КАРАБАХ в ДОКУМЕНТАХ

 

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KAVBUREAU. DAGLIG QARABAGH. STALINE

KAVBUREAU.

DAGLIG QARABAGH.

STALINE

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Madjid  Moussazadeh. Quelques extraits de  la riche histoire du Qarabagh.

Lorsque la République nationale azerbaïdjanaise fut renversée en 1920 par les troupes de la Xle Armée rouge et annexée par celle-ci, Lénine appela l'Azerbaïdjan "la Porte de l'Orient". Quant aux circonstances dans lesquelles l'Armée Rouge conquit l'Azerbaïdjan et la façon dont cet Etat indépendant fut anéanti, c'est une autre histoire.

Le but de la direction léniniste était de rétablir l'Empire russe, et de réaliser le vieux rêve des Tsars: chercher pour la Russie les chemins qui conduiraient aux mers chaudes, et s'en rendre maître à tout prix. De ce point de vue, l'Azerbaïdjan était avantageusement situé et stratégiquement important. A travers l'Azerbaïdjan, on pourrait mettre à genoux un Iran affaibli, comme au XIXe siècle et accéder facilement au Golfe persique et à l'océan indien.

A cette époque, en Orient, le destin de ce petit pays et d'autres petits pays du Caucase n'intéressait personne, et c'est bien dommage. Lénine avait le traité de Brest-Litovsk dans la poche, et venait d'écarter le danger allemand en Biélorussie et en Géorgie (en 1918). Beaucoup de grands hommes d'Etat ont cru en Lénine, et lui ont proposé une aide généreuse. Déjà à l'époque, cette aide faisait l'objet de discussions entre pays occidentaux. L'opinion prédominante était qu'il serait plus facile de trouver des accomodements avec un grand état, qu'avec beaucoup de petits. Les intérêts de chacun passaient au premier plan. L'indépendance et la liberté de ces petits états passaient après, car tout le monde tremblait devant la Révolution mondiale de Lénine. La pierre de touche de bien des problèmes actuels se trouve là, dès cette époque.

Il nous faut dire à grand regret que ces dernières semaines, la presse mondiale, mais aussi allemande ou française, à la radio et à la télévision, a largement évoqué les conflits artificiellement allumés entre ces pays oubliés - l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie, autour du Qarabagh aussi. Hélas pour les Azerbaïdjanais en termes négatifs seulement. Il est extrêmement singulier que la quasi-totalité de la presse mondiale n'ait décrit les Azerbaïdjanais, en raison des événements de Soumgaït, que comme des meurtriers et des assassins fanatiques, alors que le fait que des Azerbaïdjanais aussi ont péri dans d'atroces circonstances n'est nulle part signalé.

Aucune presse n'a posé la question de savoir qui a soulevé ce problème, et qui en porte donc la responsabilité. Personne ne cherche ici à défendre les Azerbaïdjanais ou à excuser quelque criminel que ce soit, tuer reste tuer. Mais on devrait au moins, dans de pareils cas avoir la décence de rester neutre, de condamner dans une même réprobation les assassins des deux camps. Personne ne s'est intéressé au nombre des victimes Azerbaïdjanaises.

Reiner Rund, le maire de Ludwigshafen (RFA), ville jumelée avec Soumgaït, a mis en garde: il ne faut pas perdre tout sens de discernement.

Deux correspondants de la Pravda consacrent dans l'édition du 4 avril 1988 un compte-rendu détaillé aux événements d'Arménie et d'Azerbaïdjan (donc aussi au Qarabagh) pour démentir les rumeurs selon lesquelles des Azerbaïdjanais auraient éventré des femmes et défenestré des enfants en bas âge. Les correspondants de la Pravda ont également démenti que dans cette folie n'auraient péri que des Arméniens. Malheureusement, ce démenti ne se trouve dans aucun journal occidental.

Ce ne sont pas les Azerbaïdjanais qui ont mis le feu au problème du Qarabagh, mais diverses tendances de l'émigration arménienne, avec au moins l'assentiment des dirigeants arméniens en Arménie et à l'Ouest. Dans cette question, l'émotion l'emporte souvent, et beaucoup de journalistes se font les hérauts de la cause arménienne, (cf Bakinski Rabotchi du du 26 mars 1988 dans l'article intitulé "spontané ou organisé?")

On nous parle de manifestations pacifiques, dont les participants crient et scandent "Qarabagh, Qarabagh !", que veut dire Qarabagh ? Le mot est un mot authentiquement turc-azerbaïdjanais, il signifie "verger noir", et il a une histoire pluri-séculaire.

Les historiens arméniens spécialistes reconnaissent eux-mêmes que les Arméniens n'ont plus depuis cinq cents ans d'Etat indépendant. Cela n'est pas exact, depuis plus de mille ans les Arméniens n'ont plus d'Etat à proprement parler. Ils prétendent aussi que I"Azerbaïdjan n'a pas eu depuis cinq cents ans de royaume à soi.

Depuis la plus haute antiquité, l'histoire de l'Azerbaïdjan est liée à celle de l'Azerbaïdjan du Sud (aujourd'hui en Iran).

Les Seldjoukides sont venus en Azerbaïdjan au début du Xle siècle. Ils ont fondé le royaume des Ildégises et dirigeaient d'une même main l'Azerbaïdjan actuel. Sud et Nord. La capitale était Tabriz, qui demeure aujourd'hui le centre politique de l'Azerbaïdjan iranien.

Puis vinrent les Mongols et après eux les invasions timurides. Lorsque cet empire s'écroula, les dynasties des Akkoyunlu, puis des Karakoyunlu exercèrent le pouvoir tour à tour.

Au XVe siècle, ce fut le tour de la dynastie azerbaïdjanaise des Safavides. Shah Ismaïl était un grand poète, il écrivait en langue azerbaïdjanaise sous le pseudonyme de Khataï. Il fit du Chiisme en Iran la religion d'Etat. La dynastie azerbaïdjanaise des Qadjars domina la Perse pendant près de 200 ans, en même temps que l'Azerbaïdjan.

Comme nous l'avons dit, la Russie a toujours eu un œil sur l'Iran. Pierre-le-Grand avait envoyé un corps expéditionnaire au Caucase et en Azerbaïdjan. Ces envoyés ont entamé au Qarabagh aussi des négociations et se sont efforcés de gagner les grands féodaux locaux à leur cause. Ils n'y parvinrent cependant pas, et l'expédition fut vouée à l'échec.

Au milieu du XVIIIe siècle, l'Empire Perse était très affaibli. Les potentats locaux en ont profité et dans les années 1750 se sont proclamés indépendants de la Perse en créant neuf Khanats (principautés). De ces neuf Khanats, le plus puissant était celui de Qarabagh, et le plus faible celui d'Irevan. Comme nous l'avons dit, la Russie avait essayé, tant en jouant des rivalités qu'au travers d'intrigues, de gagner ces Khanats de son côté. Les envoyés des Tsars ont promis aux princes des privilèges, comme la citoyenneté et la protection de la Russie. C'est par la ruse et la menace que le gouvernement des Tsars est parvenu à s'attacher ces princes, l'un après l'autre. Seuls le Prince de Qarabagh et celui de Gandja étaient résolus à résister et à se battre s'il le fallait.

A la fin du XVIIIe siècle, le Shah de Perse Aga Mohammad Qadjar attaqua le Qarabagh et n'en laissa que des ruines fumantes. Ibrahim Khalil Khan fut assassiné, plus tard aussi Aga Mohammad.

Des unités de l'armée russe franchirent la rivière Araxe, les Perses furent vaincus et les généraux du Tsar purent dicter leur condition. C'est alors, en 1813, que l'Azerbaïdjan fut divisé, l'Azerbaïdjan du Nord allant à la Russie, le Sud à la Perse, les neuf Khanats avalés par la Russie.

A l'époque, c'étaient les Arméniens qui avaient demandé de l'aide aux Tsars. Ils avaient rédigé des requêtes, pour être libérés de l'arbitraire des Perses et des Turcs. Mais la population musulmane n'avait pas moins souffert sous le gouvernement des Perses. Les Russes une fois là, il n'était plus possible de s'en défaire.

Cette situation précaire dura jusqu'à la Révolution d'Octobre. Au début du XXe siècle, les positions de la Russie au Caucase furent très affaiblies, tout particulièrement dans la ville industrielle de Bakou (qui produisait à l'époque 75% du pétrole de la Russie) et aussi par la défaite russe dans la guerre avec le Japon. La Russie a recherché les voies et les moyens de renforcer alors à nouveau sa puissance et a utilisé la méthode du "diviser pour régner". Elle a organisé en Azerbaïdjan, en particulier dans les grandes villes, des massacres entre Azerbaïdjanais et Arméniens. Finalement, avec l'aide de l'intelligensia des deux bords, et après de lourdes pertes en hommes et en matériel, on put mettre fin à la tuerie réciproque et à calmer les conflits. Un dramatuge azerbaïdjanais a écrit sur ce thème des pièces de théâtre, sous le titre "l'année 1905". Ces pièces ont été jouées jusqu'à une date récente en Arménie, avec beaucoup de succès.

A présent, jetons un regard sur le dernier avatar du conflit arméno-azerbaïdjanais. Après la Révolution d'Octobre, Lénine nomma Stépane Chaoumian (un bolchevik arménien très actif) Commissaire extraordinaire pour le Caucase, et lui donna les pleins pouvoirs. En 1918, c'est cet internationaliste ... Stépane Chaoumian, qui à la tête d'une poignée de révolutionnaires prit le pouvoir à Bakou, lorsque le soi-disant "Conseil des Soviets de Bakou" fut proclamé. Les membres du gouvernement de S.Chaoumian (celui-ci au demeurant avait proposé à Lénine, dans une lettre, de supprimer toutes les langues nationales et d'introduire partout le Russe) étaient avec leur chef au nombre de 26 commissaires, si bien qu'ils sont restés dans l'histoire de l'époque comme le "gouvernement des 26 commissaires".

Tous les hommes politiques d'envergure nationale ont rejeté le gouvernement de Chaoumian, et refusé d'y collaborer. De ces 26 commissaires, seuls deux étaient azerbaïdjanais, membres du parti communiste Hiimmet, et leur fonction était sans importance. Azizbekov était sur le papier le porte-parole de Chaoumian. En cette époque troublée, il y avait constamment des désordres et des fusillades. Les conditions étaient extrêmement chaotiques, Chaoumian n'était pas bien assis, sa position était très menacée. Aussi décida-t-il d'agir exactement comme le gouvernement tsariste de 1905. Avec l'aide de ses hommes de main, il provoqua de nouveaux massacres entre Arméniens et Azerbaïdjanais. Dans ce génocide, les Arméniens du Qarabagh jouèrent un rôle de premier plan. Cette tuerie atroce coûta à chacun des deux peuples, selon la presse soviétique, de 70 000 à 80 000 victimes, quant aux dégâts matériels, ils étaient inestimables. Cette guerre civile prit fin il y ajuste 70 ans, le 21 mars 1919. La propagande soviétique s'efforce à présent de faire porter aux Anglais la responsabilité de ce génocide mis en scène par Chaoumian. On en aurait, à en croire ces propagandistes, trouvé des preuves dans des archives en Inde. Je n'exclus pas, pour ma part, totalement cette possibilité parce que les Anglais, de même que les services secrets d'autres pays, ont dans de tels cas toujours fait leur propre cuisine en fonction de leurs intérêts.

Pour ce qui est des massacres arméno-azerbaïdjanais (appelés également guerre arméno-musulmane), à l'instigation de Chaoumian et de ses camarades, il est possible que Staline lui même y ait prêté la main. Il était, à cette époque, Commissaire aux nationalités. L'opinion publique azerbaïdjanaise s'est adressée à la Turquie pour demander de l'aide. Celle-ci parvint sous la direction du général Nuri Pacha, le frère du Ministre de la guerre de l'époque Enver Pacha, à mettre fin aux tueries des deux côtés. Si les Turcs n'étaient pas venus à l'aide, les victimes auraient été encore plus nombreuses, car les Arméniens étaient déjà équipés d'armes à feu, tandis que les Azerbaïdjanais n'avaient que des sabres et des poignards pour se battre.

D'après les informations soviétiques officielles, pour l'année 1918 et rien que dans la région du Qarabagh 25 000 personnes innocentes ont trouvé la mort, c'est à dire 20% de la population totale. Une grande partie de ces victimes était des Azerbaïdjanais. En particulier les habitants de la ville de Choucha (le centre culturel du Qarabagh) ont terriblement souffert. Choucha ainsi que 45 villages ont subi des destructions et ont été incendiés. En conséquence, des milliers de réfugiés ne savaient pas où aller. Partout la misère, les sans-abri, l'injustice. Le "Bakinski Rabotchi", journal paraissant à Bakou en russe, a reconnu en 1926 que l'on avait à Bakou et à Chemakha à déplorer quelque 25 000 à 30 000 victimes.

Le 28 mai 1918, ('Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie déclarèrent leur indépendance. Comme Bakou était aussi aux mains de la clique de Chaoumian, la déclaration d'indépendance fut proclamée à Gandja. Le gouvernement ne fut installé à Bakou qu'en été 1918.

A cette époque, une unité allemande était entrée en Géorgie via la Turquie. Cela inquiéta beaucoup les Anglais, qui étaient stationnés en Perse. C'est pourquoi des unités britanniques firent marche vers l'Azerbaïdjan libre et occupèrent Bakou. Les troupes anglaises se trouvèrent sous le commandement du général Thompson et ne restèrent que pour une très courte période à Bakou. Au moment de leur retrait, elles emmenèrent avec elles Chaoumian et ses hommes, et les fusillèrent dans le désert du Karakoum.

Les soi-disant hauts faits héroïques de Chaoumian ont été, sur indication du Soviet Suprême de l'Azerbaïdjan, immortalisés sur des monuments et la capitale provinciale du Qarabagh - Hankendi - a été rebaptisée Stépanakert (le village de Stépane) en son honneur.

Le Qarabagh n'a jamais été arménien, ni dans l'antiquité, ni dans la période récente. Aujourd'hui les Arméniens prétendent que quasiment l'ensemble de ('Azerbaïdjan était arménien et ils souhaitent fonder une grande Arménie. Il y avait en Azerbaïdjan du Sud des populations arméniennes établies. Ces groupes de population furent christianisés au début du IVe siècle. Cette région était dans un premier temps incorporée dans la petite-Médie sous la direction du gouverneur nommé par Alexandre le Grand, Atropat. C'était au IVe siècle avant J.C.

Le grand penseur et poète Nizami Gandjavi a dédié un poème en deux livres à Alexandre le Grand (l'Iskandar Nameh). Près de la grande ville qui s'appelait à l'époque Berde (et s'appelle toujours ainsi), Alexandre le Grand livre bataille contre les Amazones et est vaincu par celles-ci. Après la mort d'Alexandre (323 av.J.C), Atropat dirigea la petite-Médie d'une manière indépendante. D'après l'avis des historiens, le mot Azerbaïdjan trouverait son origine dans son nom.

Les féodaux arméniens, après leur mariage avec les princesses albanaises vinrent s'installer dans l'Albanie caucasienne, et eux aussi furent christianisés. Les Albanais n'avaient rien à voir, ni sur le plan ethnique ou racial, ni sur le plan religieux, avec les Arméniens. Ils étaient principalement des païens ou des adorateurs du feu. Hérodote, Strabon, Pline et Ptolémée mentionnent l'Albanie caucasienne - dont une partie est aujourd'hui l'Azerbaïdjan soviétique, l'autre étant l'Azerbaïdjan du Sud jusqu'aux plateaux caucasiens - comme un pays et un royaume à part qui n'est aucunement relié ni à l'Arménie actuelle ni à l'Arménie antique. Même les historiens arméniens de renom considèrent l'Albanie caucasienne comme un pays distinct. Les habitants de l'Albanie étaient d'origine variée, la plupart d'entre eux étaient des Albanais; ils avaient même donné leur nom à une partie de la mer Caspienne et à un fleuve qui s'y jette, connu comme fleuve et mer albanais.

Les historiens antiques parlent de 26 groupes ethniques peuplant l'Albanie caucasienne. Nulle part on ne trouve mentionnée, à quelque moment que ce soit, une quelconque appartenance ou origine arménienne des Albanais. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'oeil sur la carte du monde de Ptolémée, où tous les pays et régions existants au II et le siècle avant notre ère sont clairement représentés et délimités.

Les extrémistes arméniens souhaiteraient prouver que l'Albanie caucasienne, c'est-à-dire le territoire de l'actuel Azerbaïdjan, est une terre arménienne et que les groupes ethniques qui la peuplaient étaient composés principalement d'Arméniens. Bien que des historiens connus en Géorgie, en Azerbaïdjan, en Arménie et en Russie aient pu au terme de recherches laborieuses, établir que du Illè siècle avant notre ère au Vile siècle ce territoire n'a jamais été territoire arménien ni appartenu à l'Arménie.

O, n n'a pas encore pu établir de manière satisfaisante dans quelle mesure les Arméniens, lors de la domination des Parthes puis des Sassanides, auraient pu réussir à "arméniser" réellement les peuples de la "grande Arménie". Mais si cela était vrai, tout l'Orient serait aujourd'hui arménisé. Les Arméniens du Qarabagh y furent installés beaucoup plus tard, au début du XIXe siècle tout particulièrement grâce au favoritisme et à la protection de la Russie tsariste, alors qu'ils venaient de Turquie et d'Iran. De quel droit peut-on prétendre après des siècles d'histoire, vouloir rattacher de nouvelles régions à l'actuelle Arménie soviétique ? La presse occidentale parle de "réunification". Que devraient alors les Italiens, Grecs, Persans, Arabes, Français ou Allemands, qui ont chacun eu à un moment ou à un autre une bonne 44 moitié du monde sous leur domination: que devraient-ils donc exiger ? Ils s'exposeraient à la risée générale.

L'Union Soviétique ne permet même pas aux peuples qui ont été déportés de force, comme les Tatars de Crimée ou les Allemands de la Volga et du Caucase, de pouvoir revenir sur ces terres. Dans le petit Azerbaïdjan entre 30 000 et 35 000 personnes d'origine allemande avaient leurs foyers. Durant la seconde guerre mondiale les citoyens qui habitaient à la frontière turco-géorgienne - des Azerbaïdjanais et d'autres groupes ethniques turcs - furent déportés vers l'Asie centrale sur ordre de Staline. Eux aussi apprécieraient de pouvoir rentrer chez eux ; ils n'en ont pourtant pas le droit puisque le gouvernement central ne le permet pas. Les Arméniens pour leur part se voient autorisés à réclamer à grands cris la terre d'autrui. Un écrivain azerbaïdjanais a pu écrire qu'on laissait les Arméniens faire beaucoup de bruit avec le soutien de l'étranger et tout particulièrement avec son aide matérielle, tandis que nous Azerbaïdjanais, ne bénéficions pas de cette aide et que personne ne veut même nous écouter.

Comme l'écrit Heinrich Zimmerer dans "l'Histoire universelle Helmots" ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que les Arméniens, du moins dans leur cercle cultivé, ont repris conscience de leur droit à une existence humainement digne, correspondant à peu près à celle des peuples européens. Pourquoi seulement au XVIIIe siècle ? Parce que, comme le dit l'auteur, "ils étaient dispersés sur de bien trop grandes étendues tant en Asie qu'en Europe. On les trouvait présents à des degrés divers (sans parler ici de l'Anatolie) en Perse, au Caucase, en Russie, en Syrie, en Egypte, dans les Balkans et même jusqu'en Pologne, en Hongrie et en Italie. Beaucoup avaient avec le temps oublié leur langue, leurs coutumes et traditions.

Les Arméniens manifestent aujourd'hui des prétentions territoriales à rencontre de leurs voisins: Géorgie, Turquie, Azerbaïdjan et Perse. Ils continuent de rêver à une grande Grande Arménie, qui irait "d'une mer à l'autre", c'est à dire depuis la Mer Noire jusqu'à la Caspienne, de la Mer Méditerranée jusqu'à la Koura et même plus au Nord jusqu'à Armavir. Les Géorgiens ont aussi refusé d'accepter une telle théorie si l'on s'en tient à ce que pensent ces théoriciens et ces exaltés, la Géorgie n'est en effet pas la Géorgie, mais l'Arménie antique. L'historien allemand Heinrich Zimmerer écrivait déjà en 1923 dans son article "l'Arménie à la période récente" que cette prétention à l'existence de la grande Arménie n'était pas fondée et qu'elle demandait à être prouvée par des recherches scientifiques.

Le célèbre écrivain géorgien, Ilya Tchavtchavadzé a écrit au début du siècle, en réponse aux prétentions arméniennes sans fondement, et par ailleurs vexantes pour les Géorgiens: "que dieu leur donne force et courage dans leurs efforts afin de former de nouveau une nation, mais ils ne doivent pas réclamer la propriété et le territoire d'autrui, ne pas chercher à nous soustraire notre richesse, ni tenter de rabaisser notre nom. Indépendamment du fait que notre pays soit grand ou petit, nous vous avons donné protection et pris sous notre toit, nous vous avons offert notre amitié. Ne venez pas nous traiter comme des ennemis dans notre propre maison."

Un autre personnage célèbre estimé en Arménie et en Azerbaïdjan, l'écrivain arménien Alexandre Chirvanzadé (il est né et a vécu à Chirvan) a comparé la Transcaucasie à un trépied. Il disait : "si l'on brise l'un de ses pieds, c'est l'ensemble qui ne tient plus." Ainsi donc on ne peut imaginer la Transcaucasie sans la Géorgie, l'Azerbaïdjan ni l'Arménie. En 1920 c'est précisément l'un des pieds de ce trépied qui fut atteint au travers de la conquête de ('Azerbaïdjan par l'Armée Rouge. Par la suite les deux autres tombèrent également dans le giron de la même puissance. Comme ('Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie perdirent leur indépendance.

Quand en novembre 1920 l'Arménie fut occupée par les mêmes unités de l'Armée Rouge qui avaient auparavant envahi l'Azerbaïdjan, les nouvelles autorités gouvernementales azerbaïdjanaises ainsi que la direction du Parti apportèrent à l'Arménie une aide politique, culturelle et économique.

Le président du Comité Révolutionnaire azerbaïdjanais, Nariman Narimanov, envoya aux dirigeants communistes arméniens des télégrammes de félicitations. Selon ces documents: "l'Azerbaïdjan soviétique met à la disposition de l'Arménie ses richesses inépuisables en pétrole et en autres produits, et lui ouvre ses portes bien grand". Cette richesse est à présent la propriété des travailleurs de Russie. C'est dans une mesure démentielle que l'Azerbaïdjan a expédié vers l'Arménie et la Russie des tonnes de pétrole, de bétails et d'autres produits agricoles et industriels, quand ceux-ci lui faisaient cruellement défaut.

Depuis le XIIIe siècle, le Qarabagh s'est toujours appelé Qarabagh. Ce n'est qu'en 1923 que le nom de Qarabagh fut, lors de la création de la région autonome, changé en Daglig Qarabagh (ou Nagorny Qarabagh). De prime abord c'était une erreur de découper à l'intérieur d'un pays un groupe ethnique de 126 000 personnes pour lui conférer un statut d'autonomie. Les dirigeants de l'époque du gouvernement et du Parti communiste azrerbaïdjanais croyaient alors à la théorie léniniste de la fraternité des peuples et à ces fables. En 1923 personne n'aurait pu penser que quelque chose de semblable aux revendications d'aujourd'hui puisse se produire. A l'époque, l'Azerbaïdjan dut céder à l'Arménie une vaste zone de 9 000 kilomètres carrés et vit donc sa superficie réduite à

80 000 Km2. Dans cette zone, que l'on peut aussi appeler corridor, entre le Nakhitchevan et le reste de l'Azerbaïdjan vivaient plusieurs centaines de milliers d'Azerbaïdjanais qui n'obtinrent aucune autonomie, bien au contraire, ils se voyaient soumis chaque jour davantage à la pression du Parti et de la direction arménienne. C'est pourquoi beaucoup d'entre eux partirent pour l'Azerbaïdjan. Presque toutes les localités de cette région qui portaient des noms azerbaïdjanais indiqués sur les cartes internationales, se virent arménisées. Après et pendant la deuxième guerre mondiale, en particulier en 1948, vivaient dans les districts incorporés de force à l'Arménie environ 250 000 Azerbaïdjanais, dont une grande partie fut déportée vers l'Azerbaïdjan, en vertu d'un trait de plume de Staline, sans qu'aucun Arménien ne soit renvoyé par la force d'Azerbaïdjan en Arménie. Au début de la deuxième guerre mondiale, c'est plus de 10 000 Azerbaïdjanais d'Arménie que l'on dut réinstaller dans la région de Gandja. Ils s'installèrent dans les habitations des colonies allemandes de Hellendorf et d'Agkestaffa, qui avaient été vidées de leurs habitants, au cours de l'été 1941 et déportés vers l'Asie Centrale.

Encore un argument avancé par les Arméniens: ils prétendent que le taux de natalité des Azerbaïdjanais serait beaucoup plus élevé que celui des Arméniens. Si cela devait continuer, les Arméniens se trouveraient un beau jour en minorité. Ce n'est pas la faute des Azerbaïdjanais si les parents arméniens ne veulent pas avoir plus d'enfants. Cet argument est ridicule. En URSS, avoir des enfants n'est ni interdit ni limité.

Les Arméniens du Qarabagh se disent délaissés et opprimés par le gouvernement azerbaïdjanais. Les faits nous montrent le contraire. Au Qarabagh, habitent 126 000 Arméniens (New York Times du 11.03.88). D'après les informations officielles du dernier recensement de 1979, il y avait au Qarabagh des hôpitaux avec 1715 lits, 286 médecins et 1470 auxiliaires. La région est riche en sources minérales, en stations thermales, en sanatoriums et en centres de repos. Les 234 écoles du Qarabagh sont fréquentées par 38 000 écoliers d'origine arménienne. On trouve un théâtre arménien de même qu'un choeur national et des groupes de danse, trois musées et 178 établissements de cinéma.

A Stepanakert est publié un journal arménien sous le titre"Sovietakan Qarabagh" (le Qarabagh Soviétique) ainsi que quatre journaux régionaux. Des émissions de radio sont diffusées en langue arménienne. Ils se plaignent de ne pas avoir d'université, mais où trouve-t-on donc une université pour 126 000 habitants ? Il n'y a pour personne ni restriction ni discrimination. A Bakou, par exemple, l'on trouve à l'institut pédagogique également des sections arméniennes où l'on forme des enseignants pour les écoles en arménien.

D'un point de vue économique, le Qarabagh n'est pas à plaindre. C'est une région viticole. On y produit du vin et du cognac. On y trouve également des élevages de vers à soie, une agriculture vivrière, une industrie du bois et du meuble, de l'élevage, des centres de tissage de tapis et des haras (le croisement arabe-turkmène est de renommée internationale). Les moutons du Qarabagh sont connus pour la qualité de leur laine et de leur viande.

Les Arméniens d'Azerbaïdjan ont toujours occupé des positions clé dans le commerce, l'industrie et le reste de l'économie. Ils ont aussi joué un rôle important au temps des révolutions (1905, 1917) dans le mouvement bolchevik, principalement à Bakou. Ainsi par exemple, Anastase Mikoyan, Melikiants, Amirian, Ossepian, Léon Mirzoyan etc. Le dernier fut premier secrétaire du Comité du Parti Communiste de Bakou de 1922 à 1926, puis de 1926 à 1929, premier secrétaire du Comité Central du Parti Communiste d'Azerbaïdjan, un poste extraordinairement influent. En 1934 pour la première fois, c'est un Azerbaïdjanais qui occupa le poste de premier secrétaire du C.C. du P.C. d'Azerbaïdjan. Jusqu'en 1934, jamais un Azerbaïdjanais n'avait été chef du Parti Communiste d'Azerbaïdjan. Lénine puis Staline n'avaient aucune confiance en les fonctionnaires locaux du Parti. Peut-on considérer que pendant tout ce temps, ce serait les Arméniens qui auraient été défavorisés ? Difficile à croire. Précisons que les Arméniens ont toujours occupé des postes importants dans la Tchéka, le G.P.U, le N.K.V.D puis le K.G.B. Cette influence a pu s'apprécier lors de ce qu'il est convenu d'appeler "les purges staliniennes" en Azerbaïdjan. La terreur stalinienne à causer victimes parmi une grande part de l'élite azerbaïdjanaise particulièrement la vieille génération et notamment des écrivains, des poètes, des scientifiques et des militaires.

Jusqu'en 1926, l'ensemble du monde islamique était resté uni au moins par son alphabet. A partir de cette date l'alphabet latin fut introduit. En 1928 la Turquie aussi renonça à son alphabet arabe pluriséculaire pour adopter l'alphabet latin. Sous la pression d'en-haut, certains caractères phonétiques furent alors modifiés. De toute façon cela aussi ne devait être que provisoire. En 1939 l'alphabet latin fut abandonné pour le cyrillique. La situation était pénible puisque déjà en 1947, les écoliers nés en 1940 ne pouvaient plus lire les journaux et livres imprimés en caractères arabes ou latins. A l'inverse en 1926 comme en 1939, les alphabets arménien et géorgien furent épargnés. A cela une raison profonde: Staline, Béria, Ordjonikidze et Yenoukidzé étaient géorgiens, Mikoyan ainsi que d'autres dirigeants influents étaient arméniens. Il faut aussi reconnaître que les dirigeants azerbaïdjanais s'étaient toujours montrés plus amicaux à l'égard de Moscou, politiquement plus internationalistes que ne l'étaient les Géorgiens et les Arméniens. Je voudrais aussi souligner que, dans des proportions certes moindres, les Arméniens ont aussi bénéficié de privilèges à l'époque tsariste. L'appartenance religieuse a toujours été, bien entendu, mise au premier plan. Il en est de même aujourd'hui. Même si une grande partie de la population se présente aujourd'hui comme athée.

Certains journaux allemands parlent de vieilles haines et de vengeance, mais de quoi s'agit-il ? Nos peuples, azerbaïdjanais et arméniens ont vécu ensemble en paix pendant des siècles, en s'aidant l'un l'autre. Les villages arméniens se trouvaient souvent à quelques kilomètres, quelques centaines de mètres parfois, des villages azerbaïdjanais. Les traditions, les coutumes, la musique et les arts des deux peuples présentent une étroite parenté.

Je me souviens particulièrement bien de ces fêtes de Noël où nos amis arméniens nous faisaient à nous et à nos enfants de petits cadeaux. C'était un grand plaisir. Lorsqu'un des fils de nos amis vint à se marier, nous fûmes également invités à la noce. Toute la famille alla jusqu'à la maison de la mariée. On nous présenta un mouton et on nous signifia avec beaucoup de politesse que nous pouvions l'abattre et le préparer selon notre rituel. Nous étions très touchés. C'était il y a environ 60-65 ans. C'était la bonne époque, le gouvernement des Soviets n'était pas encore immiscé dans nos affaires nationales et intérieures, les gens étaient encore relativement libres.

B.Kuppers écrit dans son compte rendu très détaillé, quoique parfois contestable sur certains points, qu'un fonctionnaire du gouvernement d'Azerbaïdjan a émis le démenti que les Arméniens du Qarabagh soient opprimés, affirmation non conforme selon lui à la réalité. Les tentatives de certains au Nagorny Qarabagh de fonder leurs exigences en vue de rattacher cette région à l'Arménie, sur une prétendue arriération économique de celle-ci par rapport au reste de l'Azerbaïdjan, sont purement irresponsables. Quant aux intérêts de la région, ils n'ont jamais été pris en compte.

Ainsi il nous faut nous demander pourquoi l'on ne veut accorder de crédit qu'aux Arméniens et pas au porte-parole du gouvernement de l'Azerbaïdjan. L'on trouve en Allemagne, à Munich, des Azerbaïdjanais, des gens compétents. Pourquoi donc ne s'intéresse-t-on jamais à leur avis ? On éprouve le sentiment que la presse internationale n'est soumise qu'à l'influence et à la pression des Arméniens.

Comme le correspondant à Moscou de la "Suddeutsche Zeitung", B.Kupper, veut bien l'admettre (26 et 27 mars 1988) la plupart des journalistes n'ont jamais eu la moindre idée sur la question jusqu'à l'éclosion du conflit du Qarabagh. Ainsi écrit-il: "En principe, il est difficile de ne pas donner raison au porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères de Moscou, Guennadi Guérassimov, lorsqu'il fit la remarque, à l'occasion de l'une de ses rares conférences de presse au cours des dernières semaines, que bien peu des correspondants étrangers qui l'assaillent aujourd'hui, avaient connaissance jusqu'il y a peu de l'existence même d'une région autonome du Nagorny Qarabagh. En d'autres termes, bien que ces journalistes, en poste à Moscou, se déplacent aussi parfois en province, ils ignorent souvent les problèmes qui se posent du fait des particularités nationales de l'histoire, de l'art ou de la littérature ... Ils s'en remettent à l'avis de fonctionnaires, de dissidents et d'autres personnes, pas toujours compétentes, qu'ils ont pu contacter. Il est difficile de se fonder exclusivement là-dessus.

Le système soviétique a bien des mauvais côtés. Pour autant dans les questions nationales, aucun peuple, aucune minorité ethnique n'avait le droit de poursuivre sa vengeance ou de vieux règlements de compte. Les oppositions entre nationalités sont interdites par la loi. Malheureusement, c'est reparti de plus belle. Et qui en sont les victimes, sinon des innocents des deux côtés.

Après le traité de Berlin, de 1878 à 1908, vivaient dans l'Empire Ottoman quelque 1.265 000 Arméniens. L'ensemble de la population avoisinait les 25 millions. La Russie tsariste avait dénombré à la même époque quelque 2 Millions d'Arméniens sur son territoire. En 1898, à la demande du gouvernement du Sultan, les Britanniques procédèrent en Turquie à un recensement. On compta environ 1.5 Million d'Arméniens. Où  va-t-on  chercher les  morts par millions  et le   1.5  million supplémentaire de déportés dans    le désert, que les extrémistes arméniens revendiquent ? Mais personne ne s'est jusqu'à présent demandé combien de morts les Turcs avaient à déplorer: probablement tout autant d'innocents. A la suite des troubles et des massacres de 1915 qui affectèrent les deux côtés, beaucoup d'Arméniens partirent vers la France, les Etats Unis, le Liban, l'Iran, la Russie et par  conséquent vers ('Azerbaïdjan et aussi vers le Qarabagh. Je n'ai pas évoqué l'Arménie parce que l'Arménie à l'époque n'existait pas. Il n'y avait que la Goubernia (district) d'Irevan. L*Azerbaïdjan se trouvait   à l'époque sous la domination des tsars. Nous n'avons rien à voir avec les massacres qui ont pu se produire en Turquie, nous avons même hébergé des réfugiés arméniens.

Il est vrai que les Azerbaïdjanais ont des liens avec les Turcs, par la race et la religion. Mais nous avons partagé le même destin avec les Arméniens parce que nous avons tous souffert de l'arbitraire tsariste, de la colonisation et de l'injustice.

Cette fois-ci aussi, le conflit du Qarabagh fut allumé principalement de l'extérieur avec l'aide des enfants, des petits-enfants et des descendants d'émigrés arméniens aux Etats-Unis, en France, au Liban, en Grèce, en Italie et ailleurs. Il est intéressant de savoir que seule une minorité des Arméniens de l'étranger parle l'arménien. Les organisations d'émigrés arméniens dépensent sans compter pour attiser le feu. Elles disposent dans les pays précités de journaux et de périodiques, elles font publier des livres qui vont jusqu'à la provocation. Les gouvernements de ces pays peuvent espérer utiliser le conflit pour leur propre intérêt. Il leur faut gagner chaque voix. Je voudrais citer ici simplement deux exemples de telles méthodes.

Lorsque le président Mitterrand fut élu en 1981, il fit aux Arméniens de France durant la campagne électorale la promesse qu'il remettrait en mouvement la question arménienne, comme cela avait été le cas en 1878. On comprendra que les Français d'origine arménienne aient pu se laisser convaincre.

Le deuxième exemple nous vient des Etats-Unis, où le lobby arménien au Congrès a tenté de faire passer une loi qui verrait commémorer chaque année le 24 avril en une journée nationale du souvenir du génocide des Arméniens de 1915. Bien que le gouvernement américain y ait été opposé en raison de son amitié avec la Turquie, et que le Secrétaire d'Etat George Shultz soit intervenu, le congrès a donné son approbation à cette loi et le lobby arménien a pu triompher.

Aussitôt le président de la Turquie Kenan Evren annula sa visite prévue aux Etats-Unis. Il reste pour l'heure curieux de connaître les développements de cette affaire. Ce n'est pas davantage un titre de gloire que les terroristes arméniens aient assassiné depuis 1974, quelque 50 diplomates turcs. Les pouvoirs publics des pays concernés n'ont rien entrepris de sérieux et une grande partie de ces assassins est toujours en liberté. Quelle est la responsabilité d'un diplomate, qui a aujourd'hui trente à cinquante ans, vis à vis du comportement du l'Empire Ottoman. Les intellectuels arméniens feraient mieux d'appeler leurs compatriotes à la raison, et bien non! Ils sont les plus zélés, comme on peut s'en convaincre à Moscou, Erevan, Paris ou Vienne. Je récuse, pour ma part, bien haut la haine, les préjugés nationaux et religieux, car je veux croire aux sentiments humains, à la compassion et à la bonne volonté.

Chez nous, nous avons coutume de dire qu'il y des mots avec lesquels on peut jeter une montagne sur une autre, mais qu'il y a aussi des mots avec lesquels on peut mettre toute une montagne en mouvement. Là où il y a de la bonne volonté et de la compréhension réciproque, beaucoup de ces problèmes peuvent être évités.

Dans ma vie, j'ai connu la misère, l'injustice et les humiliations, pour les avoir subies moi-même. Mais je continue à croire en ce postulat fondamental.

En 1918, alors que j'étais enfant, je me trouvais alité, gravement malade. A ce moment là, les Arméniens attaquaient notre village et tiraient dans tous les sens. Evidemment tous les habitants du village s'enfuirent. J'étais presque perdu, qui aurait donc voulu perdre son temps précieux avec un enfant malade ? C'est alors qu'arriva mon plus jeune oncle dans ma chambre. Il devait avoir onze ou douze ans. Je le pressai instamment de me prendre avec lui. Mes parents avec d'autres habitants s'étaient cachés dans la forêt, et ne revinrent à la maison que trois ou quatre jours plus tard, lorsque la situation se fut quelque peu calmée. Les assaillants avaient tenté de mettre le feu à notre maison et les traces en demeurèrent longtemps visibles au plafond en manière de souvenir. Tout cela, c'est ma grand'mère qui me l'a raconté, qui a pu vivre la deuxième guerre mondiale à Berlin, à Munich ou ailleurs, ces souvenirs restent inoubliables.

Dans le "Sùddeutsche Zeitung" du 14 mars 1988, on peut lire sous la plume de B.Kuppers : lorsque les orateurs accusaient l'agence de presse soviétique TASS et la télévision centrale de Moscou de garder le silence et de cacher la situation réelle, la foule des Arméniens approuvait à chaque fois avec indignation et criait "honte, honte"! Des slogans tenus bien haut s'en prenaient au Panturkisme. L'un d'entre eux était formulé ainsi: Soumgaït est l'intervention du Panturkisme en URSS. Bien des orateurs appelèrent à se souvenir que les Arméniens voyaient depuis la nuit des temps en les Russes leurs amis.

Sous le régime soviétique, de tous temps, ce slogan de Panturkisme est suivi d'une condamnation tout à fait dangereuse et peut entraîner de graves conséquences. Déjà à l'époque tsariste et ensuite tout particulièrement à l'époque stalinienne l'on avait agité ce prétendu "spectre du Panturkisme" et beaucoup dans l'intelligentsia azerbaïdjanaise en furent les victimes.

Sous la terreur stalinienne, c'était l'un des chefs d'accusation, le Panturkisme, le Pantouranisme et le Panislamisme. Les Arméniens souhaiteraient ressusciter cet épouvantai! de l'époque tsariste et stalinienne, et mettre en garde les autorités soviétiques de ce que les Azerbaïdjanais souhaiteraient se séparer de la Russie pour réunir dans urfmême ensemble tous les peuples turks, ce qui aurait pour le système soviétique des conséquences incalculables.

J'ai une demande à adresser à toutes les rédactions des journaux et des magazines, aux radios et aux télévisions : essayez donc de conserver une certaine neutralité avant d'accuser injustement tout un peuple d'être des meurtriers et des criminels, surtout si les sources sur lesquelles vous vous fondez sont unilatérales. C'est terrible pour un peuple ou un groupe ethnique de se voir condamner à tort et de ne rien pouvoir faire contre cela.

Les Allemands, en premier lieu, sont très bien placés pour me comprendre.

D.Gouliev, "II faut suivre la vérité et non l'ambition". Bakinski rabotchi,  10 juin 1989.

Conformément à l'accord du 20 mars 1921 entre la Russie soviétique et la Turquie, "les deux parties sont d'accord sur le fait que la région de Nakhitchevan, délimité par les frontières indiquées dans l'annexe 1(B) dudit accord, s'est formée en territoire autonome sous protectorat azerbaïdjanais, à condition que l'Azerbaïdjan ne cède ce protectorat à aucun autre état" (Recueil des accords, traités et conventions conclus entre la RSFSR et les pays étrangers. 2ème série, Moscou 1921, p.73). Pourtant, bientôt, pour renforcer les nouveaux droits souverains des trois républiques soviétiques indépendantes sur le territoire de Transcaucasie, fut conclu le 13 octobre 1921 le " nouvel accord d'amitié entre les RSS d'Arménie, d'Azerbaïdjan et de Géorgie d'une part, et la Turquie d'autre part, accord conclu à Kars en présence de la RSFSR. L'accord fut signé au nom du gouvernement de la RSS d'Arménie, par A.Mravian, commissaire du peuple aux affaires étrangères, et B.Makinzian, commissaire du peuple aux affaires intérieures.

Ainsi, l'accord sur le maintien du Nakhitchevan dans la RSS d'Azerbaïdjan ne contre-disait pas les intérêts du peuple arménien, et fut sanctionné par le gouvernement de la république d'Arménie.

D'ailleurs, cette question du Nakhitchevan était réglée bien auparavant.

Le 1er décembre 1920, l'Azrevkom déclara que l'Azerbaïdjan soviétique cédait à l'Arménie les territoires de Zanguézour et de Nakhitchevan. En guise de réponse, 1'Armrevkom déclara le 28 décembre 1920 que l'Arménie renonçait à toute prétention sur le territoire du Nakhitchevan. Le document fut signé par S.Kassiyan, Avis (A.Nouridjanian) et A.Bekzadian.

Le député Z.Balayan, renvoyant au commentaire de la Constitution de l'URSS ne faisant pas force de loi, assure que l'appellation de la région autonome du Haut-Qarabagh serait en contradiction avec la loi et ne reflète pas la composition ethnique de la population de la région.

Pourtant, l'appellation reflète la toponymie de la région qui souligne l'unité de la région du Qarabagh qui est composée d'Arméniens et d'Azerbaïdjanais. D'ailleurs, une série d'autres régions autonomes ont une appellation qui n'est pas liée aux peuples qui les composent majoritairement : les républiques autonomes du Daghestan et de Nakhitchevan, les régions du Haut-Altaï et du Haut-Badakhchan.

Vandalisme au village de Karkidjakhan (Daglig Qarabagh/Haut Garabagh).

Le 15 juillet 1989 un groupe de représentants du Front Populaire d'Azerbaïdjan a rendu visite à deux blessés du village de Karkidjakhan et s'est entretenu avec les deux hommes:

1 - Namik Salakhov (né en 1963V Le 9 juillet 1989 j'ai amené ma famille à Agdam à cause des nouvelles exacerbations de tension à Khankendi (Stepanakert). Le 11 juillet je rencontrai Ordoukhan Safarov, lui aussi habitant de Karkidjakhan, au bureau d'inscription militaire d'Agdam. Ordoukhan portait un bandage sur la tête. Il me dit qu'il amenait une charge de pierres à Karkidjakhan quand son véhicule a été arrêté par des policiers (Arméniens). Quelques uns d'entre eux, Abramian, Lavrent et d'autres lui lancèrent des pierres et il fut blessé à la tête. Il eut beaucoup de mal à faire demi tour et reprendre la route.

De là on partit ensemble. A l'aéroport d'Agdam, Alisahib Orudzhev nous fit monter en hélicoptère. Au village de Khodjaly, quand les habitants locaux descendirent, on prit la direction de Shousha. A Shousha Alisahib Orudzhev demanda à un policier nommé Alamdar de nous emmener à Karkidjakhan via le village de Gaibalyg. A ce moment là on était trois du même village: Ordoukhan, Ali et moi.

Le policier nous mit dans une Volga de la police routière. En chemin il arrêta une autre voiture, et nous transféra dans celle-ci qui allait au village de Shyrrai. Le conducteur nous emmena jusqu'à la scierie d'Ibrahim Vézirov, où il nous fit descendre. De là nous sommes descendus par les bois jusqu'aux mûriers pour boire de l'eau à la source et fumer une cigarette. Il était 4 heures. Soudain un groupe de six Arméniens armés s'approcha de nous, ils avaient un fusil de chasse à de^ix coups, une matraque en caoutchouc, quatre torches fines et une grosse, un couteau baïonnette, une grenade et un d'entre eux portait un sac à dos. Je les connaissais de vue. Un d'eux avait été en classe avec moi. Il est sur la photo de groupe, je ne me souviens pas de son nom.

L'un d'eux nous demanda en azerbaïdjanais le chemin de Shousha. Après, sous la menace des armes ils nous obligèrent à ôter vêtements et chaussures. Ils me prirent mon passeport, ma carte militaire et 250 roubles, à Ordoukhan son passeport et 20 roubles. Ali ne disait rien. Ils nous attachèrent les mains dans le dos et nous obligèrent à marcher dans les ronces pieds nus. Après ils brisèrent quatre bouteilles et obligèrent Ali à marcher dessus. Ils nous forcèrent à nous coucher sur le ventre et essayèrent d'insulter notre virilité. Quand je leur répondis, l'un d'eux dit à ses camarades de me détacher pour qu'il se batte seul avec moi. Mais un autre me frappa à l'oreille avec la crosse de son fusil, et tous quatre se mirent à nous donner des coups de pied. Après ils commencèrent à nous battre à coups de matraque, trois coups chacun. Un autre suggéra de nous frapper sur la nuque. On avait compris qu'ils voulaient nous tuer. Ali se leva et se mit à courir, mais immédiatement atteint d'une balle dans le dos, il tomba ensanglanté. Ordoukhan aussi essaya de se lever, mais il prit le deuxième coup du côté droit de la poitrine et tomba.

Profitant de la pause pour recharger le fusil, je me levai et me précipitai pour m'éloigner. Quand je passai à côté d'Ordoukhan, il était encore en vie et appelait son père, qui est mort, à venir à son secours en criant "Aydin, Aydin". Les mains attachées dans le dos, je courus vite en changeant constamment de direction. Ils tiraient derrière et j'étais criblé de plomb dans le genou droit. Ils tirèrent treize coups sans m'atteindre. Arrivé à un champ à côté du pont, je me jetai derrière un mûrier, quand le quatorzième coup frappa l'écorce de l'arbre. De là je courus aussi vite que je pouvais jusqu'à un bloc en ciment et appelai les gens de mon village. Ils sont venus me détacher les mains et mettre des bandages sur mes blessures. Je leur dis ce qui venait de se passer dans le bois. Ils partirent dans les bois et trouvèrent Ali et Ordoukhan morts. Leurs corps portaient des traces d'abus et de vandalisme. Une cigarette était écrasée dans les blessures d'Ordoukhan, et son dos était passé au crible avec la baïonnette.

Ordoukhan connaissait un des Arméniens. Je me souviens qu'il l'appelait "fils d'Armo" ou "fils d'Armen".

2- Salekh Shukurov habitant le même village.

Le 6 juillet 1989 à minuit on est sorti du club de Karkidjakhan après la projection d'un film. On était un groupe de 12-15 jeunes. En chemin soudain on entendit la voix de Shoura (il est Arménien). Il disait à Jora: 'Àtaian est mort, maintenant est-ce que l'on va amener ces Arméniens ici? " Juste à ce moment là quatre voitures passaient avec des militaires à bord. On leur expliqua ce que l'on venait d'entendre pour qu'ils s'intéressent à ce qui se passait. En effet, on s'attendait à des troubles, puisque Grisha, l'artiste, et Jora avaient pris les femmes et les enfants à Khankendi dans des véhicules qui étaient rentrés avec des hommes arméniens qui logeaient dans les maisons des Arméniens. Les militaires refusèrent d'y aller et enquêter. Un d'eux nous dit : "Ils valent la même chose que vous" ; un autre dit : " Il y a deux peuples qui s'entre-tuent ici, laissez les faire, on n'est pas venu ici pour se battre, on veut finir notre service militaire". Les soldats partirent, laissant notre groupe derrière eux. Peu de temps après leur départ, une fusée éclairante partit du jardin de la maison de l'artiste. Après cela les Arméniens commencèrent à tirer sur nous. Les soldats sont partis immédiatement. Ils n'avaient aucun équipement à part des matraques en caoutchouc et des radios. On cria à Jora Sarkisian d'arrêter : "les femmes et les enfants dorment déjà." Mais il nous répondit : "on va vous chasser du village." Après cela ils intensifièrent le feu. J'étais blessé au bras, au genou et à la poitrine. On m'a amené à Shousha, et de là à l'hôpital républicain de Bakou le 12 juillet 1989.

Agarza Abdoullaev. un des chefs du village, confirma ces témoignages et ajouta : les télévisions au NKAO sont réglées sur Erevan. La télévision d'Erevan a déjà montré des photos d'Ordoukhan, Gasym, et moi-même, nous transformant ainsi en cibles pour les extrémistes. Ils se sont déjà débarrassés d'Ordoukhan. Cela fait un an et demi que les habitants de notre village ne sont plus en mesure de travailler. On ne nous permet pas d'aller à Khankendi, nous sommes sans emploi, nos jeunes ne peuvent plus poursuivre leurs études. On avait décidé de transformer une ancienne étable en atelier pour fournir un peu de travail à la population. Mais nos ouvriers ont été chassés du site depuis le S juillet. L'Armée ne fait rien, elle ne garantit pas notre sécurité. J'ai eu un entretien avec le Général Kupreev à propos de ce travail de construction, il était ici pour Volski. Il m'a demandé d'appeler les Azerbaïdjanais au calme et à la sérénité, et il m'a promis de nous aider. Il m'a dit " qu'une commision de Moscou devrait arriver le 10 juillet pour résoudre ces difficultés, et que l'on devrait arrêter la construction pour le moment." On a arrêté. Mais la tension monte chaque jour. Les Arméniens tirent souvent sur nous la nuit. Ils sont nombreux et armés, nous ne le sommes pas. Sans moyens d'existence combien de temps pourraient nous tenir?

Nos commentaires:

Jusqu'à ce jour aucun des deux hommes n'a été opéré et les balles n'ont pas été extraites. Selon la mère de Salakhov, leur dossier médical décrit les blessures comme des ecchymoses et non des blessures de balles. Le docteur en service a refusé de nous montrer le dossier médical des blessés.


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