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KAVBUREAU. DAGLIG QARABAGH. STALINE

KAVBUREAU.

DAGLIG QARABAGH.

STALINE

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Intervention du député et écrivain Azerbaïdjanais Anar au Soviet Suprême de l'URSS - Session du 3 octobre 1989.

En cet instant exceptionnel, je considère comme mon devoir de député et d'écrivain de m'adresser à cette assemblée, car il s'agit de problèmes vitaujxpour les peuples entiers. Je ne souhaite pas que mon intervention soit transmise à la télévision et ce, pour deux raisons : d'abord parce que je n'aime pas l'idée que mes propos puissent être perçus comme étant destinés aux nombreux téléspectateurs; ensuite, pour éviter que mes propos ne soient perçus comme facteur d'émotion, programme d'activité, appel à certaines actions, etc. Le seul but de mon intervention est de mettre en garde le Soviet Suprême contre des actions qui peuvent devenir des maux irrémédiables à jamais pour notre consience. Je m'adresse aux députés pour leur dire une vérité toute simple : ce que l'on nomme le problème du blocus ferroviaire n'est pas seulement un problème économique mais aussi politique, et les mesures que pourra prendre le Soviet Suprême ne sauraient être seulement administratives. Le ministre Konarov a tenté hier de présenter la situation comme l'action de quelconques malfaiteurs Tchékhoviens, d'individus agissant soi-disant sous l'effet de la crainte. Il faut regarder la vérité en face; quel que soit le jugement porté sur ces actions, il s'agit du comportement d'un peuple entier, ayant renoncé à trouver la justice dans les décisions constitutionnelles et juridiques. Si l'on qualifie le blocus  lui-même  de  fait sans précédent, alors  les  prétentions territoriales d'une république sur une autre - de l'Arménie sur ('Azerbaïdjan - sont tout autant sans précédent. Si "blocus" est un terme du registre militaire, alors la tentative de s'emparer d'une terre étrangère relève du même registre, et les mesures unilatérales exceptionnelles qui pourront être prises, seront lourdes de conséquences et peut-être pas moins tragiques que les événements de Tbilissi. Nous devons en être conscients avant de prendre des décisions si importantes, si bien sûr il n'y a pas de préférence à l'égard des différents peuples. On peut sans doute obtenir certains succès temporaires avec les baïonnettes, mais on ne peut ainsi diriger des peuples entiers. La seule issue, ce n'est ni de s'accuser mutuellement, ni de rivaliser d'efficacité devant le public pour défaire son adversaire, ni de complaire à évoquer des offenses réelles ou imaginaires, anciennes ou nouvelles, ni d'entreprendre des recherches historiques discutables, mais de chercher une issue à cette impasse acceptable pour les deux parties, et de pas brûler les ponts par lesquels sinon nous, nos enfants sont "voués" à passer les uns vers les autres. Il faut à tout prix éviter la tragédie de Soumgaït et de la région de Gougark en Arménie, dont on ne parle pas et où 8 Azerbaïdjanais ont été tués. Ce sont 50 Azerbaïdjanais au total qui ont été tués en Arménie de la façon la plus cruelle. La bonne volonté est indispensable, il faut sacrifier les ambitions personnellles au nom de l'avenir des peuples dont nous affirmons si fort la fidélité. On peut tout risquer pour la patrie mais non risquer la patrie. Nous devons reconnaître cette vérité sincèrement et honnêtement.

Sans entrer en ce moment dans le détail du problème du Haut-Qarabagh, il faut au moins faire le constat de la thèse maintes fois exposée dans les plus hautes sphères du parti et du gouvernement : la modification des frontières des républiques soviétiques est inacceptable car aucune république de l'Union ne sera d'accord, y compris l'Azerbaïdjan.

Je suis convaincu que pour calmer tous les peuples, y compris dans notre région, pour enlever la tension et résoudre les problèmes liés au fonctionnement normal des transports, il faut affirmer de façon ferme et définitive l'intégrité territoriale et la souveraineté de toutes les républiques, y compris l'Azerbaïdjan, avec la garantie du respect des intérêts culturels et économiques de toutes les minorités résidant dans ces républiques. Toutes les autres mesures n'apporteront qu'une trêve provisoire et maintiendront le risque permanent d'explosion avec toutes les conséquences qui en découlent.

La sagesse antique dit : qui sème le vent récolte la tempête. J'appelle les hauts dirigents du pays, les députés d'Arménie et d'Azerbaïdjan, les membres du Soviet Suprême, de l'URSS à prendre consience de cette réalité inquiétante mais incontestable. Ainsi, ayant affirmé notre position quant à l'inacceptabilité de la modification des frontières, l'intégrité territoriale et la souveraineté des républiques, y compris les républiques de Transcaucasie, nous résoudrions la question du blocus de part et d'autre, et entamerions les négociations pour les deux côtés. Autrement, nous ne pourons nous justifier, non seulement aux yeux de nos électeurs mais encore devant l'Histoire.

Intervention du député T.K.Ismaïlov (Académie des Sciences d'Azerbaïdjan) à la session du Soviet Suprême de l'URSS - 3 octobre 1989.

Dans tout le pays, c'est la loi qui dirige, cela ne fait aucun doute. Il n'est permis à personne de transgresser les lois.

Le fait est que ni nous allons à la confrontation afin de déterminer qui a raison ou tort, qui a fait le plus ou le moins, alors nous ne résoudrons rien. S'il faut parler de la grève des voies ferrées, c'est une question politique. Et l'affaire n'est pas telle qu'on veut la montrer ici. Mais cette question politique peut être résolu très vite et facilement, aujourd'hui même. Que se passe-t-il ? Pourquoi ne la résolvons-nous pas ? Parce que nous voulons ou plutôt voulions examiner les documents que l'on nous proposait sans nous préoccuper de la valeur du prétexte fondamental. Le prétexte est simple. En février 1988, un groupe de politiciens extrémistes a pris la décision illégale de retirer le Haut-Qarabagh à l"Azerbaïdjan. En outre, une république de l'Union s'est mêlée très activement des droits souverains d'une autre république. Malheureusement, ceci est confirmé dans les décisions des hautes instances. C'est le premier point. Le conflit aurait pu être réglé alors, mais ce ne fut pas le cas. Vingt mois ont passé. Le peuple attend la solution. Les deux peuples veulent que la question soit réglée, mais elle ne l'est toujours pas. Alors le peuple utilise ses ultimes possibilités et va là où il peut. Je ne suis pas partisan de telles méthodes ni partisan de ces voies. Je ne les préconise pas, mais je veux que nous abordions raisonnablement le problème sans utiliser d'information partiale. Notre peuple est assez modeste, notre nature ne nous porte pas au premier pain de la presse, de la télévision, etc. Et nous ne disposons pas de tels canaux. Je veux aussi que vous disposiez d'une information objective. N'étoit le problème du Haut-Qarabagh qu'on nous a "refilé", il n'y aurait pas toutes ces difficultés en Transcaucasie.

Deuxièmement. Si aujourd'hui et ici même est résolue la question de l'inviolabilité des droits souverains de l'Azerbaïdjan, alors le Qarabagh deviendra un problème dont la solution incombe au seul Azerbaïdjan. Il faut réinstaller chez eux les 200 000 réfugiés des deux parties. Et le gouvernement doit absolument permettre à ces gens de vivre chez eux, sur leur terre natale. Vous comprenez, ce sont des Azerbaïdjanais citoyens d'Arménie, et les Arméniens qui sont partis étaient citoyens d'Azerbaïdjan. Chaque république doit garantir les droits constitutionnels de ces gens.

Troisièmement. Le Soviet Suorême de l'URSS dnit sans examiner et confirmer la loi constitutionnelle sur la souveraineté de l'azerbaïdjan et la décision de la session extraordinaire d'Azerbaïdjan. Alors le noeud entier se défera, alors il n'y aura plus de problème de voies ferrées ni d'autre.

Je ne puis que dire du bien du peuple arménien. Nous avons cohabité, nous le faisons et le ferons. Mais les politiciens qui ont construit là leur carrière politique et dont certains sont dans la salle, doivent comprendre qu'ils ont construit cette carrière sur le sang du peuple, ce peuple qui d'un côté comme de l'autre, descend aujourd'hui dans la rue.

Je vous le demande, il ne faut pas retarder la décision en la soumettant à d'autres. Je vous demande de résoudre aujourd'hui même les trois questions que j'ai soulevées, et le noeud sera défait.

Journal "Azerbaïdjan" Ne 5, novembre 1989. Lettre de Nariman Narimanov au camarade Staline. Copies : Trotsky et Radek. Strictement confidentiel. 24 décembre 1923. (Extrait de "Vers l'histoire de notre révolution dans les provinces", Archives de l'Institut de Marxisme-Léninisme, Moscou, fd 609, f°l, dossier 458).

...Après le coup d'état (28 avril 1920-ndlr), Mikoyan a dit : "Nous nommerons Narimanov président du comité révolutionnaire et l'entourerons de telle sorte qu'il ne pourra pas jouir de son influence".

Je vous assure que mon roman "Sona et Bahadour" (sur les amours d'une Arménienne et d'un Azerbaïdjanais -ndlr) avait du succès quand Mikoyan était déjà Dashnak. Pourquoi dois-je pendant 20 ans avoir été nationaliste et Mikoyan internationaliste ?...

...Personne n'a autant corrompu les ouvriers que Sarkis, personne n'a autant gâté le Parti que Mirzoyan.

...D'un côté les dashnaks agissent sous le drapeau du communisme, de l'autre les anciens SR sapent lentement mais sûrement le pouvoir soviétique.

...Le Haut-Qarabagh a été décrété région autonome sous la pression de Mirzoyan.

...Pour moi, il ne fait aucun doute que Sergo (Ordjonikidzé-ndlr) et Staline ne nous font pas confiance et confient le sort de l'Azerbaïdjan aux dashnaks arméniens.

Sougra Schouvelanly. Who is who dans l'organisation du blocus, ou à qui profite le blocus ?

Dans les médias soviétiques et occidentaux, le terme de "blocus" a une seule acception : les Azerbaïdjanais arrêtent les trains vers 1' Arménie pour "punir" leurs voisins. Qu’en est-il?

Regardons avant tout le tracé de la voie ferrée entre 1' Azerbaïdjan et F Arménie. Pour aller en train de Bakou à Nakhitchevan puis à Erevan, il faut traverser une petite partie (46 km) du territoire de l'ancienne région azerbaïdjanaise de Megri, actuellement en Arménie. C'est sur cette portion du trajet que depuis deux ans les nationalistes arméniens ont provoqué des explosions, attaques de trains et destructions des voies ferrées.

Les cheminots ont à plusieurs reprises cessé le mouvement des trains, exigeant des garanties de sécurité. Chaque fois, la milice arménienne assurait que cela ne se reproduirait plus. Néanmoins, les attaques des trains venant d’Azerbaïdjan se répétaient régulièrement.

Le 15 août 1989, Artouch PARSAGANIAN, F un des extrémistes, a sauté sur la mine qu’il avait lui-même posée. En septembre 1989 les chefs de trains azerbaïdjanais ont refusé de conduire les trains sur la ligne Bakou-Nakhitchevan-Erévan. Cet acte fut préjudiciable pour F Arménie comme pour le Nakhitchevan.

Après F assurance donnée par le Ministère de F Intérieur de F URSS quant aux garanties de sécurité, le trafic ferroviaire fut rétabli entre F Azerbaïdjan et F Arménie. Mais les provocations continuaient.

Pour le premier trimestre 1990 on a noté les faits suivants : le 12 janvier, les nationalistes arméniens ont tiré près de la gare de la Kartchevan (Arménie) sur la locomotive venant d' Ordoubad (Azerbaïdjan). Ensuite, la voie fut bloquée en plusieurs points dans la régjton de Megri.

Fin janvier, un wagon "quitta" sa voie de garage de la gare d' Astazour (Arménie). Les signaux indiquaient la voie comme étant libre et en fin de compte le wagon entra en collision avec une draisine occupée par 15 ouvriers azerbaïdjanais. Tous ont subi des traumatismes et ont dû être hospitalisés.

Début février une ligne électrique de haute tension fut débranchée de la station électrique régionale près du village d' Astazour, et le trafic fut là encore interrompu.

Enfin, la portion de voie ferrée de la région de Megri fut placée sous protection militaire. Cependant, le 24 mars une bombe a explosé près de Kartchevan sous un train de voyageurs azerbaïdjanais.

Nous nous mettrons d'accord tôt ou tard. Entretien avec Yussif Samedogly, septembre 1989 (Extrait). Revue "Strana i Mir" No 5/53 (en russe), Munich.

Yussif Samedogly l'un des fondateurs du Font Populaire d'Azerbaïdjan (FPA) et membre de sa direction, reponsable de la section idéologique, répond aux questions de K.Lubarski.

Le FPA fut créé après le commencement de la crise du Qarabagh. Cela signifie-t-il qu'il est une riposte aux événements qui se sont déroulés dans le Haut-Qarabagh, ou bien d'autres causes sérieuses ont-elles donné naissance à ce mouvement ?

Cette idée germait depuis le début des années 70. Notre intelligentsia n'est pas aussi active que, par exemple, la dissidence en Russie, en Ukraine et dans les pays Baltes. Cependant, elle essayait, dans la mesure du possible, de faire quelque chose. Vous notez avec raison que les événements du Haut-Qarabagh servirent de détonateur à la création et à la structuration du FPA. Mais comme son nom l'indique, il ne s'agit nullement d'un comité de défense du Haut-Qarabagh.

Les buts du FPA sont exclusivement démocratiques. Il ne s'agit pas d'une organisation nationale, encore moins d'une organisation nationaliste. C'est peut-être le seul mouvement socio-politique actuel qui n'ait pas adopté comme mot d'ordre "l"Azerbaïdjan pour les Azerbaïdjanais". La direction du FPA estime qu'aucune ethnie ne saurait vivre à la fin du XXe siècle isolée des autres. Sinon elle s'auto-détruirait tout simplement. C'est la raison pour laquelle immédiatement après la formation du FPA, nous nous sommes adressés à tous les peuples vivant en Azerbaïdjan, les invitant à se réunir autour du FPA. Tout habitant d'Azerbaïdjan, qui en accepte la constitution, est un citoyen égal en droits.

Quels sont les buts immédiats que vise le FPA ?

A notre grand regret, le problème du Qarabagh est si angoissant qu'il recouvre en quelque sorte les autres questions. Mais nous considérons que nous ne pouvons en aucun cas nous en tenir uniquement à ce problème. Notre principal but est d'atteindre (pour le moment dans le cadre de la fédération) la plus grande autonomie possible dans les domaines politique, économique et culturel.

Est-ce que vos objectifs dépassent quelque peu ceux déclarés par les fronts populaires des pays Baltes ou bien sont-ils similaires ?

La lutte des peuples baltes pour leur liberté et leur indépendance mérite les plus grands éloges. Incontestablement nous avons profité de l'expérience de ces peuples appartenant à la culture européenne. Nous sommes complètement d'accord avec eux, pour ce qui est des principes essentiels et je le répète une fois de plus : le FPA est un mouvement exclusivement démocratique et nullement national ou nationaliste.

Dans divers documents - y compris ceux du PFA- on évoque souvent le problème de ('Azerbaïdjan du Sud, la nécessité d'unifier la nation azerbaïdjanaise. Qu'en pensez-vous ?

Il se trouve que la direction du FPA est composée d'intellectuels et, avant tout, de réalistes. Sans aucun doute, le partage de, l'Azerbaïdjan en deux, avec 7 millions vivant dans l'Azerbaïdjan du Nord et 16 à 17 millions vivant dans l'Azerbaïdjan du Sud, est un problème douloureux qui nous préoccupe tous. Si nous obtenons une indépendance politique, il est certain que le FPA examinera ce problème plus concrètement. Mais soyons réalistes sans recourir aux illusions.

Quelle est l'attitude du FPA à l'égard des événements actuels en Iran et de ce qu'on appelle la "révolution islamique"?

Nos autorités locales, l'appareil du Parti et les groupes réactionnaires d'Azerbaïdjan font tout ce qu'ils peuvent pour discréditer le FPA en tant que mouvement démocratique. L'un des coups les plus durs qu'on puisse nous porter est de nous accuser de fondamentalisme islamique. Je dois déclarer catégoriquement qu'aujourd'hui l'Islam joue chez nous un rôle exclusivement rituel. De quel fondamentalisme islamique peut-il être question quand le Coran n'est pas encore traduit en azerbaïdjanais ?

Est-ce que le FPA est un mouvement tout à fait laïque ?

Oui. En ce qui concerne le fondamentalisme islamique, nous ferons tout pour éviter la transformation de la religion en idéologie et sa promotion au niveau de l'Etat. Nous sommes partisans du pluralisme des opinions.

On sait qu'il existe un phénomène particulier dans les pays Baltes : le communisme national. Beaucoup de dirigeants des partis communistes baltes semblent agir de concert avec les fronts populaires. Y-a-t-il quelque chose de semblable en Azerbaïdjan ?

Nous n'avons rien de tel ici. Bien que nous ayons des sympathisants dans l'appareil du Parti, la partocratie est tellement pourrie qu'il serait absurde de s'attendre à une union quelque peu réelle entre le Parti et le FPA.

De qui se compose la direction du Front Populaire? Est-ce essentiellement de l'intelligentsia?

C'est seulement l'intelligentsia. Ce sont des historiens, des hommes de lettres, des sociologues, des économistes, tous partisans du système démocratique européen.

Quelles sont votre opinion personnelle et celle du FPA sur les propos de 64

M. Ziya Bunyatov, notamment au sujet de M. A.Sakharov ?

Je préfère m'abstenir d'exposer l'opinion de la direction du FPA, mais mon attitude personnelle envers les publications de M. Z.Bunyatov est tout à fait négative. On peut ne pas être d'accord avec certains jugements de A.Sakharov sur le Haut-Qarabagh mais ce serait indigne de jeter le doute sur toute l'activité de ce grand humaniste du XXe siècle.

Nous avons parlé de la direction du FPA. Combien d'hommes avez-vous dans les rangs du FPA ? Combien de sections avez-vous ?

Actuellement le Front Populaire exerce son influence sur tout l'Azerbaïdjan. Il suffit qu'il prenne une décision concernant tel ou tel point pour que tout se passe comme nous le voulons. Au mois de mars de cette année nous comptions 670 000 membres.

Ce qui veut dire que le FPA domine la situation dans la république toute entière ?

Le FPA domine la situation dans la république, mais il n'a pas le pouvoir d'influencer la politique des cadres. J'espère que cela viendra dans l'avenir.

Le FPA, est-il officiel au niveau de la république ?

De facto oui, quant à de jure cela viendra bientôt.

Pensez-vous avoir des chances d'obtenir la majorité lors des prochaines élections républicaines?

Nous travaillons maintenant activement pour cet objectif. Je pense que nous avons de grandes chances.

Dernièrement le Soviet Suprême a proclamé la souveraineté. Il s'agit pourtant d'un Conseil élu sous l'ancien régime et sans la participation du FPA. Comment expliquez-vous que ce parlement, en fait réactionnaire, ait tout de même adopté le point de vue du PFA?

Nous avons déployé de grands efforts d'organisation. Tout d'abord, nous avons exigé que la séance entière du Soviet Suprême soit transmise à la télévision. Ensuite nous avons soutenu notre projet jusqu'au bout. L'élément le plus important était que toute la vie de la république se serait arrêtée si on n'avait pas adopté ce projet de loi.

Et le Soviet Suprême le savait ?

Bien entendu. Il nous fit la proposition suivante: "Puisque nous sommes des démocrates, mettons à l'ordre du jour deux variantes, la vôtre et la nôtre, et votons". Mais nous savions ce qui allait se produire: tous les députés voteraient comme Vezirov. Nous n'avons donc pas accepté cette proposition. Nous avons exigé sous forme d’ultimatum, que seulement notre proposition soit présentée au vote.

Et Vezirov a voté pour votre projet?

Oui.

Passons maintenant au problème du Qarabagh. Quelle proposition réaliste peut soumettre le FPA pour résoudre ce problème? Il y a bien entendu, le programme maximum que vous auriez aimé faire exécuter. Mais il semble bien qu'aucune des parties en présence ne puisse espérer obtenir le maximum. Que proposez-vous?

Vous touchez là bien entendu au problème le plus douloureux. La réalité est telle que ni le FPA, ni le peuple d'Azerbaïdjan ne consentiront jamais à ce que le Haut-Qarabagh se sépare de {'Azerbaïdjan et soit incorporé dans l'Arménie. Ce serait absurde. Dans les conditions actuelles, le problème du Haut-Qarabagh ne peut être résolu que dans le cadre de la souveraineté de la RSS d'Azerbaïdjan et en négociant avec la partie adverse une variante mutuellement acceptable.

Il est évident qu'un compromis suppose des concessions des deux côtés. Quelles concessions auraient été acceptées par le FPA?

Le FPA considère que le Haut-Qarabagh est une partie de l'Azerbaïdjan souverain. C'est le coeur même de l'Azerbaïdjan. Bien entendu il ne peut en aucun cas être question de s'en séparer. Mais la concession dans ce cas serait ce qui suit: si la population arménienne est mécontente de certains aspects de l'autonomie culturelle, économique, etc., nous sommes prêts à discuter de ce problème en démocrates. Nous pensons que chacun a le droit de s'instruire dans la langue qu'il veut, étudier l'histoire qu'il veut, établir des relations avec les cercles et les gens qu'il préfère, etc. Mais il ne peut être question de séparation. On peut enlever le territoire par deux moyens: soit en s'asseyant à une table de négociation, soit par la guerre. La guerre entraînerait les conséquences les plus déplorables non seulement pour l'Azerbaïdjan et l'Arménie mais tout d'abord pour toute la perestroïka gorbatchévienne.

On a émis l'idée qu'il serait peut-être utile de promouvoir le Haut-Qarabagh au statut de république autonome. Une autre idée a été émise au cours des meetings de Bakou: il est indispensable de supprimer l'autonomie du Qarabagh. Pouvez-vous commenter ces deux propbsitions?

Je pense que la suppression de l'autonomie du Qarabagh ne serait ni réaliste ni humanitaire. Dans une certaine mesure j'aurais, moi personnellement, accepté de promouvoir le statut du Haut-Qarabagh mais seulement dans le cadre de la RSS d'Azerbaïdjan, d'un Azerbaïdjan souverain. Aucune tierce partie n'a le droit de se mêler de ces affaires.

Par "tierce partie", vous entendez certainement Moscou?

Bien entendu, j'entends par là Moscou, le Kremlin.

Que pensez-vous du régime d'exception établi au Haut-Qarabagh?

Le régime d'exception, c'est le régime traditionnel du vice-roi de Sa Majesté Impériale. Bien entendu, ce régime n'a rien pu donner car il sauvegardait non les intérêts des Azerbaïdjanais ou des Arméniens qui vivent dans le pays, mais ceux de Moscou.

Comment a-t-on décidé du blocus de l'Arménie? Pourquoi a-t-on pris cette décision et sous quelle forme l'a-t-on réalisée?

Nous nous sommes décidés à cette mesure extrême à laquelle je n'aurais pas donné le nom de "blocus", car un blocus c'est autre chose. Disons qu'il s'agit d'un embargo. Avant l'introduction de ce que vous appelez le blocus, les Arméniens avaient appliqué avec beaucoup de succès le blocus du Nakhitchevan. La république autonome du Nakhitchevan fut privée pendant longtemps de tous les produits de première nécessité. Dans la région de Megri - le couloir qui sépare le Nakhitchevan de I' Azerbaïdjan - il y eut des actes de sabotage. On faisait constamment sauter les voies ferrées, on attaquait les mécaniciens, on brûlait les locomotives, etc. On en vint au point où le Nakhitchevan se trouvait au bord de la famine. Aucun argument raisonnable n'a donné de résultat. Or, la politique est malheureusement une chose cruelle et nous fûmes amenés à adopter cette mesure. Nous avons arrêté les fournitures à l'Arménie, d'abord des produits pétroliers, ensuite de certains autres. Mais pas un seul jour - et j'engage ma responsabilité en le disant- nous n'avons interrompu le transport du matériel de construction ou des médicaments, pour les victimes du séisme.

Selon les informations qui nous parviennent, les moyens de transport ne fonctionnent plus par manque de carburant et les ambulances sont arrêtées.

Pour approvisionner les ambulances, la voie ferrée de Batoum suffit à l'Arménie. Mais ce blocus a tout de même donné des résultats très sensibles en arrêtant toutes les voitures particulières. Nous avons interrompu le flot continuel des voitures vers le Haut-Qarabagh, ce flot qui y amenait des armes. En disant cela, j'engage ma responsabilité. Or, jusqu'à présent Moscou ne permet pas à l'armée intérieure postée en Arménie de perquisitionner dans les logements des Arméniens.

Vous considérez que les armes sont introduites au Haut-Qarabagh avec le consentement de Moscou?

Malheureusement, je n'ai pas de preuve de la participation directe de Moscou dans ces opérations. Mais il n'en reste pas moins vrai que les armes arrivent là-bas, que des détachements armés sont formés dans les forêts et qu'ils sont équipés non pas de fusils de chasse mais d'armes automatiques, de carabines, etc. Par ailleurs, le général Chataline, commandant des forces du ministère de l'intérieur a déclaré, à moi et aux autres membres de la direction du FPA: "Moscou et vos autorités républicaines ne nous permettent pas de perquisitionner".

De fouiller les voitures?

Non, les logements.

Cependant, il est plus simple d'examiner les véhicules et de ne pas laisser entrer les armes, que de continuer le blocus.

Il se trouve que la plus grande partie des armes fut livrée là-bas avant le début des incidents.

Mais si les armes furent livrées avant les incidents, à quoi sert le blocus ? Pourquoi organiser la pénurie d'essence et arrêter les voitures particulières qui sont faciles à examiner ?

Il y a des dizaines d'années que ces gens se préparent au conflit. Comprenez donc, notre malheur est que nous avons tardé à nous en rendre compte.

Vous avez parlé de détachements arméniens armés. Y-a-t-il aussi des détachements azerbaïdjanais armés ?

Sans aucun doute. En tant que riposte, il y a des détachements azerbaïdjanais. Mais - je le dis en toute conscience - nous sommes armés bien plus faiblement. Mais que Dieu nous préserve d'être obligés d'employer la force.

On dit maintenant que le blocus est arrêté. Comment cela est-il arrivé?

Nichanov, le président du Conseil des Nationalités du Soviet Suprême de l'URSS, a convoqué au Kremlin cinq représentants de la direction du FPA et nous a dit officiellement de la part de Gorbatchev: "le Soviet Suprême se trouve maintenant forcé de décréter l'état de siège sur la voie ferrée. C'est une mesure très sérieuse. C'est pratiquement le commencement de l'occupation de iAzerbaïdjan par l'armée soviétique. On nous a sommé de renoncer à la poursuite du blocus afin d'éviter cette alternative. Nous nous sommes consultés et avons décidé que nous devions consentir à cette démarche à titre temporaire, mais à condition que la question principale soit réglée le plus rapidement possible; que les cercles intéressés à la cession du Haut-Qarabagh déclarent officiellement qu'ils n'ont plus aucune prétention territoriale. Avant cela, nous avions rencontré les représentants du comité "Qarabagh", et nottï avions discuté de la question. Je pense qu'il y aura entre nous une seconde réunion, une troisième, une quatrième et, si nécessaire, une centième. Mais nous devons finalement arriver à un résultat; ceci est indispensable parce qu'il s'agit là d'une question qui n'intéresse pas seulement le Haut-Qarabagh ou ['Azerbaïdjan, ou l'Arménie mais l'Union Soviétique toute entière, peut-être même le monde, parce que si l'Union Soviétique se renferme dans son cercle et si l'appareil totalitaire est rétabli, on ne saurait éviter une troisième guerre mondiale.

Où se déroulent les pourparlers ? A Moscou ?

Les pourparlers avec les représentants du Haut-Qarabagh eurent lieu tout d'abord à Moscou, par l'entremise de l'académicien estonien Victor Palm. Il est président du groupe inter-régional des députés. S'il le faut.

Nous irons à Erevan, si c'est nécessaire, ils viendront à Bakou. Ceci est déjà en quelque sorte un succès. ,

Maintenant, je vais aborder le sujet le plus douloureux et je vous prie de bien peser vos mots. Dans des conflits tels que celui du Qarabagh, il y a inévitablement des collisions. Nous savons que le sang fut souvent versé en Arménie et en Azerbaïdjan. Mais Soumgaït est un cas spécial. Ce fut un pogrom planifié qui a duré trois jours. Actuellement il est difficile d'établir qui l'avait organisé, on le saura un jour. Beaucoup de gens s'étonnent de ce que l'intelligentsia azerbaïdjanaise qui aurait dû représenter la conscience de la nation, n'ait pas condamné cet événement.

Sans tenir compte de ce qui a préparé les événements de Soumgaït • (parce qu'il faudra du temps pour établir comment des caméras se? trouvaient à Soumgaït quelques jours avant les événements), j'ai, condamné inconditionnellement et condamne encore ce qui s'est passé à Soumgaït. Et je ne suis pas le seul à le condamner, c'est une tache qui éclabousse tous les Azerbaïdjanais. Ceci fut condamné publiquement par les représentants de toute l'intelligentsia azerbaïdjanaise. Vous savez qu'à ce jour près de 100 personnes ont été tuées au cours de ces événements, dont 64 Azerbaïdjanais. Nous condamnons tous les meurtres et surtout ceux qui sont basés sur l'hostilité nationale.

Vous avez parlé de provocation à Soumgaït. De quel côté pensez-vous qu'il y ait eu provocation ?

Voilà une chose que j'ignore. Dès le lendemain de ces événements, les membres du comité "Qarabagh" en possédaient déjà les bandes vidéo. Je les ai vues: elles sont prises d'un côté fort propice. Donc on savait d'avance où les incidents allaient se produire.

Vous voulez dire ...

Je ne veux pas dire que tout fut organisé par les Arméniens ou par telle ou telle personne. Mais je sais que la provocation avait incontestablement été organisée. Je constate seulement que le lendemain même les bandes furent envoyées au comité "Qarabagh" et qu'au bout de trois jours seulement était érigé dans la ville de Stepanakert un obélisque en beau marbre avec inscription, en hommage aux victimes de Soumgaït. Peut-être ont-ils travaillé jour et nuit, pendant trois jours. Mais j'ai vu la photographie de cet obélisque. Il y a là pour dix ou quinze jours de travail.

Alors vous pensez que les Arméniens eux-mêmes ont pu organiser le pogrom de leurs compatriotes ?

Je pense qu'en Arménie il y a des forces qui sont intéressées par la détérioration de la situation en Transcaucasie. En Azerbaïdjan aussi il y a des gens qui ont intérêt à ce que la situation ne se normalise pas. Il y en a aussi en Ouzbékistan. Une force dirige tout cela, je vous assure. Mais la tuerie de Soumgaït était l'oeuvre des Azerbaïdjanais. Est-il possible que les Arméniens - à supposer même qu'ils se soient livrés à cette provocation - l'aient organisée en se servant des Azerbaïdjanais ?

Nous devons dire ici, en bref, ce qu'est Soumgaït en tant que ville. C'est un produit de notre "socialisme ", une ville sans traditions, sans racines, la seule ville où l'on peut se faire enregistrer librement. Tous les anciens détenus s'y faisaient enregistrer. C'était très facile d'y organiser un pogrom. Actuellement à Bakou se déroule le procès de Grigorian, un des participants au pogrom. Il a tué quatre Arméniens. Parmi les Azerbaïdjanais, il y a quatre criminels de droit commun, six condamnés avec sursis. Et malheureusement, un ancien combattant de la guerre d'Afganistan qui s'est comporté de la façon la plus atroce. Ceci montre bien que la guerre d'Afganistan a inspiré des sentiments criminels.

Il me semble qu'en présence d'une telle tragédie chacun doit rechercher sa propre responsabilité et non en imputer la faute à quelqu'un d'autre.

Vous avez indubitablement raison. Cependant, je pense que la tragédie de Soumgaït est si grave et si sérieuse qu'elle doit être complètement élucidée. Et, tôt ou tard, l'histoire va rétablir la vérité: mais je répète que moi, Yussif Samedogly, écrivain et intellectuel, j'ai condamné fermement et condamne encore les événements de Soumgaït.

Pourquoi à votre avis le procès de Soumgaït est morcelé en quantité de petites poursuites, contre des groupes de deux ou trois personnes alors qu'il s'agit d'une seule affaire importante ?

Je ne suis pas compétent en la matière. Moi aussi, je me demande pourquoi certains cas sont examinés en première instance à Moscou, au Tribunal Suprême.

Ce dernier point peut justement être expliqué. On craint que si un homme était jugé sur place, la population locale serait inutilement surexcitée et qu'en outre le tribunal risquerait d'être impartial. Mais poonquoi une grande affaire collective est-elle fractionnée en une multitude de petits procès ?

Je ne sais pas. Je vous dirai franchement que je ne le comprends pas non plus. Il n'est pas clair pour moi pourquoi beaucoup de procès se déroulent à huis clos. Moi-même je n'ai pas été admis à assister à la séance. J'ai voulu assister à un procès avec un magnétophone et un appareil-photo. Mais je me suis heurté à un refus catégorique.

Pensez-vous que le problème du Qarabagh puisse être résolu dans un avenir plus ou moins rapproché, ou bien est-ce une affaire de longue baleine ?

Je suis optimiste, avec une dose modérée de pessimisme.

Pensez-vous que le Qarabagh pourrait devenir un Liban ?

Il Pourrait devenir un Liban, si l'on introduisait l'armée régulière dans cette région, et ceci serait mauvais pour nous et les Arméniens. Et pourtant je suis optimiste. Je pense que tôt ou tard nous nous entendrons avec les Arméniens.

M.I.Varazashvili, extrait d'une lettre à l'office de la télévision de l'URSS, 1989.

Lors du conflit russo-turc, pendant la 1ère guerre mondiale, les Arméniens assurèrent le commandement de l'armée russe qu'ils coopéreraient contre les Turcs à la condition qu'après la victoire sur la Turquie, la Russie les aidât à "reconstituer la Grande Arménie". Une fois l'accord passé, les bandes armées jusqu'aux dents des coupeurs de têtes d'Andranik (au sens propre comme au sens figuré), au lieu de participer aux combats contre les Turcs, suivaient les soldats russes et derrière eux, pillaient et massacraient la population géorgienne de religion musulmane, afin de constituer un terrain ethnique hospitalier pour les Arméniens.

...Il suffit aux Arméniens de s'établir près d'autres peuples pour déloger les "étrangers" par tous les moyens. Ce fut le cas pour Lori, Samani, Allaverdi, Akhtala, etc. Le processus dure encore. Ainsi, dans la région géorgienne de Marneouli à la frontière arménienne, il y avait encore très récemment deux villages géorgiens, le haut et le bas Khoudjabi. Maintenant il y a à leur place un gros bourg entièrement peuplé d'Arméniens et appelé Ashkeran. Il n'est pas nécessaire de chercher la raison de ce changement de nom. La cause et le but sont clairs comme le jour. Ici se prépare le "Qarabagh géorgien", mais H.Borovik ne veut pas y penser et s'efforce de diminuer l'ampleur des prétentions arméniennes sur le Haut-Qarabagh.

Timoutchine Hadjibeyli. Extrait d'une lettre à la revue "Armenian  affair" (Londres).

Avant d'examiner les articles 78 et 70 de la Constitution de l'URSS, j'aurais voulu parler de l'article 146, omis par Madame Avanessian (votre journal N° 3, 1988).

Dans cet article il est dit que les Soviets locaux des députés du peuple décident de toutes les questions d'importance locale en tenant compte non seulement des intérêts des citoyens vivant sur le territoire du Soviet mais, avant tout, des intérêts de l'Etat tout entier.

Or, la question de la séparation du Haut-Qarabagh de l'Azerbaïdjan n'a pas seulement une signification d'ordre local mais concerne au premier chef les intérêts et les droits souverains de toute la RSS d'Azerbaïdjan dans la composition de laquelle entre cette région autonome. En outre, elle concerne les intérêts de l'URSS, état multinational unifié, ce trait spécifique constituant la base même de son organisation nationale.

Considéré du point de vue de l'histoire et du droit public le territoire du Haut-Qarabagh n'est pas la propriété de la population arménienne habitant la région, mais constitue une partie du territoire de la RSS d'Azerbaïdjan où une fraction compacte de la population est d'origine arménienne. Similairement, le territoire de certaines régions des RSS d'Arménie et de Géorgie où vit une fraction compacte d'Azerbaïdjanais (il faudrait dire vivaii pour la RSS d'Arménie) n'est pas un territoire appartenant à cette fraction mais une partie de ces républiques.

Le territoire de la RSS d'Azerbaïdjan - dont le Nakhitchevan et le Haut-Qarabagh sont parties intégrantes - limite dans l'espace le domaine se trouvant sous l'autorité souveraine de l'Azerbaïdjan, autorité exercée conjointement avec le pouvoir gouvernemental de l'URSS.

Par ailleurs, l'article 78 de la Constitution de l'URSS dit clairement : "te territoire d'une République membre de l'Union Soviétique ne peut être modifié sans son consentement".

Examinons maintenant l'article 70 de la Constitution de l'URSS. Madame Avanessian a raison de souligner dans son article les mots "... union volontaire des Républiques Soviétiques égales en droits".

Le fait est qu'en 1922, on avait conclu un traité portant sur la Constitution de l'URSS. Aux termes de ce traité, la RSFSR, l'Ukraine, la Biélorussie et les Républiques transcaucasiennes, aux frontières bien définies, devenaient membres de l'Union Soviétique. Le droit d'autodétermination fut octroyé à toutes ces Républiques. Il en découle que le droit à l'autodétermination de la RSS d'Arménie ne saurait être automatiquement transmis aux Arméniens qui vivent sur le territoire de la RSS d'Azerbaïdjan, de Géorgie ou de Russie.

Il est vrai qu'on examine la proposition de révision du traité de 1922. Mais pdur conclure un nouveau traité, il faut d'abord annuler l'Union existante et déclarer que toutes les Républiques sont indépendantes. Dans ce cas, il faudrait de nouveau décider de la composition et des principes déterminant la création d'un nouvel état. Le temps nous montrera si le Kremlin veut s'engager dans cette voie. Mais tant que l'URSS subsiste en tant qu'état, H est contraire aux articles 70, 78 et 146 de sa constitution et aux termes du traité régissant son organisation, de réclamer la transmission du Haut-Qarabagh à une autre République. Or, tout ce qui est contraire aux lois d'un pays doit être considéré comme illégal et anticonstitutionnel. Tous les états du monde ont pour base le droit respectant cette règle juridique. Le document qui établit le bilan de la conférence de Vienne du Janvier 1989, sur la sécurité en Europe et la collaboration entre pays membres, signé par l'URSS, évoque aussi le caractère inviolable des frontières.

Il est dit notamment que les pays participant à la conférence confirment avoir pris l'engagement d'observer strictement et efficacement le principe d'intégrité territoriale des états. Ils s'abstiendront de toute violation de ce principe et par conséquent de tout acte visant directement ou indirectement à porter atteinte à l'intégrité territoriale, à l'indépendance politique ou à l'unité d'un état, ou contraire aux buts et aux principes de la Charte de l'Organisation des Nations Unies et aux autres obligations de l'Acte Statutaire des Nations Unies. Le document dit aussi qu'aucun acte ou situation enfreignant ce principe ne serait reconnu comme légal par les états-participants de la conférence.

Les participants à la conférence n'ont pas oublié non plus les droits des minorités nationales.

Mais, il n'est dit nulle part dans ce document que la population des territoires autonomes - pas plus qu'aucun organe supra-national - dans le cas actuel le Soviet Suprême de l'URSS - a le droit de disposer d'un territoire qui ne lui appartient pas. Les droits portant sur le Haut-Qarabagh révèlent de la juridiction du peuple entier d'Azerbaïdjan et uniquement de lui.

Ceci a été aussi discuté au plénum du Comité Central du PCUS sur la question des nationalités (septembre 1989) et au Soviet Suprême de la RSS d'Azerbaïdjan en septembre 1989 fie Monde. 7 octobre 1989).

Kadir, Extrait d'une lettre à la revue "Strana i mir", Munich 26 Septembre 1989.

Je vous remercie pour la publication de ma lettre. J'ai conclu de votre réponse que vous ne possédez pas de documentation témoignant de la condamnation par les Azerbaïdjanais du pogrom de Soumgaït, ni concernant les pogroms en Arménie et l'expulsion de tous les Azerbaïdjanais y résidant.

Je vous adresse donc la documentation que je possède. Bien entendu, je ne prétends pas être exhaustif sur ce sujet, mais les documents dont je dispose donnent un éclairage quelque peu différent de Soumgaït et de l'Arménie.

Condamnation du pogrom de  Soumgaït

"Bakinski Rabotchi" du 15 Juillet 1988. Priorité aux intérêts généraux. L'auteur en est le chef du Comité Central du Parti Communiste d' Azerbaïdjan, A. Dachdamirov.

-Ce qui s'est passé à Soumgaït a été condamné tant par les travailleurs de la République que par les organes officiels.

"Kommunist". Erevan, du 2 Novembre 1988. Dans un article intitulé "Vodorazel" (partage de l'eau) l'auteur, A.Oganessian écrit que l'écrivain azerbaïdjanais Tchinguiz Husseynov condamna le pogrom de Soumgaït.

"Voprosv literaturi" (questions de littérature) N° 2. 1989. Inquiétudes nationales (Dialogue : Larissa Lebedeva - Tchinguiz Husseynov')

Tch.H. - On pourrait mieux s'entendre, si dans le Haut-Qarabagh et en Arménie, les Arméniens disaient : "Oui, nous sommes coupables de ce qui s'est passé et se passe encore" et si les Azerbaïdjanais ayant inconditionnellement condamné les participants au pogrom de Soumgaït, disaient : "Nous sommes coupables d'avoir causé la protestation et l'irritation".

"Bakinski Rabotchi". 14 Mai 1989 - Réflexions après le jubilé. Entretien avec Tchinguiz Husseynov.

... toute confrontation prend fin tôt ou tard et malheur au peuple qui cent ans plus tard ne trouve pas une seule personne capable de dire la vérité sur la période de l'ivresse nationale. Il m'est très pénible de reconnaître qu'aujourd'hui il ne reste partiquement plus d'"Izvestiva". 20 décembre 1988. Le temps est venu de lever les ponts. Entretien avec nos envoyés spéciaux de retour d'Arménie (M.Kruchinski et A.Protzenko) et d'Azerbaïdjan (R.Lynev et A.Stenovoy).

M.Kruchinski: ... En Arménie, la situation échappait de temps en temps au contrôle. Des bandes armées furent formées, on entendait tirer. Le nombre des victimes augmentait parmi ceux qui avaient décidé de quitter l'Arménie.

R.Lynev: ... Comment ont-ils expliqué cela, vos interlocuteurs en Arménie ? Car après Soumgaït la majorité des Arméniens se considère comme des victimes et assure que la violence et la cruauté ne sont pas acceptables.

M.Kruchinski: Ils ont expliqué que c'est "le prix" de Soumgaït.

"Sobesednik" (Interlocuteur) N° 3. janvier 1989

... Mouzaffer Namazov, village de Shahardjik, région de Kafan, Arménie: la nuit, les Arméniens - en voiture, avec des fusils - se précipitèrent dans le village, encerclèrent les maisons : "Allez-vous en!". Beaucoup sont partis déchaussés, presque nus, abandonnant tous leurs biens.

Il y a beaucoup de récits semblables à celui-ci, de maisons abandonnées et pillées, de passage à pied des défilés enneigés, de menaces et d'incendies.

"Troud" (Travail) - 5 janvier 1989.

Il était ahurissant d'entendre des gens que l'on connaissait - des intellectuels - justifier ces flambées de violence par "le massacre de Soumgaït", ainsi que le décompte calme des cadavres de part et d'autre, comme si "l'égalisation en victimes" était une question de prestige et d'honneur national. Une logique effrayante.

"Le Monde". 5 janvier 1989. P. 3

Mr. Kazarian a noté qu'à la fin de novembre, beaucoup d'Azerbaïdjanais furent tués à Gougark pour la première fois en Arménie.

"Pravda". 6 Janvier 1989. Ministère Public - Parquet de la RSS d'Arménie.

... Le procureur de la région de Gougark, G.Makarian n'est pas reconduit pour une nouvelle période de service. On discutera de son cas après la fin de l'instruction sur les affaires de meurtres dans la région de Gougark.

"Pravda". 7 janvier 1989. Le devoir du service

... Par exemple, dans la région de Sevan, en Arménie, M.Taguiev fut blessé au cours d'une bagarre et il est mort. C'est seulement au bout de dix jours ... qu'on a réussi à établir qui était le meurtrier: Grigorian qu'on avait déjà jugé.

... dans le village de Chaoumian - région de Gougark en Arménie -l'expulsion des Azerbaïdjanais avait lieu avec la participation du président du Soviet du village Arakelian et d'autres fonctionnaires de la région.

"Pravda". 17 Janvier 1989

... de grossières violations des droits constitutionnels des citoyens, des désordres accompagnés de chantage et des menaces eurent lieu dans les régions de Stepanavan, Idjevan, Ehegnadzor, Gougark, Krasnoselsk, Ararat, Masis, Amasiya, Noemberian.

"Krasnaia Zvezda" (Etoile Rouge). 8 février 1989

Oh, le chagrin des gens qui ont perdu leur foyer, qui sont arrachés à la terre de leurs ancêtres.

... "Nous avons fui du village d'Ahta, en Arménie", raconte A.Bahtiyarov au colonel Naumenko. "J'ai cinq fils et une fille. Ma femme est retraitée. Nous sommes sans travail, sans habits, sans argent."

"Krasnaia Zvezda". 11 février 1989. Interview avec le général A.Makachov. commandant de région par intérim (ville d'Erevan)

... Des dizaines de photographies. Des tués et des blessés. Une maison brûlée. Des autobus avec les vitres brisées et des traces de balles. Des traces grasses de grenades. ... Des femmes à moitié nues portant des enfants vêtus à la hâte, s'efforcent de marcher dans la neige épaisse à travers le défilé dans la montagne...

Un peu plus tard, dans une série de régions il y eut de nouveaux conflits entre nations. Et de nouveau des meurtres, des gens estropiés, des incendies ...

"Krasnaia Zvezda". 24 février 1989. Interview du comandante de la région particulière de la ville d'Erevan, le général Yu. Kuznetsov

... Au cours des conflits il y eut en tout 83  morts, dont Azerbaïdjanais, 32 Arméniens et 3 représentants d'autres nations. 

"Izvestiya". 27 mai 1989. Congrès des députés du peuple d'URSS, p. 2 Mamedov M.R., Premier secrétaire de Gorkom (comité de ville) du Parti Communiste d'Azerbaïdjan:

... En condamnant ce qui s'est passé à Soumgaït, j'aurais voulu poser une question: Iguitian ne sait-il pas qu'à présent il ne reste en Arménie plus un seul des 165 000 Azerbaïdjanais qui y vivaient autrefois ? Ignore-t-il le nombre d'Azerbaïdjanais tués en Arménie ? (A ce moment, il est interrompu par V.Vorotnikov)

"Bakinski Rabotchi". 4 juin 1989. en écoutant le Congres ... Pendant les derniers mois de l'année passée, au cours de l'expulsion massive des Azerbaïdjanais d'Arménie, des dizaines d'entre eux sont morts. Mais il semble bien que personne en Arménie ne s'empresse de suivre notre exemple et n'exprime ni condamnation ni indignation devant ces actes de violence.

"Izvestiva». 11 juin 1989. p. 6 Congrès

Abassov M.T. (député de la RSS d'Azerbaïdjan):

...II est évident que les députés qui ont parlé ici, en mentionnant la décision concernant le Haut-Qarabagh, ont évité de citer ce document. Cependant il y était question non pas de l'enlèvement, ni de la séparation du Qarabagh de l'Arménie mais de la décision de laisser le Haut-Qarabagh dans les limites territoriales de ('Azerbaïdjan.

Certains députés insistent ... sur la création d'une commission d'enquête sur les événements de Soumgaït. Mais il y a aussi une proposition des députés d'Azerbaïdjan, d'examiner les conditions qui ont provoqué le départ de tous les Azerbaïdjanais de la RSS d'Arménie et la mort de beaucoup de gens ... Vous comprenez sans doute que nous avons des choses à dire à cet égard...

Tout en condamnant inconditionnellement Soumgaït, j'espère donc que mes adversaires condamneront tout aussi fermement ceux qui, avant Soumgaït, avaient organisé l'expulsion des Azerbaïdjanais de Kafan, le meurtre d'Ali Gadjiev et de Bahtiyar Kuliev à Askeran, les meurtres de novembre 1988 et ensuite l'expulsion des Azerbaïdjanais d'Arménie.


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