КАРАБАХ в ДОКУМЕНТАХ

 

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KAVBUREAU. DAGLIG QARABAGH. STALINE

KAVBUREAU.

DAGLIG QARABAGH.

STALINE

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Aydin Balaev : Zanguezour, les leçons oubliées de l'Histoire (Journal "Âkhyn" No4, 1990)

Le Zanguezour est du point de vue historique et ethnographique l'une des régions les plus anciennement peuplées d'Azerbaïdjanais. Il entra dans la composition de la province d'EIisovetpol/Gandja à la suite de la conquête de ('Azerbaïdjan septentrional par la Russie, puis fut en 1918-20 une partie intégrante de la République Démocratique d'Azerbaïdjan. D'après les données du premier recensement générai de la population, en 1897, il y avait dans le district du Zanguezour 71.000 Azerbaïdjanais, soit 51:7% de la population. Mais en 1918-20, la terreur sanglante infligée par les bandes Dashnaks eut pour conséquence une modification radicale de la carte ethnographique du Zanguezour. Ayant essuyé une dure défaite de la part des soldats turcs, Adranik, ce précurseur du fascisme,  viola  les  frontières  du   territoire  de  la  république d'Azerbaïdjan avec ses coupe-jarrets au cours de l'été 1918 ; s'étant introduit dans le Zanguezour, il lança un ultimatum à la population azerbaïdjanaise qui devait soit se soumettre au gouvernement de la république d'Arménie, soit évacuer le district. Les Azerbaïdjanais du Zanguezour, coupés des autres régions d'Azerbaïdjan, n'ayant ni armes, ni aide, ni soutien, n'en refusèrent pas moins cet ultimatum: ce fut le prétexte du début d'une campagne d'anéantissement de la population azerbaïdjanaise de la région.   Sous la direction d'Andranik, les bandes Dashnak détruisaient, brûlaient les villages azerbaïdjanais, massacraient leurs paisibles habitants sans épargner femmes, enfants et vieillards, chassaient le bétail, s'emparaient des biens des Azerbaïdjanais. Selon le témoignage de Mikhaïlov, membre de la commission exceptionnelle d'enquête, au cours de l'été et de l'automne 1918 ont été détruits et anéantis au Zanguezour 115 villages, soit la quasi-totalité des villages azerbaïdjanais (1).

Dans ces villages, selon des données loin d'être exhaustives, ont péri

772$ Azerbaïdjanais dont 3257 hommes, 2276 femmes et 2196 enfants,

50.000 durent quitter le Zanguezour et devenir des réfugiés (2). Voici une liste très incomplète des "exploits" d'Andranik, que l'on pourrait  comparer aux horreurs nazies:

1) Dans le village de Vagudy, 15 jeunes filles livrées par les soldats aux Arméniens, n'ont pas supporté le chagrin du déshonneur et sont décédées.

2) Dans le même village, alors que 400 Azerbaïdjanais s'étaient réfugiés dans la mosquée pour échapper à la tuerie, les Arméniens ont dressé des barricades devant l'entrée de la mosquée, y ont jeté par les fenêtres des bombes artisanales, puis ont mis le feu à la mosquée avec ses occupants.

3) Toujours dans ce village de Vagudy, une Azerbaïdjanaise, Kadima Tair Kyzy fut poignardée, on lui coupa les seins qu'on mit dans la bouche de son nourrisson, poignardé lui aussi.

4) Dans le village furent violées à mort toutes jeunes filles: Nisa Aman kyzy, Adjab Nukhbady kyzy, Sona Djafar kyzy, Shakhnuli Djalal kyzy.

5) Non loin du village fut tuée Gulmasta Kasum kyzy, la poitrine coupée et un fer à cheval fiché dans l'épine dorsale.

6) Dans le village de Nuvedy les Arméniens ont tué à la baïonnette Asad bek Melik-Abbasov, un vieillard centenaire, grabataire.

7) Dans les rues du même village, les Arméniens armés de sabres et de poignards coupaient la tête des femmes et des enfants qui fuyaient.

8) Les rues du village de Sheki étaient jonchées de cadavres de femmes à la poitrine coupées et d'enfants déchiquetés.

9) Lors du saccage du village d'Irmishly, les Arméniens soulevaient avec leurs baïonnettes des nourrissons, et les corps des morts furent retrouvés en morceaux.

10) Dans le village d'Agudi, les Arméniens exigeaient des Azerbaïdjanais qu'ils se convertissent au Christianisme, coupaient les seins des femmes et les mettaient dans la bouche des bébés.

11)Dans le même village, les Arméniens cassèrent l'extrémité des pieds de Gulamali Shakiar ogly puis, à coups de baïonnette et de fouet, l'obligèrent à marcher jusqu'à ce qu'il meure, ayant perdu tout son sang.

12) Toujours dans ce village, toutes les jolies filles furent violées puis tuées.

13) Dans le village de Baguirbeklu, les Arméniens rassemblèrent dans une maison 7 hommes et femmes et les brûlèrent vifs dans la maison.

14) Dans le village de Katar, Meshadi Kalandar Meshi Kuliogly, un vénérable vieillard, fut arrosé de kérosène et brûlé.

15) Dans le même village, les Arméniens lièrent les mains et les pieds de Kerbelay Allakhverdi Husseynaliogly et lui tranchèrent la gorge, ... (3).

En produisant cette liste, nous ne voulons pas claironner de par le monde que le peuple azerbaïdjanais est un martyr, ainsi que lé font certains de nos voisins. Nous sommes trop fiers pour cela. Le proverbe Turc ne dit-il pas "Même quand tu craches le sang, dis que tu bois du sorbet"... Et puis, se plaindre de l'histoire n'apporte rien. Mais notre tâche est d'arracher le masque des prétendus "martyrs" et de montrer au monde à quoi étaient occupés certains représentants du peuple "martyr" au moment de ce que l'on appelle le génocide. D'autant plus qu'il s'agit non d'un simple représentant du peuple "martyr" mais d'un personnage qui est aujourd'hui en Arménie un héro national non seulement parmi les intellectuels mais aussi parmi les dirigeants du parti et du Komsomol de la république. Comme on dit, tel père, tels fils. D'ailleurs, les dirigents soviétiques et du parti, dans le Zanguezour des années  1920, ont prouvé dans les faits qu'ils étaient les dignes successeurs de l'action d'Andranik. Voici ce qu'écrivait en  1926 l'ethnographe azerbaïdjanais A.AIeskerov, de retour de la région de Sisian, Zanguezour: "La région de Sisian comptait avant la guerre mondiale près de 50 villages dont 30 peuplés de 25.000 Azerbaïdjanais. Les événements de 1918-29 ont déferlé sur ces villages dont il ne reste aujourd'hui que 6 ou 7, avec une population de 2 à 3000 habitants. Il n'y a eu là aucun conflit interethnique, mais une extermination systématique de la population azerbaïdjanaise par les Dashnak. Avec l'instauration du pouvoir soviétique, les habitants de ces villages a commencé à revenir chez eux, espérant prendre un nouveau départ, panser leurs plaies. Mais là s'est produit un nouveau fait anormal: on ne les laissa pas rentrer dans leurs villages, prétexant qu'ils auraient dû rentrer dès 1921. Les habitants de la région prouvèrent en vain qu'en 1921 erraient encore dans les environs des bandes Dashnak. A grand peine et discrètement, les habitants de quelques villages purent y revenir et s'y installer. Mais les plus belles maisons et jardins étaient occupés, non par des réfugiés mais par les gens des villages voisins, tandis que les propriétaires errent quelque part dans la montagne sans pouvoir rentrer chez eux. Comme exemple, je prendrai ceux du village d'Orta-Ouz. Après la soviétisation, ils revinrent, on ne les laissa pas entrer dans le village pourtant inoccupé. Ils partirent, espérant un règlement favorable de la question dans un proche avenir. L'année suivante, ils retournèrent au village, mais les paysannes villages voisins, de connivence avec les autorités, les chassèrent avec des bâtons et dis crosses. L'été dernier, ils revinrent et profitant de l'obscurité de la nuit, parvinrent à leur village. Au matin, les paysans des villages voisins les encerclèrent et leur signifièrent leur départ. Les autorités prirent des mesures héroïques : arrêtant près de 20 vieillards, elles les emmenèrent à Karaklis puis se mirent à menacer les femmes de fusiller ces vieillards. Les femmes horrifiées rassemblèrent ce qu'elles purent et quittèrent le village. Cette année j'ai assisté au tableau suivant: Orta-Ouz est vide, et ses habitants vivent dans des yourtes non loin de là, dans des conditions déplorables. La population azerbaïdjanaise de cette région est terrorisée. Et je ne parle pas des insuffisances "normales" comme le manque d'aide médicale et culturelle (4).

En conséquence d'une telle politique "prévoyante" de délogement des

Azerbaïdjanais de leurs terres ancestrales, il ne reste dans le Zanguezour en 1926 que 4.400 Azerbaïdjanais, et en comparaison avec 1897, leur proportion dans la population totale du district est tombée de 51.7% à 6.4%. Durant le même temps, la proportion des Arméniens est passée de 46.1 % à 87%. C'est encore un territoire azerbaïdjanais où a été réalisée une colonisation arménienne.

Tout ce qui a été dit plus haut prouve que la tactique adoptée aujourd'hui par les extrémistes arméniens dans le Haut-Qarabagh n'est pas nouvelle; elle a déjà été testée et en outre, se justifie totalement grâce à notre internationalisme, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Toute personne sensée connaît l'internationalisme du peuple azerbaïdjanais. Pourtant notre peuple est connu aussi pour sa capacité à aboutir, même s'il s'agit d'une idée totalement absurde. C'est une telle métamorphose qui s'est produite chez nous avec l'internationalisme. Sinon, comment expliquer que N.Narimanov ait, en 1921, tout en démontrant l'internationalisme du peuple azerbaïdjanais, offert (?!) le Zanguezour à l'Arménie lorsque le pouvoir soviétique y a été instauré.

Cette politique de "donation" de terres azerbaïdjanaises s'est prolongée les années suivantes. Ainsi, au cours des quelques dernières décennies, émus par l'esprit de l'internationalisme, nous avons cédé à nos voisins, dans les régions frontalières, des terres vastes et fertiles, de Sadarak à Kazakh. Et il n'y a rien d'étonnant qu'après une telle démonstration d'internationalisme, au lieu de nous remercier, les chasseurs de terres étrangères aient vu leur appétit grandir.

La seule faible consolation pourrait être pour nous de savoir que ces "donations" ont été faites sans consultation du peuple et sous la pression du lobby arménien au centre, par nos piètres dirigeants bien plus soucieux de leur propre situation que de l'honneur de la nation /mais dans le cas de Narimanov, on devait certainement parler de l'enthousiasme d'un homme séduit par les idées d'un monde nouveau/.

A présent les temps ont changé et le peuple doit désormais prendre en main son destin, sans le confier à des dirigeants pour lesquels la terre natale n'est qu'une part de gâteau que l'on peut distribuer à droite et à gauche.

Le Peuple azerbaïdjanais ne doit pas oublier une vérité simple: on ne peut être ami qu'avec qui le veut.

1. Archives nationales centrales de la révolution d'octobre de'la RSS d'Azerbaïdjan, f.970, op.l, d.166, p.8.

2.  ibid.

3. ibid.

4. ibid, f.389, op.l, d.72, pp.35-36.

Appel du groupe initiateur de la création d'un comité de défense des droits des réfugiés azerbaïdjanais exilés d'Arménie.

Tenue en échec des années durant par un climat de terreur, l'aspiration de notre société à la créativité politique s'est manifestée dans le sillage des premiers pas vers la démocratisation, provoquant une situation critique dans les rapports entre les nations de notre pays.

Cela est dû au fait que les initiatives destinées à promouvoir les normes juridiques n'assurent aux républiques ni véritable autonomie régionale ni maîtrise du sol, du sous-sol, des eaux ou du produit du travail humain.

Reconnaissant l'importance cruciale de développer les libertés civiques et la nécessité de rendre les entreprises et les institutions indépendantes, les auteurs du projet de démocratisation de notre société s’est limitée au perfectionnement de l'administration centrale de l'Etat, sans pour autant apporter de changements aux formations ethniques et nationales.

Cette omission procède d'une conception universellement admise et inculquée depuis des années, selon laquelle les citoyens forment une société homogène de travailleurs où les problèmes nationaux et les partcularismes sont secondaires et dépourvus d'actualité.

La vie a montré que la réalité était toute autre. Les lacunes du système des rapports entre nations ont causé dans diverses régions l'apparition de contre-initiatives émanant de la "base". Leur objectif était de remédier à la situation créée dans un domaine dont le rôle vital dans le processus de reconstruction de notre société a été négligé et sous-estime par les autorités centrales.

Aujourd'hui, la contradiction est devenue flagrante entre le principe proclamé de l'égalité des droits entre républiques souveraines et leur dépendance "de facto" vis à vis de l'administration centrale. Une telle contradiction est intolérable et réellement dangereuse dans la mesure où elle constitue une grave menace pour l'intégrité de l'Etat. De toute évidence, devant la force et la vigueur des notions de peuple, de sentiment national et de consience nationale, nos mécanismes sociaux simplistes ne sauraient en supporter le poids et doivent être perfectionnés afin de s'adapter au caractère spécifiquement hétérogène de la population comprise dans les frontières de notre pays.

On ne saurait attendre davantage ! Les mesures proposées par le Soviet Suprême, le gouvernement et la direction du Parti sont manifestement dépassés. Les milieux nationalistes extrémistes de diverses régions tirent parti de cet état de fait. Ils profitent d'un stade de transition où les anciens mécanismes revêtus d'autorité et censés inspirer confiance, qui visaient jadis à l'unification des peuples, ont cessé de fonctionner, alors que les normes juridiques réellement démocratiques répondant au caractère multinational du pays ne sont pas encore entrées en vigueur. Animés par les intérêts égoïstes et étroitement nationalistes, les groupes extrémistes cherchent à réaliser leurs aspirations par l'usage de la force.

L'expulsion de 165 000 Azerbaïdjanais établis depuis des siècles en territoire arménien est un exemple flagrant de l'expression nationaliste parvenue au niveau du gouvernement d'une république. Prenant pour prétexte les incidents qu'ils avaient eux-mêmes provoqués et dont l'enjeu était la région autonome du Haut-Qarabagh en RSS d'Azerbaïdjan, les milieux nationalistes arméniens ont commis des actes illégaux dont l'ampleur est telle qu'elle ne s'était pas vue depuis la fin des périodes d'Hitler et de Staline: ils ont chassé du territoire arménien des habitants ayant une autre nationalité, établis depuis des générations dans cette région.

Le résultat des désordres consécutifs aux événements d'Arménie, fut que certains Arméniens établis en Azerbaïdjan quittèrent la république. Ce processus - qui se poursuit actuellement - est la conséquence de l'intolérance nationale que l'Arménie a exportée dans notre pays.

La douleur, l'amertume, le sentiment d'offense, les difficultés matérielles des dizaines de milliers de réfugiés en provenance d'Arménie - que notre république s'efforce de secourir dans la mesure de ses moyens - ont engendré en Azerbaïdjan un climat d'émotion et de tension socio-économique porteur d'un potentiel d'explosions dangereuses. Cette situation a provoqué à Soumgaït et en Arménie, dans les régions de Gougark, Spitak, Idjevan, Sevan, Massis, Gerous, Dilijan et Stepanavan, des incidents effroyables, universellement condamnés par l'opinion publique azerbaïdjanaise.

Presque deux ans se sont écoulés depuis ces événements et notre pays ne mesure toujours pas le sérieux de ce drame qui risque de tourner en tragédie si l'on ne prend pas les mesures efficaces décrites ci-dessous:

1) II est indispensable que les organes dûment accrédités du gouvernement central ainsi que, ceux des républiques concernées formulent la portée politique de cette déportation massive.

2) Vu l'ampleur de ce désastre social dont les conséquences sont comparables à celles d'un cataclysme naturel, il est nécessaire que le pays tout entier apporte aux victimes une aide morale et matérielle efficace.

3) En vertu du principe de "glasnost" actuellement en vigueur, les mass-medias chargés d'informer l'opinion publique n'ont pas le droit de dissimuler la vérité: c'est en se basant sur la connaissance des faits et des circonstances dans lesquelles ils se sont produits que l'on pourra trouver une issue pour sortir de l'impasse où l'on se trouve actuellement. Dans l'état actuele des choses, on peut dire que l'opinion publique soviétique et mondiale n'est pas suffisament informée de la tragédie du peuple azerbaïdjanais, et qu'en outre elle est induite en erreur quant aux véritables causes et à l'ampleur des événements.

L'Azerbaïdjan est un pays où traditionnellement ont cohabité en paix des gens appartenant à diverses nationalités. L'attitude actuelle dans notre pays envers la population arménienne a été provoquée par la cruelle et inexorable politique anti-azerbaïdjanaise en Arménie. Les milieux nationalistes arméniens verraient d'un oeil favorable le départ d'Azerbaïdjan des Arméniens qui y sont établis. Ils considèrent que cela "contre-balancerait" aux yeux de l'opinion publique soviétique et mondiale la déportation de la population azerbaïdjanaise hors d'Arménie. C'est cette thèse qui les incite à l'induire en erreur en citant des chiffres fortement exagérés de réfugiés arméniens soi-disant contraints à quitter l'Azerbaïdjan pour l'Arménie.

Actuellement, outre les 130 000 Arméniens du Haut-Qarabagh, plus de 250 000 continuent à vivre en Azerbaïdjan. Par ailleurs, ceux qui sont effectivement partis se sont disséminés un peu partout en Union Soviétique ou se sont rendus à l'étranger. Certains d'entre eux seulement sont allés en Arménie.

Telle est la situation aujourd'hui, alors qu'il ne reste plus d'Azerbaïdjanais en Arménie.

On note avec étonnement à ce propos que le projet de plateforme du PCyS, concernant "la politique nationale du Parti dans la conjoncture contemporaine" évoque les problèmes des peuples déportés : Tatars de la Crimée, Allemands de la Volga, Turcs Meskhets. Mais pas un mot sur la triste destinée des Azerbaïdjanais déportés à plusieurs reprises d'Arménie.

Alors que la déportation de 1918-21 s'explique comme le crime des formations bourgeoises et nationalistes arméniennes, et celle de'1948-53 par l'arbitraire stalinien, on cherche en vain l'explication et la justification de la poursuite de cette politique de déportation des Azerbaïdjanais en 1988, au cours de la 4ème année de la "perestroïka".

Cédant à la violence et par peur de représailles physiques infligées par un état "civilisé", plus de 165 000 Azerbaïdjanais ont quitté leur pays natal, avec la complicité du Parti et de l'administration gouvernementale d'Arménie. Quant au gouvernement d'Union Soviétique, responsable de la vie et du bien-être de tous les citoyens, il n'a jusqu'à présent rien fait pour rétablir la justice. L'argument avancé est l'impossibilité d'assurer la sécurité de ceux qui rentreraient en Arménie.

Qu'en est-il du Centre puissant que les Azerbaïdjanais ont toujours considéré comme indispensable ? De l'aide que l'URSS doit apporter à ses citoyens dans de telles situations ? L'Azerbaïdjan ne dispose que de peu de moyens d'intervention.

Au nom du groupe qui a pris l'initiative de créer un comité de défense des droits des réfugiés Azerbaïdjanais expulsés d'Arménie, nous nous adressons à tous les citoyens d'Azerbaïdjan, à l'opinion publique de l'Union Soviétique entière, aux éléments raisonnables du peuple arménien qui ne se laissent pas empoisonner par l'ivresse des passions nationalistes, les sommant de faire tout ce qui dépend de chacun d'entre eux pour faire triompher la justice politique, juridique et humaine.

Au cours du processus de déportation, des dizaines d'Azerbaïdjanais furent tués, des centaines, des milliers subirent la violence et l'humiliation. Seule la garantie de l'égalité politique, civique et humaine peut inciter les réfugiés à réintégrer les villages, les hameaux, les villes qu'ils ont quittés.

L'autonomie nationale et culturelle des Azerbaïdjanais en Arménie pourrait constituer une telle garantie pour ceux qui décideraient de revenir dans leurs anciens foyers.

Nous voulons croire que les droits civiques, politiques et humains des Azerbaïdjanais, enfreints lors de leur expulsion, seront rétablis conformément à la garantie formulée par la Constitution de l'URSS et les nombreux actes internationaux en vigueur dans le monde civilisé.

Président du groupe : Roustam Ibrahimbekov URSS,

119211 -Moscou Smolensky Bld,

17 Télex: 411939 EKRAN SU

Fax : 19 -7-095-2302200

Hassan Hassanov, Secrétaire du CC du PC d'Azerbaïdjan. Extrait du discours à la réunion des membres du parti et des dirigeants de l'administration à Bakou, le 8 janvier 1990. Journal Azadlyg (Liberté), N°2, 14 janvier 1990, pages 6-7.

La situation dans notre république a dépassé depuis longtemps le stade de la pré-crise et la conjoncture actuelle est passée de la simple menace à un état d'explosion politique locale. Nous vivons une crise qui touche la situation et une crise d'estimation. Nous ne voyons pas toujours clairement le type d'interlocuteur à qui nous avons affaire : s'agit-il d'un groupe de gens, d'une foule ou d'une partie de notre peuple ? Nous ne déterminons pas avec certitude si c'est un attroupement d'extrémistes en proie au délire ou des congrès populaires soutenus par l'espoir, rassemblant jusqu'à un demi-million de personnes.

N'est-ce pas une crise d'évaluation que de considérer comme l'expression d'une pensée nouvelle la destruction d'un mur en béton séparant lee Berlin socialiste du Berlin capitaliste, et d'autre part de qualifier de démarche extrémiste la destruction des barbelés du Nakhitchevan situés à 0.5 km de la frontière.

Nous considérons comme justes les grèves menées dans les entreprises de Mongolie sous le signe de l'intégralité territoriale, alors que les mêmes grèves dans les entreprises d'Azerbaïdjan sont vues comme les actions des forces hostiles à la perestroïka. Nous aspirons à un état de droit, ce qui ne nous empêche pas de laisser un journaliste traiter d'extrémistes ceux qui participent à la destruction des barbelés -fussent-ils des vieillards, des femmes et des enfants - et de déclarer au jugé qu'il s'agit de drogués. Nous reconnaissons aux peuples morcelés d'Allemagne, du Yémen, de Corée et de Chine, le droit de renouer des contacts et nous gardons le silence quant au même droit du Peuple azerbaïdjanais. Nous proclamons la pensée nouvelle, nous appelons de nos voeux la perestroïka, puis nous cherchons à identifier l'intigateur et l'organisateur des événements d'Azerbaïdjan.

Une question se pose : quel besoin a t-on de clans, corrompus de surcroît, si on peut en apprendre tout autant en regardant l'émission Vrémia. En écoutant Maïak. en lisant les journaux soviétiques, ceux du centre comme ceux de la république, en visitant la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, l'UkMne, la Géorgie, la Moldavie, l'Arménie, les régions et districts de Russie, et comprendre en fin de compte ce qu'est le "problème du Qarabagh".

Ce n'est pas de but en blanc que la république s'est retrouvée dans la situation présente. On a l'inmpression que certaines personnes, habilement cachées au peuple, ont créé tout un système d'erreurs consécutives ayant abouti à cet état de fait.

Nous nous demandons comment le pays peut ignorer que le conflit du Qarabagh est le résultat des ambitions territoriales historiques de l'Arménie; que les premières victimes tombées furent des Azerbaïdjanais, que les premiers réfugiés aussi et qu'enfin, à côté de Soumgaït, il y a eu aussi le génocide des Azerbaïdjanais de Gourgark, préparé et exécuté par les Arméniens. Le système d'information, dépourvu d'objectivité, introduit dans le pays une image stéréotypée et négative de l'Azerbaïdjan et du peuple azerbaïdjanais.

Sur quelles valeurs devons-nous nous appuyer pour passer à l'attaque alors qu'en Azerbaïdjan le développement et la sécurité sociale ont pris un retard catastrophique sur le potentiel économique et sur les résultats de notre activité économique. Nous avons 300 000 chômeurs. Nos salaires sont plus bas que partout ailleurs en Union Soviétique. Nous ne demandons pas qu'on donne à la république plus qu'elle ne gagne. Même si nous acceptons de nous conformer à la méthodologie introduite en Union Soviétique, nous devrions donner davantage à notre peuple. Chaque année, 1.5 à 2 milliards de roubles de notre revenu national s'en va sans contrepartie et les personnes irresponsables du Gosplan (Comité de planification) d'URSS et de la RSS d'Azerbaïdjan restent indifférentes à cet état de choses.

Et nous, le CC du PC, le Soviet Suprême, le Conseil des Ministres de la république, qu'avons-nous opposé à cela ? Je dois noter, le coeur lourd et avec toujours plus d'autocritique, que nous n'avons opposé qu'une politique d'attente; notre but était de laisser passer du temps en cachant les faits à la population, en nous livrant à la glasnost de la presse du pays, en niant l'existence même du conflit, en adoptant la politique des concessions, des prétextes volontaristes, des accords sans base et de la pacification unilatérale philantropique.

Cet ensemble de méthodes politiques défaitistes pouvait-il amener la stabilité ? Comme le dit notre peuple, on peut faire clore la bouche, les yeux et les oreilles sur la réalité, mais avons-nous la possibilité de défendre au peuple d'Azerbaïdjan de réfléchir sur l'indivisibilité de sa patrie ?

Contre ma volonté et sans que le comité central en ait été informé, on procède dans la région autonome du Haut-Qarabagh, par décision arbitraire du Goskomstat du pays, au recensement de la population et on falsifie les résultats de façon à favoriser les Arméniens. 160 000 Azerbaïdjanais opprimés et humiliés sont chassés d'Arménie sous escorte d'assasins, au milieu de scènes de pillage et de violence. Et c'est seulement après que nous est parvenue la résolution du CC du PCUS condamant ces actes intolérables. Le conseil des ministres nous refuse les allocations nécessaires sous prétexte que les 200 000 Azerbaïdjanais et Meskhets, malheureuses et frustrées, n'ont quitté leurs domiciles que provisoirement. Contre la volonté de la république et à cause de la carence de principes de certains, le conseil des Ministres de l'URSS a pris le 6 mai 1989 la décision de soustraire à la république l'économie de la région autonome du Haut-Qarabagh, et face à l'indignation du peuple, nous le consolons de façon simpliste en disant qu'il ne s'est en fait rien passé et que nous avons des problèmes autrement plus garves que celui de la région autonome du Haut-Qarabagh.

Je ne comprends pas la position du Conseil des Ministres de l'URSS qui n'a jusqu'à présent pas annulé sa décision, et l'indifférence manifeste du Conseil des Ministres de la république. Contre la volonté des membres du bureau du comité central, le Gosplan de l'URSS s'arroge arbitrairement le droit de procéder à la planification du complexe socio-économique du Haut-Qarabagh sous le fallacieux prétexte qu'il s'agit là d'une simple méthode de planification.

Contre ma volonté encore et sans plus ample discussion, on impose au bureau du CC une forme d'administration spéciale du territoire du Haut-Qarabagh. Sans en référer au comité central, on soustrait la région autonome du Haut-Qarabagh à l'autorité de la république et malgré la colère du peuple, nous appelons cela une "victoire". Quels sont donc les résultats de l'administration spéciale et de l'activité du comité chargé de sa direction ? La petite fêlure dans les relations entre nos deux peuples s'est transformée en une nette rupture. Certains abus infligés aux Azerbaïdjanais du Haut-Qarabagh sont devenus une véritable discrimination. La participation limitée des Azerbaïdjanais dans l'activité des organes dirigeants de la région a été réduite à néant.

On pourrait citer beaucoup de contradictions dans ce domaine, mais ces faits parlent d'eux-mêmes. J'ignore jusqu'à présent qui a pris l'initiative d'introduire dans le Haut-Qarabagh la forme d'administration spéciale et qui a créé le comité spécial placé sous l'autorité du centre ! Qui a recommandé d'inclure dans ce comité des personnes dont la vocation évidente et non déguisée est de lutter pour l'exclusion du haut-Qarabagh de ('Azerbaïdjan et de le placer non sous l'autorité de l'Arménie mais sous celle du centre ou de n'importe laquelle des républiques. Ce compromis ridicule a créé dans l'opinion publique mondiale l'impression que le peuple naïf azerbaïdjanais voulait bien en principe céder le Haut-Qarabagh, à condition que ce ne soit pas à l'Arménie mais à quelqu'un d'autre.

La crise du Qarabagh  s'accompagne de grands renforts de propagande, oeuvre des forces arméniennes s'exerçant au sein des organes de planification soviétiques et de la presse ; elle est soutenue par une vaste diaspora arménienne à l'étranger, pourvue de capitaux évalués en milliards et fort influente sur la politique internationale, qui ne se prive pas de souligner les différences religieuses entre les deux peuples.

Ceci a causé chez notre peuple un sentiment d'isolement, sans pour autant briser sa volonté. La perestroïka et une nouvelle estimation des valeurs historiques nous ont donné bien des leçons, la première étant que notre génération doit déterminer par ses propres moyens en quoi consistent les erreurs, et les corriger elle-même sans en laisser le soin aux générations futures.

L'activité de la direction et du bureau du CC ne correspondait pas du tout - et ne correspond toujours pas - aux exigences de la perestroïka et aux besoins vitaux réels, compte-tenu de notre spécificité. En négligeant le problème de la région autonome du Haut-Qarabagh tel qu'il se présente de nos jours, nous nous écartions par la même occasion aussi de notre peuple. J'en suis coupable, moi aussi, en tant que membre du bureau du CC.

Notre contre-propagande se limite souvent aux répliques journalistiques, aux interviews parfois adaptées aux circonstances et démentant la réalité. J'en suis coupable, moi aussi, en tant que membre du bureau du CC.

Notre tactique se présente souvent comme intentionnellement apaisante. J'en suis coupable, moi aussi, en tant que membre du bureau duCC.

Le peuple se met en grève en signe de protestation contre les réclamations territoriales de l'Arménie, et au lieu d'une solution équitable au problème, on nous fait ingurgiter de force qu'il s'agit d'un blocus économique de l'Arménie.

Demandez à notre peuple quel est le but qu'il poursuit en se mettant en grève. Regardez-le, voyez de qui il s'agit : des gens dont le revenu calculé en fonction du nombre de personnes qui compose leur famille, est en-dessous du seuil de pauvreté. Si nous les sommons de reprendre le travail, ils répondent qu'ils préfèrent mourir de faim, eux-mêmes et leurs enfants, plutôt que perdre leur honneur et dignité en abandonnant leur terre natale.

Les armes parviennent dans la région autonome du Haut-Qarabagh par avion, par hélicoptère, par trains et wagons frigorifiques malgré la présence du commandement militaire. Et ces armes sont utilisées. Face aux agressions à main armée, au lieu de prendre des mesures efficaces, on cherche à nous persuader de force de cesser le blocus car c'est le matériel de construction que l'on est en train d'acheminer.

Je voudrais qu'on sache enfin que l'Azerbaïdjan est soumis à un blocus économique, voire politique plus intense encore. Cette tendance qui dure, pourrait causer un isolement politique et civil indésirable de l'Azerbaïdjan, aux conséquences imprévisibles.

L'année passée, il y a eu dans les importations de l'Azerbaïdjan un manque de 75 000 wagons. Il s'agissait de divers produits n'ayant pour la plupart rien à voir avec le blocus : viande, farine, produits alimentaires, automobiles. On a arrêté la construction des immeubles d'habitation, faute de ciment et de bois. Sans consulter la république et dans les conditions d'un état de droit, le ministère des voies et communications viole nos droits souverains, fait décharger dans d'autres républiques les cargaisons qui nous sont destinées et défend l'importation dans notre république de certains produits.

Contre la volonté de la république, on a gelé des constructions ayant une importance vitale pour notre économie, comme l'usine d'ordinateurs à Bakou et celle d'automobiles à Gandja. Nous avons 300 000 chômeurs et voilà qu'il nous en arrive encore 200 000 d'Arménie et d'Ouzbékistan, dont 50 000 au moins exigent du travail. La situation est devenue si absurde qu'on déconseille aux touristes soviétiques de venir chez nous. A Moscou, depuis des années, on refuse les thèses de doctorat de nos savants à cause des objections des Arméniens. Mais personne ne parle de ce blocus. Le pays ne sait rien, malgré la glasnost. Nous ne voulons pas nous croire seuls dans notre malheur, dans notre chagrin. Nous voulons espérer qu'on finira par nous entendre, qu'on fera preuve de solidarité à notre égard. Notre tactique nuit non seulement à nous-même, mais aussi au centre, à nos camarades qui travaillent comme directeurs d'entreprises, d'organisations , de département officiels, dans les Raykom (comités régionaux) et les autres services du parti. Nous les désarmons et ne sommes pas toujours en mesure de les soutenir et de les défendre.

Le peuple nous considère, nous et le centre, avec la même méfiance. On considère chacun de nous comme des gens qui préfèrent plaire au cen-tte plutôt que conserver une autorité aux yeux du peuple. On pense que nous préférons sauver notre situation plutôt que défendre les intérêts du peuple. On nous traite de "mankurt" (gens sans foi ni loi) au plein sens du terme.

La raison nous dicte qu'il faut découvrir les moyens de stabiliser les relations avec nos voisins. Mais elle nous fait aussi comprendre qu'il ne s'agit pas de simplifier le problème, qu'on ne doit pas aborder d'une façon simpliste les relations de stabilisation avec des gens qui se disent Soviétiques mais préfèrent l'opinion du Sénat américain à celle du Soviet Suprême de l'URSS ! Comment stabiliser nos relations avec ceux qui préfèrent l'attitude des USA à celle du Ministère de l'intérieur de l'URSS. Comment établir des relations économiques avec nos voisins s'ils préfèrent l'économie libre avec les milliardaires arméniens aux rapports stabilisés à l'intérieur de l'état avec la république voisine. Qui sont ces communistes avec qui nous devons collaborer, qui préfèrent la collaboration avec les partis antisoviétiques - dashnaktsoutioun et gntshak - aux relations avec le parti communiste d'Azerbaïdjan régi par le même statut qu'eux ?

On ne saurait naïvement croire que la décision prise par le Soviet Suprême de l'URSS va être appliquée automatiquement. Essayons de clarifier de déroulement des événements qui ont suivi cette décision portant sur la région autonome du Haut-Qarabagh, prise le 28 novembre 1989.

Depuis, 42 jours ont passé. La chronologie des événements est la suivante: au cours de cette période, le présisium du Soviet Suprême d'Azerbaïdjan a émis un arrêté faisant obstacle à l'exécution d'une série de mesures qui enfreignaient notre souveraineté. Nous n'avons pas reçu de réponse du centre. Le 1er décembre 1989 - soit 3 jours après la décision du Soviet Suprême d'URSS - le Soviet Suprême d'Arménie a émis un arrêté décidant - comme si la chose allait de soi - de procéder à l'annexion de la région autonome du Haut-Qarabagh, ignorant totalement les droits de la république voisine. Il y a une différence notable entre ces deux arrêtés, une différence évidente : dans le premier cas, c'est l'exigence objective des droits constitutionnels, dans le second, c'est un acte anticonstitutionnel, une manifestation des ambitions territoriales des autorités arméniennes. Malheureusement, jusqu'à présent, aucun document émanant de l'Union n'a annulé cet acte inoui'. L'Arménie ne se limite plus à menacer de s'emparer de la région autonome du Haut-Qarabagh. Devant le laisser-aller de certains organes du pays et notre propre défaillance en matière de principes, elle gouverne ostensiblement la région. Au cours de ces 42 jours, toutes les entreprises du Haut-Qarabagh ont été rattachées aux ministères et départements officiels arméniens. Tous les dirigeants des entreprises ont été incorporés au contingent de leurs collèges. Tous les Raykom ont été intégrés au parti communiste d'Arménie. Tous les drapeaux, armoiries, inscriptions, formulaires et textes azerbaïdjanais ont été détruits. Sur le territoire du Haut-Qarabagh flottent le drapeau et les armoiries de l'Arménie. Enfin, on a frappé une médaille arménienne spéciale, "Artsakh", consacrée au rattachement du Haut-Qarabagh à l'Arménie.

Au cours de ces 42 jours, on a fait sauter la conduite d'eau desservant Shousha, le pont menant au village azerbaïdjanais de Hodjali et hier encore, la voie ferrée au même endroit.

Les terroristes arméniens ont détruit 10 villages azerbaïdjanais dans la région de Kubalti, la région de Latchin est soumise à des tirs incessants. A Stepanakert, il y eu une attaque contre un autobus transportant des passagers azerbaïdjanais. Dans un wagon chargé de matériel de construction, on a trouvé des missiles sol-sol expédiés d'Arménie vers la région autonome du Haut-Qarabagh.

Et ce n'est pas tout. L'Arménie crie que nous lui infligeons des pertes. Quant à l'Azerbaïdjan, il est en quelque sorte au-dessus de cela et n'a pas encore exigé 2.7 milliards de roubles de compensation.

Les Azerbaïdjanais du Haut-Qarabagh ne sont toujours pas acceptés dans les entreprises de Stepanakert. On poursuit le blocus total de la fourniture d'eau du réservoir de Sarseng aux régions azerbaïdjanaises.

Pendant cette période, notre république n'a enregistré qu'une réussite, la pulication dans un journal de la composition de notre comité d'organisation. Immédiatement après, il y a eu à Stepanakert des meetings houleux exigeant l'interdiction de l'entrée du Haut-Qarabagh aux Azerbaïdjanais et même au Russes s'ils viennent de la part de l'Azerbaïdjan. La procédure de transmission de nos droits dans la région autonome du Haut-Qarabagh n'est effective que sur le papier. Pendant tout ce temps, les auteurs des arrêtés n'ont pas élaboré de mécanisme pour rendre à l'Azerbaïdjan ses droits souverains en ce qui concerne le Haut-Qarabagh et ce, au sens pratique et constitutionnel et non pas formel.

Je considère que les mesures suivantes devraient faire intégralement partie du programme d'assainissement de la situation dans la république; mes suggestions sont :

Premièrement : il faut changer de façon radicale et fondamentale le style de travail de la direction de la république aussi bien au comité central qu'au Soviet Suprême et au conseil des ministres. Il faut être plus près du peuple, prendre enfin en considération l'opinion publique, renforcer les changements démocratiques, évaluer les problèmes et ne pas tarder à les résoudre. Elargir la pratique de la direction collective des organes du parti, démocratiser le processus de tat résolution des questions des cadres du parti. Nous devons enfin donner un contenu concret aux lois sur la souveraineté et l'indépendance économique de la RSS d'Azerbaïdjan. On doit prévoir dans la constitution azerbaïdjanaise la responsabilité du personnel au service de l'état et celle de tous les citoyens, en ce qui concerne la défense de l'intégralité territoriale de la république, et des mesures sur la responsabilité civile, voire pénale qu'entraînerait la moindre tentative d'entamer cette intégralité ou de tenter une propagande des idées orientées dans cette voie.

Deuxièmement : il faut changer radicalement l'attitude du comité central du PCUS, de la presse de l'Union - et en disant cela, j'assume ma responsabilité à cet égard - modifier aussi radicalement l'attitude de la société face à la tension morale, psychologique, politique et sociale dans notre république. Je considère que les complications dans ce domaine sont une conséquence du conflit du Haut-Qarabagh qui nous a été infligé malgré nous, et que, sans l'éradication de la cause de ce conflit, la lutte contre ses effets ne saurait être efficace.

Troisièmement : il faut changer radicalement l'attitude du comité central du PCUS, du conseil des ministres, du Gosplan du pays, des minisrères et services administratifs à l'égard des besoins socio-économiques de la république, et surtout permettre à celle-ci de jouir pleinement du revenu national qu'elle crée et dont un quart est actuellement exporté. En outre, nous devons oeuvrer à la création au cours de cette année, d'un minimum de ISO 000 nouveaux emplois. Enfin, la république a le droit d'utiliser son pétrole et son coton et doit utiliser ce droit.

Quatrièmement : il faut obtenir un arrêté du comité central du PCUS et du conseil des ministres du pays (et si nécessaire, du Soviet Suprême de l'URSS), allouant le montant nécessaire - et non une aumône - à l'établissement permanent dans notre république des 160 000 réfugiés d'Arménie et des 30 000 Meskhets d'Ouzbékistan. Selon les normes en vigueur dans notre pays, cette somme serait de 2 milliards de roubles.

Cinquièmement : les organes de l'Union doivent corriger leurs erreurs commises pendant la période de l'exercice de l'autorité du comité d'administration spéciale. Il est particulièrement nécessaire de soumettre à nouveau à la seule autorité de la république tous les comités du parti, les entreprises et le marché administratif et idéologique sans chercher de nouveaux compromis.

Sixièmement : il est nécessaire de déporter de la région autonome du Haut-Qarabagh tous les extrémistes armés (que le peuple appelle les "barbus") et qui sont la source principale de la tension continuelle. Septièmement : il faut condamner par un arrêté commun du comité central du PCUS et du Soviet Suprême du pays les prétentions territoriales présentées par l'Arménie à notre république, et conclure sans compromis un traité à l'échelle de l'Union, établissant l'incontestable appartenance de la région autonome du Haut-Qarabagh à l'Azerbaïdjan. J'engage ma responsabilité en déclarant que pendant la période qui a suivi l'administration spéciale du comité,'aucun document ne l'avait spécifié par écrit.

Enfin, il faut annuler - et non seulement juridiquement mais aussi de facto - l'arrêté du Soviet Suprême de la RSS d'Arménie daté du 1er décembre 1989, proclamant l'annexion de la région autonome du Haut-Qarabagh et punir les coupables, y compris les dirigeants, sans égard quant aux personnes.

Il est indispensable d'user de toute la force de la constitution soviétique, de tous les pouvoirs de nos lois et du statut du PCUS, pour évincer les réclamations territoriales présentées par l'Arménie à l'Azerbaïdjan soviétique.


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