombre véritable de morts en évacuant les cadavres par hélicoptère, les noyant dans la mer ou les brûlant. L'intervention fut justifiée par les désordres qui avaient eu lieu à Bakou les 13 - 15 janvier et jusqu'à ce jour on n'a pas pu déterminer qui étaient les véritables organisateurs des massacres. On a également utilisé comme prétexte pour cette sanglante expédition punitive, l'invention absurde au sujet d'un éventuel coup d'état en Azerbaïdjan et la soi-disant existence de détachements armés des militants du fondamentalisme islamique. La clause 14 de l'article 119 de la Constitution de l'URSS stipule que la déclaration de l'état d'urgence est de la responsabilité du Présidium du Soviet Suprême de la république où apparaissent les troubles. Comme chacun sait, la décision (d'imposer l'état d'urgence) ne fut pas soumise au présidium du Soviet Suprême de notre république, et elle fut prise sans l'accord de la présidente du présidium du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan. Le président du présidium du Soviet Suprême de l'URSS, au lieu de défendre les droits souverains de l'Azerbaïdjan ainsi que l'envisage la Constitution de l'URSS, a signé ce décret illégal, violant toute législation (soviétique).

Le Soviet Suprême d'Azerbaïdjan exige que soit mis un terme immédiat à ce crime sanglant contre notre peuple, la levée de l'état d'urgence imposé par le présidium du Soviet Suprême de l'URSS, et le retrait consécutif de tous les détachements punitifs du territoire de la République.

Le Soviet Suprême d'Azerbaïdjan appelle le peuple de notre pays et le monde entier i condamner cette boucherie commise sur le sol azerbaïdjanais.

Le Soviet Suprême d'Azerbaïdjan et le peuple azerbaïdjanais vous appellent à vous exprimer contre ce crime.

Signé par Elmira Kafarova, présidente du présidium du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan, et par P.Gazieva, secrétaire du Présidium du     Soviet Suprême d'Azerbaïdjan. (Central Asia and Caucasus Chronicle, vol 9, N° 1, March 1990)

Le Monde, 24 janvier 1990

... Moscou a passé sous silence, mardi 23 janvier, l'ultimatum lancé la veille par le parlement azerbaïdjanais pour réclamer le départ des troupes de Bakou, mais s'est félicité des messages d'appui reçus d’Occident.

Nouveaux pouvoirs pour Gorbatchev -Susan Cornwell, Reuters, The Independent, 22 février 1990.

Quand M. Gorbatchev a signé l'ordre d'envoyer les troupes en Azerbaïdjan, il n'avait pas l'autorité constitutionnelle pour agir ainsi, ni comme président, ni comme chef du Parti.

Farhad AGHAMALIEV : Entre croix et croissant. Journal "Umid", mensuel du Centre indépendant d'information d'Azerbaïdjan. Moscou, avril 1990 (p. 7-8).

La bonté pieuse ne consiste point à tourner votre face du côté de l'orient et de l'occident, mais l'homme bon est celui qui croit en Allah et au Dernier Jour, aux Anges et i l'Ecriture et aux Prophètes, qui donne du bien - quelqu'amour qu'il en ait - aux Proches, aux Orphelins, aux Pauvres, au Voyageur, aux Mendiants...

(Coran, II, 172)

Je suppose que Mikhaïl Gorbatchev n'a pas lu le Coran. S'il l'avait lu, il n'aurait pas parlé de "facteur islamique" en Azerbaïdjan sur le même ton qu'il eût dit "Attention, mines!". Ce facteur serait, selon Gorbatchev, le seul et véritable argument invoqué pour l'intervention des troupes à Bakou qui ont montré une violence sans précédent à l'égard de leur propre peuple.

Par ailleurs, à la question portant sur l'existence d'un fondamentalisme musulman dans la République, une partie de l'intelligentsia azerbaïdjanaise répond par la négative avec une hâte qui semble cacher quelque honte. C'est étrange. Car ces intellectuels au grand front devraient savoir que la négation par l'URSS du droit religieux de prêcher ouvertement la bonne parole est l'une des causes de la deshumanisation que nous constatons aujourd'hui. C'est pourquoi, certains se sont emparés de terres étrangères: ils ont détourné honteusement leurs regards du ciel éternel baigné par la lumière de la vérité et de la justice. Les biens terrestres, même au prix du sang, leur ont semblé être le seul but de leur vie d'hommes. L'existence même de l'Islam qui est à l'origine de toute une culture et qui a joué et continue à jouer un rôle déterminant dans le destin de nombreux peuples, se passe de commentaire. Mais il faut souligner les viles tentatives de l'utiliser à des fins de spéculations géopolitiques pour dresser les peuples d'URSS les uns contre les autres.

L'idée du "fondamentalisme islamique" d'Azerbaïdjan a été délibérément élaborée depuis deux ans par les mass-médias soviétiques. Les cadreurs et photographes qui filmaient les manifestations de masse à Bakou provoquées par le "problème du Qarabagh", s’efforçaient de fixer les rares drapeaux portant l'emblème de l'Islam. Ces images, tirées à des millions d'exemplaires (et en particulier utilisées par les "Nouvelles de Moscou"), ont ancré dans l'opinion publique l'idée que c'est ce "facteur islamique" qui caractérisait le mouvement azerbaïdjanais et non le désir de démocratie et de souveraineté.

Une question s'est alors posée : pourquoi le mouvement avait-il pris une orientation religieuse ? Il fallait lui trouver une base "historique" plus solide que l'allusion à l'Iran de Khomeiny. La réponse a été fournie par A. GOLOVKOV dans le journal de gauche "Ogoniok" en avril 1989 (numéro 18) : "Gueidar Alievitch ALIEV, alors premier secrétaire du C.C. du P.C. d’Azerbaïdjan, était sage et lucide, à la différence de son collègue d' Erevan Demirtchian qui, même lorsque s'ébranla son fauteuil après le plénum de juin 1987, ne porta pas son regard vers Etchmiadzin...

Gueidar ALIEV, lui, fit comprendre à son peuple que la direction du parti de la République n'était pas contre l'Islam et la religion musulmane se mit brusquement et rapidement à se renforcer". Ainsi, G.ALIEV aurait favorisé la renaissance musulmane. ALIEV, sous le règne duquel pas une mosquée ni medressé ne fut ouverte en Azerbaïdjan et qui avait fait accrocher aux murs de milliers de maisons, dans les villes et villages, des slogans comme "Le peuple et le parti sont uniques" ou des phrases brejneviennes comme "L'Azerbaidjan avance à grands pas". On sait qu’il a été dépassé.

Un "détail" encore, pour contredire la falsification d'OGONIOK. Pour être un véritable musulman, il faut connaître le Coran, il faut au moins l'avoir lu, ce qui est impossible si l'on ne connaît ni l'arabe ni le persan. Aujourd' hui, 99% des Azerbaïdjanais ne connaissent malheureusement niJ'arabe ni le persan; le 12 avril 1912, le journal "Kaspi" écrivait : "...il serait souhaitable que 1' intelligentsia musulmane s* occupe d’une tâche importante, la traduction du Coran en turc-azéri". La traduction ne fut faite que 70 ans après, mais ALIEV comme son successeur BAGUIROV en ont interdit la publication sous le prétexte formel de la non-ingérence de l'Etat dans les affaires religieuses. En fin de compte, la rumeur du "facteur islamique" dans le mouvement azerbaïdjanais fut mise en circulation.

On peut bien sûr "expliquer" à loisir par la religion le fait que des millions de gens soient décidés à ne pas se laisser arracher une partie de leur territoire. Mais seulement dans le cadre d'un élan patriotique nourri de spiritualité et aspirant à un but élevé. Et sur le terrain d’un long régime "favorable" au Christianisme, l'Islam engagé en URSS dans un long combat, peut paraître "sous pression" et comme toujours prêt à se rendre. Pourtant le "dégel" dans l'attitude de l'Etat envers les musulmans se passe plus lentement qu'à l'égard des chrétiens. Remarquez le nombre de voix qui s* élèvent aujourd’hui pour sauver les églises orthodoxes dont beaucoup déjà ont été rendues à 1' Eglise, ce qui est juste et généreux. Mais pourquoi le même processus est-il si lent en ce qui concerne 1' Islam ? Pourquoi les ministres du culte et l'intelligentsia des peuples "intéressés" sont-ils les seuls à clamer la nécessité de restaurer les mosquées et de restituer les précieuses reliques religieuses ? On ne peut justifier ces mêmes intellectuels qui, en camouflant leur jugement sous une terminologie pseudosavante, ne font qu' ancrer dans les esprits 1' idée que la violence est indissociable de l'Islam et qu' elle lui est en quelque sorte, inhérente.

Le 3 février 1990, E.AMBARTSOUMOV a publié dans le journal "Sovietskaia kultura" un article intitulé "Qu'y a t-il en avant ?". C'est en fait la reprise d’un point de vue de la revue italienne "Panorama" sur l'avenir politique. Le prétexte était évident et l'auteur voulait souligner le passage suivant : "... la menace de récidive de l'épidémie revancharde allemande est passée. Il existe un élément nuisible qui peut se révéler dangereux pour la stabilité et l'intégrité des états de l'Europe de l'Est. Il s'agit de l'intégrisme de l'étiologie musulmane, surgi dans des structures arriérées et des groupes ethniques non modernes".

Plus loin, par le biais des relations entre musulmans et chrétiens du Kosovo en Yougoslavie, E.AMBARTSOUMOV glisse vers le conflit arméno-azéri. On peut imaginer les effets que peuvent avoir sur la conscience des masses le parallèle avec la revanche et l'opposition "musulmans-orthodoxes". Nous imaginons les arguments "savants" avec laquelle joue l’auteur. "L'Intégration", c'est l'union ; dans ce contexte, elle est synonyme de "fondamentalisme". "L'étiologie" c'est en médecine l'étude des causes d'une maladie. Donc le raisonnement d'AMBARTSOUMOV est le suivant : on peut parler des tares des groupes ethniques de confession musulmane car leurs structures sociales sont tout à fait arriérées. D’eux, il faut s'attendre à tout mal, d’eux vient la menace sur tout le monde chrétien.

Pourtant, en suivant cette logique, on ne peut expliquer que les Arméniens représentant des "structures sociales" non arriérées, aient pu si cruellement en décembre 1988 chasser 200 000 Azerbaïdjanais de leur demeure historique en territoire arménien. Des femmes, pieds nus et portant leurs nourrissons morts, fuyaient leurs assassins dans les vallées montagneuses enneigées. 49 victimes brûlées vives chez elles, fusillées, pendues. En représailles de cette cruauté eurent malheureusement lieu les pogroms de Bakou auxquels prirent part les plus miséreux et les plus vindicatifs des réfugiés d'Arménie. On ne peut justifier les meurtres et les pogroms, fermement condamnés par tous les Azerbaïdjanais. Mais il faut connaître les sources de la tragédie.

La presse soviétique et mondiale a passé sous silence le fait que ces réfugiés ont été chassés. Ils n’ont reçu que 50 roubles. 90 000 d* entre eux ont erré dans les caves humides de Bakou où rôdent la nuit lès rats. Quant aux 70 millions de roubles de compensation que 1' Arménie devait donner à l'Azerbaïdjan et qu'a évoqués le 1er février 1990 le député arménien G.STAROVOITOVA à l'émission télévisée de Leningrad "La 5ème roue", ils n'existent pas. Il s'agit là d'un mensonge comme en a proféré beaucoup depuis deux ans cette dame qui se dit "spécialiste des relations interéthniques".

Toujours selon la logique de E.AMBARTSOUMOV, on ne peut comprendre pourquoi en Ulster où il n'y a pas de musulmans comme chacun sait, éclatent des rixes sanglantes entre chrétiens catholiques et protestants. A Bakou, des jeunes gens aux yeux bleus (dont certains portaient dit-on une croix au cou), appuyaient sur la gâchette de sang froid, sans distinguer les "radicaux" du F.P.A. des libéraux, des musulmans, des juifs ou des chrétiens. Et à Fergana, des musulmans sunnites tuaient des musulmans sunnites...

Il ne faut pas inventer de formules chimériques sur 1' intégrisme de l'étiologie. Empoisonner les peuples en les dispersant de part et d'autre d’une barrière en fonction de leur foi. Cela cause de terribles effusions de sang et un éclatement de tout 1' organisme social.

L’Islam ne prône pas l'intolérance envers les autres peuples. Les cent noms secrets d' Allah, d'après les Khadiths musulmans, étaient connus de Suleiman et d'Isa Ibn Maryam. Autrement dit, Salomon et Jésus Christ étaient versés dans les mystères de l'Islam. L'étendue entre croix et croissant n'est pas forcément un champ de bataille. Assemblés, ces deux signes deviennent le symbole de la charité.

février 1990

Marie Broxup, Azerbaïdjan: Les lendemains de l'insurrection, "Est & Ouest", Février 1990 N° 74.

Plus de dix jours après l'insurrection qui a soulevé les villes de Bakou, Lenkoran, Jelalabad, etc., Moscou n'a toujours pas pu reprendre le contrôle militaire et politique de la situation en Azerbaïdjan. L'armée qui, aux dires des autorités soviétiques, avait réoccupé le Nakhichevan, n'a pas été à même d'empêcher la construction de deux ponts sur l'Araxe, la rivière qui délimite la frontière avec l'Iran et la Turquie, ni de mettre fin aux passages en Iran. Une reprise en main politique semble tout aussi douteuse. On parle de sécession et de résistance à l'afghane.

Malgré des centaines d'arrestations, la plupart des leaders du Front Populaire sont entrés en clandestinité et d'après une déclaration d'Afrant Dachtamirov (le responsable du secteur idéologie et propagande au Comité central du Parti communiste d’Azerbaïdjan) lors d'une conférence de presse donnée à Bakou le 1er février, le Front " a maintenant le soutien de la majorité de la république". Bilan de l'occupation militaire supposée rétablir l'ordre et la paix : 125 morts d'après les sources officielles de Moscou, 552 d'après le Front Populaire rien que dans les hôpitaux de Bakou au 25 janvier; pour toute la république, probablement plusieurs milliers de victimes. Moscou a donc bien affaire au soulèvement de toute une nation et non à de simples émeutes.

Comment se fait-il que ce soit Bakou, une ville de vieilles traditions cosmopolites où il fait bon vivre, une république musulmane dont les populations ont souvent été considérées comme amorphes et peu politisées, qui, la première, ait pris les armes et défendu son intégrité au prix de son sang ? Outre le malaise général propre à tous les territoires de l'URSS, trois facteurs ont contribué à déclencher la crise de 1' Azerbaïdjan : la dispute territoriale avec l'Arménie, le problème des réfugiés et surtout le refus de Moscou d'ouvrir un dialogue politique avec les nouvelles forces démocratiques nationales.

Le problème du Nagorno-Karabagh est bien connu. Ce qui l'est moins, c'est le fait que malgré la majorité arménienne de la région, le Karabagh est depuis des siècles un haut centre culturel azéri, que chaque Azerbaïdjanais, homme ou femme, considère ce territoire comme appartenant au cœur même de son patrimoine traditionnel (l'arracher à l'Azerbaïdjan équivaudrait à déclarer Soho, le quartier chinois de Londres, propriété de la République populaire de Chine ou de Taiwan). Peu connu aussi est le fait que les Azerbaïdjanais pensent, à tort ou à raison, que Moscou a systématiquement favorisé la partie arménienne, prêtant une oreille bienveillante à ses revendications, encourageant dans les médias et l'opinion publique soviétique l'idée fausse d'un conflit entre les forces progressistes de la glasnost et de la perestroïka arménienne d'une part, la "réaction" et le fanatisme religieux de la mafia et des musulmans d'Azerbaïdjan, d'autre part. Depuis deux ans, l'idée se développe chez les musulmans soviétiques que Moscou se livre à une "croisade" injuste envers ('Azerbaïdjan et utilise ce conflit comme prétexte pour étouffer tout espoir de renouveau national et d'indépendance.

Depuis deux ans aussi, les Azerbaïdjanais fuient l'Arménie, abandonnant leurs villages ancestraux. Il ne reste aujourd'hui aucune communité azérie dans la république arménienne. Le nombre officiel des réfugiés est de 165 000, le chiffre réel est plus proche de 220 000. Ce n'est d'ailleurs pas la première migration Azerbaïdjanaise de l'ère soviétique : après la deuxième guerre mondiale, 100 000 Azéris furent déportés d'Arménie. Les nouveaux réfugiés sont arrivés les mains vides, après avoir souffert de persécutions non moins horribles que les Arméniens à Soumgaït et, plus récemment, à Bakou. Mais contrairement aux émigrés arméniens, dont certains ont pu quitter Bakou sans précipitation, après avoir vendu leurs appartements, et qui tous, ont l'assurance de la sympathie du monde entier, les réfugiés azéris n'ont reçu aucune aide du gouvernement de Bakou, lequel a refusé jusqu'à une date récente de reconnaître leur existence. Il y a six mois encore, toute référence aux problèmes des réfugiés était censurée dans la presse azerbaïdjanaise. Leur présence dans les bidonvilles et des campements autour de Bakou contribue à exacerber la crise économique et à accélérer la paupérisation de cette république, autrefois véritable pays de Cocagne et aujourd'hui rendue exsangue par la faute d'une administration coloniale incompétente et avide.

Réagissant à la montée de la frustation populaire, les élites se sont organisées au sein du Front Populaire et ont pris la direction du mouvement de revendication nationale. Des grèves et démonstration de masse ont eu lieu en novembre et décembre 1988. La foule a campé pendant deux semaines sur la place Lénine, entourée de chars. L'armée n'est pas intervenue, mais la présence des soldats "russes" fut perçue comme celle d'une force d'occupation étrangère et les méfaits de la soldatesque furent décrits déjà en termes comparables à ceux des témoignages afghans. Au printemps 1989, Bakou se retrouva de nouveau sous contrôle militaire, avec des blindés et des chars en position au centre de la ville. La pression est montée avec le blocus et l'embargo économique réciproque des républiques azerbaïdjanaise et arménienne. Le 2 septembre 1989, durant une gigantesque manifestation organisée sur la place Lénine, le Front Populaire lança un ultimatum au gouvernement et déclara la grève générale (la première dans l'histoire soviétique) à partir du 4 septembre, à moins que ses demandes, d'ailleurs fort modérées, ne soient acceptées :

1- convocation d'une session extraordinaire du soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan pour formuler une nouvelle loi de souveraineté nationale et déclarer l'indépendance économique de la république,

2- libération de tous les prisonniers politiques,

3- reconnaissance officielle du Front Populaire,

4- création des conditions nécessaires à de nouvelles élections libres au soviet suprême de la république.

Dans ses grandes lignes, le programme du Front Populaire ne diffère pas des programmes des fronts des républiques baltes ni de celui des Tatars de la Volga : pluralisme politique, économie libre et contrôle de ses productions et matières premières par l'Azerbaïdjan lui-même et non par le pouvoir central, défense des droits de l'homme, liberté de conscience, etc. A ce stade, la sécession n'était pas encore revendiquée. Le Front Populaire gagna cette première bataille politique contre le Parti communiste : le 25 septembre 1989, le soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan votait une nouvelle "loi de constitution nationale" inspirée par le Front Populaire et ce sont les dirigeants du Front Populaire qui parlèrent au nom de la république au Soviet Suprême de l'URSS. Le pouvoir du Parti s'en trouva grandement affaibli. Mais c'est à ce moment que se manifestèrent des dissentions au sein du Front entre les différents partis politiques, certains, tels Dirtehalish et Yeni Mussavat, ayant des exigences plus radicales vis-à-vis de Moscou.

Dans cette atmosphère surchargée de passions, il suffisait d'une étincelle pour déclencher la violence et c'est autour des frontières internes de la Transcaucasie que les Azéris et les Arméniens, ces frères ennemis de longue date, se battent une fois de plus. Si Moscou avait eu le sang froid et l'intelligence de ne pas intervenir lourdement, l'avenir du communisme et du "protectorat" russe aurait pu être sauvegardé cette fois encore (car il ne fait aucun doute que l'armée avait pour but de rétablir le pouvoir du Parti en Azerbaïdjan et non point d'y coduire une opération humanitaire).

Quelles sont donc les conséquences politiques immédiates de cette intervention ?

1- Le Front Populaire de 1' Azerbaïdjan et le Mouvement national de l'Arménie sont pour la première fois prêts à entamer des pourparlers sous les auspices des fronts baltes, alors que Moscou est depuis deux ans incapable de favoriser un dialogue entre les organisations communistes des deux républiques.

2- La cohésion nationale qui manquait jusque-là en Azerbaïdjan se fait jour. Les cadres du Parti et du gouvernement, au lieu de s'opposer au Front Populaire et aux masses, font désormais cause commune contre "l'envahisseur". Les partis politiques se solidarisent de nouveau derrière le Front, qui gagne en prestige et démontre qu'il est ainsi à même, au tant sinon plus que le Parti communiste, de diriger les affaires de la république.

3- L'armée soviétique ne peut plus motiver ses réservistes ni compter sur leur discipline et loyauté.

4- Le "chaos", l'épouvantail dont Gorbachev menace les républiques frondeuses, semble plutôt affecter les dirigeants de l'URSS, si l'on en juge par les déclarations de cadres responsables de Moscou.

5- Moscou ne pourra plus jamais imposer ses candidats servîtes à la direction du Parti communiste azerbaïdjanais.

A plus long terme, les conséquences de ces événements seront bien plus graves. Il serait naïf de douter que l'indépendance pure et simple soit désormais le but ultime de chaque Azéri. Déjà, certains d'entre eux élaborent des projets de confédération caucasienne qui comprendrait l'Arménie, la Géorgie et le Caucase du Nord. Ayant payé le prix du sang, de simples réformes progressives leur paraîtra peu satisfaisant. L’Azerbaïdjan, i l'époque du Moussavat, fut la première république musulmane du monde. Sera-t-elle la première république de l'URSS à retrouver son indépendance ? Si c'est le c*s, le glas sonnera la fin de l'empire. Car l'impact sur les autres républiques musulmanes soviétiques sera foudroyant.

Gary Kasparov, The Wall Street Journal, 29 mars 1990. "Les communistes ne veulent pas de solution"

Pourquoi n'utiiise-t-on pas la force en Lituanie ? Il n'y eut aucune réaction à l'ouest quand des personnes furent tuées l'an dentier en Géorgie. Lorsque des personnes furent tuées sur la place Tien-an-mcn, il y eut bien une réaction, mais elle fut passagère, on pardonna. J'ai vu des gens tué* '" Azerbaïdjan et il n'y eut aucune réaction. Nombreux sont les réseaux occidentaux qui ne montrèrent aucune image de Bakou afin de ne pas gêner le public occidental et M.Gorbatchev. Les soviétiques occupent la Lituanie depuis dix jours, sans aucune réaction. Pourquoi n'utilise-t-on pas la force ? Cela ne sera peut-être pas le cas, mais je ne pense pas que cela soit très sensé de rester assis à regarder et attendre.

Un bilan incomplet des pogroms d'Azerbaïjdanais par les nationalistes arméniens et les soldats de l'Armée Rouge (selon les statistiques officielles)

... Le 26 novembre, 500 habitants de Kirovakan, excités par des interventions provocatrices des activistes du mouvement Qarabagh, se dirigèrent immédiatement après le meeting vers le village de Chaoumian. Pendant deux jours il y eut des bagarres, on entendit des fusillades. Il y a eu des morts. Les pogroms furent provoqués aussi dans le village Kuybichev où il y a eu aussi des victimes (Le journal "Kommuniste" Erevan, 13 décembre 1988).

... Au cours des conflits, en Arménie, il y eut en tout 83 morts, dont 48 Azerbaïdjanais, 32 Arméniens et 3 représentants d'autres nations (Journal "Krasnaia zvezda" - L'étoile rouge- Moscou 27 février 1989).

A cause des prétentions territoriales injustifiées historiquement, ont péri, à la date du 1er octobre 1989, 71 Azerbaïdjanais, 41 Arméniens et 7 personnes d'autres nationalités (film documentaire soviétique "Eclipse").

Selon les données du Ministère de la santé de la RSS d'Azerbaïdjan, à Bakou du 20 janvier au 9 février 1990 172 personnes ont été tuées, dont 159 Azerbaïdjanais, 6 Russes et 7 personnes d'autres nationalités (Juifs, Tatares et Lezghes). Il y eut parmi les personnes tuées 6 femmes, 9 enfants et adolescents. 370 personnes ont été blessées, 321 personnes sont portées disparues. ("Janvier noir", Bakou, 1990, édition "Azernechr", p. 287)

Des nationalistes arméniens ont tué neuf personnes, dont cinq membres d'une famille (le plus âgé avait 75 ans, le plus jeune était un bébé de 2 mois-nldr), lors d'une attaque à l'arme automatique contre trois villages azerbaïdjanais de Kazakh près de la frontière avec l'Arménie, a annoncé l'agence Tass. D'autre part une bombe a explosé samedi (24 mars 1990 - ndlr) sous un train de voyageurs azerbaïdjanais en route pour Bakou (sur le territoire arménien de Kartchevan - ndlr), a rapporté Tass (Le Monde, 27 mars 1990, p. 10).

Communiqué de la commission du Soviet Suprême de la RSS d'Azerbaïdjan, chargée de l'enquête sur les événements de Bakou, 19-20 Janvier 1990.

Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1990 s'est déroulée à Bakou une agression d'une terrible violence, qui s'est soldée par la mort de personnes pacifiques. Elle a profondément secoué tout le peuple multinational d'Azerbaïdjan.

Ignorant les lois du pays et les règles internationales, enfreignant les droits souverains de la république d'Azerbaïdjan, violant grossièrement les conditions de l'accord sur la constitution de l'URSS et celle de la RSS d'Azerbaïdjan, les organes du pouvoir de l'union ont, illégalement, sans l'accord des autorités de la république et en l'absence d'une situation réglementant une action légale, procédé à l'envoi de troupes dans la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan et instauré l'état d'urgence dans sa capitale Bakou. Les habitants de la ville n'avaient pas été informés auparavant de l'instauration de l'état d'urgence. L'annonce en fut faite par le commandant militaire 7 heures après le début de l'opération. A cette opération ont pris part d'importants détachements d'infanterie, des troupes spéciales du KGB et du Ministère de l'Intérieur d'URSS. L'entrée des groupes et unités armés à Bakou s'est accompagnée d'actions inhumaines et violentes de la part des militaires. Quiconque entrait dans leur champ de vision était tué, on tirait sur les immeubles d'habitation et les établissements médicaux, les chars écrasaient des ambulances, des voitures en mouvement ou en stationnement, les blessés étaient achevés, des personnes des services médicaux étaient fusillées alors qu'elles venaient porter du secours sur les lieux. Selon les données officielles, il y a aujourd'hui 168 tués, 715 personnes blessées ou ayant subi des dommages  et plus de 400 personnes dont on est sans nouvellles. Parmi elles des femmes, des enfants et des vieillards, des Azerbaïdjanais, des Russes, des Tatars et des juifs. Beaucoup ont trouvé la mort chez eux, dans les entrées, les autobus ou lieux de travail. A présent continuent à parvenir des témoignages de nouvelles victimes et des personnes qui décèdent des suites de leurs blessures. Du côté des militaires, il y a eu 28 morts et plus de 80 blessés, dont la plupart ont souffert de la part de leurs camarades, en conséquence d'actions contradictoires de leur commandement.

A l'aube, un spectacle horrible attendait les habitants de Bakou: l'asphalte souillé du sang d'innocents, des restes de corps défigurés, des voitures criblées de balles, des traces de tir sur les immeubles d'habitation et les hôpitaux, notamment l'hôpital pour enfants.

La situation concrète que vivait alors Bakou était caractérisée par les faits suivants:

1. L'accomplissement continu et réussipar les extrémistes-nationalistes arméniens d'actions illégales visant à éveiller la colère interethnique et le détachement de la région autonome du Haut-Qarabagh de la RSS d'Azerbaïdjan, et qui n'ont pas rencontré de réactions adéquates de la part de l'URSS. Ainsi, pour la seule période d'août à décembre 1989, on dénombre 91 cas d'attaques de groupes armés et de tirs contre des villages azerbaïdjanais, à partir du territoire arménien, ayant eu pour résultat en Azerbaïdjan 52 personnes tuées et 166 blessées.

2. Le conflit du NKAO et autour, qu'on a arbitrairement fait traîner, le centre qui a pris des mesures inconcevables, tactique du compromis pour des problèmes qui exigent une solution concrète et basée sur la constitution.

3. La présence à Bakou de 80 000 des 215 000 Azerbaïdjanais chassés d'Arménie par la force et sous la menace de mort et qui,' aujourd'hui, n'ont ni travail ni logement.

Tout cela est apparu comme la principale cause de déstabilisation de la situation dans la république. Dans les réunions et meetings qui s'étaient tenus à Bakou et dans les autres régions de la république, on avait exprimé l'indignation devant le fait que l'URSS n'a pas rempli son obligation, évoquée par l'article 81 de la constitution, de sauvegarder les droits souverains de la république, devant l'incompétence du gouvernement de la république à garantir l'intégralité territoriale de 1"Azerbaïdjan : la démission de ce dernier a été exigée. Profitant d'une telle situation, certains éléments ont provoqué le 13 janvier des pogroms ayant causé de nombreuses victimes, principalement arméniennes. Le peuple azerbaïdjanais et les travailleurs de la république condamnent fermement ces crimes et exigent que les organisateurs et les auteurs en soient sévèrement punis.

Cependant, il ne faut pas considérer la situation délicate de Bakou et de l'ensemble de la république comme une tentative de prise du pouvoir par la force. Au lieu du règlement en temps voulu et de façon efficace des problèmes évoqués, on les laissait traîner de façon incompréhensible, ce qui pouvait être considéré comme une provocation et mener naturellement à des conséquences imprévisibles.

Cela ne justifie en aucun cas les moyens employés et les actions tactiques utilisées lors de l'entrée des troupes.

Cette opération inhumaine qui est une page d'histoire encore plus honteuse que l'invasion par les troupes soviétiques de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie, était dirigée par D.Yazov, le Ministre de la défense et V.Bakatine, le Ministre de l'intérieur, qui se sont rendus sur le "théâtre des opérations militaires". Quelle explication ont donnée ceux qui ont décrété la mobilisation des réservistes en temps de paix, surtout au nord du Caucase, dans des régions habitées par de nombreux Arméniens ?

L'utilisation par les groupes et unités militaires, de chars et de machines de guerre, d'armes automatiques et de balles au centre de gravité tournant, est une évidente infraction aux lois et accords internationaux. Pour soigner les blessures ainsi causées, il faut de l'expérience, des équipements et des médicaments adéquats. Mais devant le secret gardé à l'égard de la société mondiale quant au détail de cette agression sanglante, toutes les tentatives des pays étrangers pour apporter de l'aide médicale indispensable à la république sont vaines.

Ces actions des organes du pouvoir de l'union, des organisateurs et des auteurs des agressions commises sur la population pacifique de la ville de Bakou, doivent être qualifiés de grossière infraction à la charte universelle des droits de l'homme et aux dispositions suivantes de la constitution de l'URSS et du droit international:

- le paragraphe 14 de l'article 119 de la constitution de l'URSS, prescrivant l'instauration de l'état d'urgence après examen obligatoire de la question avec le présidium du soviet suprême de la république concernée. D'arpès la déclaration du président du présidium du soviet suprême d'Azerbaïdjan, il apparaît que le présidium n'a pas donné son accord pour l'instauration de l'état d'urgence à Bakou.

- le protocole 11 complémentaire aux conventions de Genève de 1949, adopté le 10 juin 1977, selon lequel les règles de guerre s'appliquent à tout conflit armé ne tombant pas sous le coup de la convention de Genève et de la convention de 1981 "sur la suppression ou la limitation des armes pouvant être considérées comme partculièrement nocives ou ayant des effets inconnus".

Le gouvernement soviétique, signatairejde ces conventions, porte la responsabilité directe de leur infraction devant la société mondiale. En violation de l'accord sur la formation de l'URSS et de la constitution de l'URSS, le présidium du soviet suprême d'URSS continue à ignorer la décision" prise lors de la session extraordinaire du soviet suprême d'Azerbaïdjan, le 22 janvier 1990, concernant les actions effectuées sur le territoire de la république par oukaze du soviet suprême d'URSS le 19 janvier 1990 "l'instauration de l'état d'urgence à Bakou", comme violant grossièrement la juridiction en cours, ainsi que la demande de levée de l'état d'urgence et de retrait des troupes.

Sur fond de désintérêt des organes du pouvoir du pays quant aux événements d'Arménie où, en conséquence de l'exil forcé et massif de plus de 200 000 Azerbaïdjanais, près de 80 personnes ont été tuées ou ont disparu, les expériences en cours en Azerbaïdjan, sous forme d'instauration d'une nouvelle direction et la déclaration de l'état d'urgence suscitent l'indignation justifiée des travailleurs de la république. L'évacuation des familles des militaires et le départ de la république de la population russophone sont source de préoccupation et d'inquiétude. Les députés du soviet suprême et les députés du peuple de la RSS d'Azerbaïdjan évaluent ces faits comme une tentative d'envenimer les rapports franternels entre les peuples azerbaïdjanais et russe. Nous déclarons que l'amitié et la fraternité de l'Azerbaïdjan et de la Russie, l'unité internationale du peuple azerbaïdjanais et de la population russophone de la république, sont indestructibles, et que notre conquête historique ne permettra i personne d'y porter atteinte.

Tout ce qui précède permet de qualifier l'entrée des troupes à Bakou, faisant suite à l'oukaze illégal du présidium du soviet suprême de l'URSS le 19 janvier 1990 sur la déclaration de l'état d'urgence à Bakou, et ayant causé la perte massive de la population pacifique, de crime contre le peuple azerbaïdjanais.

En conséquence des faits et de leur analyse, la commission du soviet suprême de la RSS d'Azerbaïdjan considère nécessaire:

1. de condamner la grossière violation par le présidium du soviet suprême d'URSS de l'article 119 de la constitution de l'URSS, violation qui s'est traduite par la déclaration de l'état d'urgence à Bakou sans examen obligatoire de la question par le présidium du soviet suprême d'Azerbaïdjan, comme un dangereux précédent de violation de la constitution de l'URSS et de la souveraineté d'une république de l'union.

2. d'examiner la question de la responsabilité personnelle de ceux qui ont sanctionné, en violation de la constitution de l'URSS, l'instauration de l'état d'urgence à Bakou.

3. d'examiner la question de la responsabilité de ceux qui ont assuré la direction de l'entrée des troupes à Bakou et ont laissé utiliser des méthodes inhumaines et cruelles ayant eu des conséquences tragiques.

4. de créer une commission de députés du soviet suprême de l'URSS pour une enquête précise sur les événements ayant eu lieu à Bakou les 19-20 janvier 1990.

5. de remplacer l'état d'urgence par le retrait simultané des troupes des villes et régions de la RSS d'Azerbaïdjan non mentionnées dans l'oukaze du 15 janvier 1990 du présidium du soviet suprême d'URSS, et de faire prendre par les organes suprêmes du pouvoir et de la direction du pays une décision quant à l'indemnisation du préjudice causé à la république.

Le Présent communiqué a été entériné lors de la séance du 11 février 1990 du présidium du soviet suprême d'Azerbaïdjan.

Appel du Front Populaire d'Azerbaïdjan à l'opinion publique d'Arménie et de Géorgie, et à toutes les forces démocratiques du pays et du monde.

Le Front Populaire d'Azerbaïdjan exprime sa profonde inquiétude devant la situation en Transcaucasie après la décision prise par le soviet suprême d'Arménie de créer un conseil de défense et à terme, des unités nationales armées. Une telle décision n'est pas sans favoriser le développement d'une hystérie guerrière massive dans les deux républiques et l'évolution du "Problème du Haut-Qarabagh" en une guerre inter-ethnique sur une vaste échelle entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Les événements de fin mai à Erevan en sont un témoignage particulièrement évident. En deux ans d'expérience tragique, nous avons appris à comprendre que les nouvelles étapes de l'escalade de la tension conduisent au déroulement de processus irréversibles et ferment la voie à la stabilisation de la situation. Nous devons tous comprendre que le conflit n'est pas fait d'actions unilatérales, mais d'un moeud de contradictions liées par des actions absurdes et quasi-symétriques des parties opposées et qui mène à une escalade de la tension. Il est indispensable de reconnaître que les vrais intérêts des deux parties en conflit sont loin de la réalité des faits : ce sont donc les intérêts d'une tierce partie qui triomphent, quels que soient leurs représentants.

En cette période historique où le monde se désarme, où s'écroulent les pensées de blocs opposés, nous appelons à la création d'une zone de paix au Caucase, d'une maison caucasienne commune constituée de républiques indépendantes et neutres, ayant, en accord, renoncé à l'existence de leurs armées propres.

Invitant la partie arménienne à des entretiens pacifiques dans le cadre de la diplomatie nationale et à la résolution du conflit par la politique en présence de représentants de l'opinion démocratique du pays et du monde, nous condamnons résolument tous les cas de violence s'étant produits dans la région au cours des deux dernières années.

Le règlement du conflit par la force des armes a presque toujours conduit à une impasse politique.

L'argument des armes est le dernier argument et les conséquences ne peuvent être changées.

Il faut mettre un terme à l'inimité intellectuel et confessionnel qui s'incarne de façon monstrueuse dans la vaste tragédie de simples individus.

02.06.1990 (Diffusé à Paris pendant la conférence de presse au Club Français de la presse, le 14 juin 1990 par MM. Hikmet Hajyzadeh et Issa Gambarov)


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