КАРАБАХ в ДОКУМЕНТАХ

 

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KAVBUREAU. DAGLIG QARABAGH. STALINE

KAVBUREAU.

DAGLIG QARABAGH.

STALINE

Стр.| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |


Seid Jafar Pichevari, Oeuvres choisies, 1965.

... En mars 1918, j'ai vu de mes propres yeux la cruauté des Dachnaks qui tuaient des innocents, particulièrement des Iraniens neutres, et brûlaient les cadavres dans les caravansérails.

Rassim Moussabekov - Une seule issue, l'entente nationale. "Bakinski Rabotchi", 23 août 1989

Depuis déjà plus d'un an et demi, la vie sociale en Azerbaïdjan et en Arménie est troublée par les événements qui se déroulent dans une petite région autonome à population mixte d'Arméniens et d'Azerbaïdjanais.

Ce conflit continue à provoquer la tension entre deux républiques voisines et a déjà coûté aux deux parties des dizaines de victimes et des centaines de milliers de réfugiés. Les grèves et les manifestations se suivent. Les gens n'arrivent pas à s'arracher à l'emprise des émotions, à rejeter le fardeau des offenses et des réclamations mutuelles et à faire un effort pour se rapprocher.

Le problème du Haut-Qarabagh n'est plus unique en son genre (voir les relations Abkhazes/Géorgiens, Kirghizes/Tadjiks, Ossètes/Ingouches, etc.). Par conséquent, il faut prendre des décisions de principe qui tiendraient compte des conséquences immédiates, aussi bien que des suites plus éloignées.

Sur quoi donc faut-il se baser dans la résolution de ce problème? Primo, il faut faire preuve de réalisme politique. Or, dans le cas du Haut-Qarabagh, la réalité est que la majorité écrasante de sa population est composée de gens qui, par leur langue et leur culture repésentent une composante de la nation arménienne, qui ont conscience d'être des Arméniens et aucune recherche dans l'ethnogénèse de cette population ne saurait en réfuter la réalité.

Autre réalité politique, c'est que depuis quelques siècles la région du Haut-Qarabagh, (peuplée d'Arméniens aussi bien que d'Azerbaïdjanais) fut intégrée dans la composition de ('Azerbaïdjan, tant au point de vue politique qu'économique. C'est en tenant compte du croisement de ces deux réalités que fut prise, en 1923, en guise de compromis la décision de créer la région autonome du Haut-Qarabagh intégrée dans la composition de la RSS d'Azerbaïdjan. Il faut dire que la position des Arméniens formant une une masse compacte dans le Haut-Qarabagh y était plus favorable que celle de leurs compatriotes vivant en Géorgie où l'on n'avait pas prévu de formation autonome ni pour les Arméniens ni pour les Azerbaïdjanais. On n'a pas introduit non plus d'autonomie pour les Azerbaïdjanais vivant nombreux en Arménie.

Secundo, la solution du problème du Haut-Qarabagh, et d'autres cas semblables, doit se baser sur la constitution de l'URSS et sur les documents formant sa base contractuelle et juridique. Je me réfère à l'accord de l'Union et à la Déclaration proclamant la formation de l'URSS. La constitution de l'URSS a puisé dans le texte de l'accord de l'Union une série de dispositions y compris celles qui ont déterminé l'appartenance de la région autonome du Haut-Qarabagh à la RSS d' Azerbaïdjan, ainsi que l'article 72 autorisant la libre sortie de l'Union d'une des républiques, l'article 76 reconnaissant la souveraineté des républiques membres de l'Union, l'article 78, ne permettant pas un changement quelconque des frontières d'une république sans son consentement, l'article 81 proclamant que les droits souverains des républiques de l'Union sont placés sous la sauvegarde de l'URSS, et bien d'autres normes. Le changement des articles 72 et 78 ne peut être effectué, même par la volonté exprimée de la majorité du Soviet Suprême ni même par l'Assemblée des députés du peuple de l'URSS, si ne serait-ce qu'une des républiques intéressées ne donne pas son accord.

Enfin, la recherche d'une solution des différends .nationaux et territoriaux doit viser à vaincre la méfiance entre nations et populations et à contribuer à l'harmonie des intérêts nationaux.

Au cours de la perestroïka, deux tendances importantes ont fait leur apparition: celle du renforcement de la souveraineté des républiques et celle de l'octroi des droits réels et du renforcement des garanties d'un développement libre et harmonieux pour tous les groupes ethniques peuplant l'URSS sans égard pour leur nombre et leur localisation.

II est évident que le progrès ne peut être réalisé que grâce à l'amalgame et à la combinaison de ces deux tendances. En essayant de les opposer l'une à l'autre on aboutit à une impasse comme l'a prouvé le problème du Haut-Qarabagh.

On ne saurait nier que la destinée du peuple arménien est chargée d'événements tragiques. Sa douleur et sa sensibilité nationale sont tout à fait compréhensibles. L*s compromis élaborés au moment de la délimitation territoriale entre l'Arménie et ('Azerbaïdjan lors de la constitution de l'URSS, auraient dû ouvrir une perspective favorisant le bon voisinage et la collaboration des deux peuples. Grâce aux ressources financières et économiques de ('Azerbaïdjan - dont l'Arménie était dépourvue à l'époque - le Haut-Qarabagh a fait un bond en avant.

Actuellement le Haut-Qarabagh ne cède en rien aux régions limitrophes telles que les RSS d'Azerbaïdjan ou d'Arménie au point de vue du développement socio-économique, mais il les dépasse encore à bien des positions.

Il est vrai que ce progrès fut réalisé dans le dur corset de l'autorité administrative. La mise en exécution de ce système par les dirigeants de la RSS d'Azerbaïdjan n'est ni meilleure ni pire que celle qui fonctionne à l'échelle du pays tout entier. Malheureusement, l'indignation juste de la population du Haut-Qarabagh, due aux défauts du système politico-économique acquit un caractère nationaliste. Cependant le véritable problème ne réside pas là: il s'agit de trouver le meilleur moyen pour sortir de la situation.

On sait que le Soviet régional du Haut-Qarabagh et le Soviet Suprême de la RSS d'Arménie émirent une résolution en contradiction avec la Constitution de l'URSS et avec celle de la RSS d'Azerbaïdjan: ils résolurent d'exclure le Haut-Qarabagh de la composition de la RSS d'Azerbaïdjan pour transférer cette région à la RSS d'Arménie.

Cette résolution fut prise sans aucune tentative de régler selon les normes constitutionnelles les problèmes des rapports du Haut-Qarabagh avec les autorités républicaines. Il existe pourtant bien "une loi portant sur la région autonome du Haut-Qarabagh" votée par le Soviet Suprême d'Azerbaïdjan sur la base des recommandations présentées par le Soviet régional des députés du peuple. Cette loi détermine et réglemente les responsabilités réciproques des parties en présence. On aurait pu invoquer cette loi et insister sur l'observation de ses dispositions qui, pour une raison inconnue, sont tombées en désuétude. Enfin, on aurait pu se mettre d'accord pour introduire dans le texte de cette loi des modifications et des précisions correspondant au mieux aux changements démocratiques qui se produisaient dans la société soviétique.

Cependant cette solution ne faisait pas l'affaire des éléments-forces qui, tant dans le Haut-Qarabagh que dans la RSS d'Arménie s'adonnent aux rêves géopolitiques de "Grande Arménie". Ce sont justement ces éléments qui sont coupables d'avoir envenimé les contradictions existantes, les hissant au niveau conflictuel qui bloque la possibilité de résoudre ces difficultés sur la base de la Constitution. Les gens affaiblis par de nombreuses manifestations et grèves, ballottés au gré des rumeurs, se démènent en tous sens, ne concevant d'autre issue à la situation qu'une escalade croissante de tension. C'est justement ce but que visaient les extrémistes. Pour eux la tragédie de Soumgaït, le fardeau des problèmes socio-économiques du Haut-Qarabagh, les réfugiés ... tout cela ne constitue qu'un argument supplémentaire en faveur de la rupture entre les deux peuples. Pour les nationalistes c'est seulement cette rupture qui pourrait faire progresser le problème du transfert du Haut-Qarabagh à la RSS d'Arménie.

Notons que le Haut-Qarabagh ne constitue qu'un premier épisode, très important mais pas du tout unique dans le scénario géopolitique. Au Congrès des députés du peuple de l'URSS, un académicien, député de la RSS d'Arménie a proclamé son désaccord avec la déclaration du gouvernement soviétique affirmant qu'il n'existe aucune réclamation territoriale vis-à-vis de la République Turque. Rappelons-nous aussi qu'en Géorgie, en Russie, dans le district de Stavropol, vivent des groupes de population arménienne. Après les réclamations visant le Haut-Qarabagh, n'y aurait-il pas de tentative de placer ces territoires aussi, sous une forme ou une autre, sous le contrôle d'Erevan?

Un mauvais exemple peut provoquer un enchaînement d'actions analogues dans d'autres régions à composition ethnique complexe. Dans notre pays, près de 60 millions de personnes vivent hors des frontières de leur propre territoire national. Une hésitation dans l'application des dispositions garanties par la Constitution peut enfreindre les droits souverains des républiques, et la défense de l'intégrité territoriale de ces dernières peut ent'raîner des suites indésirables.

La prudence et la circonspection caractérisant les décisions prises jusqu'à présent au sujet du Haut-Qarabagh sont compréhensibles. Il faut dire que le centre a maintes fois confirmé que l'on ne saurait procéder à une redistribution des frontières entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Cependant les décisions aussi correctes soient-elles, mais qui restent sur papier, renforcent encore les espérances de ceux qui veulent faire pression sur le gouvernement. Tout en confirmant verbalement la souveraineté de la RSS d'Azerbaïdjan sur la région autonome du Haut-Qarabagh, l'autorité centrale n'exécute pas en pratique ses obligations envers les organes administratifs de la république, imposées par la Constitution. La direction du Comité spécial chargé de l'administration de la région autonome du Haut-Qarabagh parle de tension psychologique dans la région, sans cependant faire grand'chose pour l'apaiser. Le Comité ferme les yeux sur le processus dramatique de la séparation de facto du Haut-Qarabagh de ('Azerbaïdjan, dans le cadre de laquelle les Azerbaïdjanais se voient forcés, sous les menaces et souvent la violence, de quitter villages et villes. Sur les formulaires officiels du Comité ne figure pas l'indication de l'appartenance du Haut-Qarabagh à l'Azerbaïdjan.

Rien ne peut justifier des interdictions d'organiser des entreprises, ou de construire des bâtiments destinés aux Azerbaïdjanais qui ont perdu leur domicile et leur travail, chassés des secteurs du Haut-Qarabagh.

Actuellement les droits souverains de la RSS d'Azerbaïdjan ne t'appliquent guère en pratique dans le Haut-Qarabagh. Est-il normal que les autorités républicaines soient non seulement écartées de l'examen des questions touchant aux intérêts de la république dans la région, mais qu'elles ne puissent même pas pénétrer sans encombre dans son territoire ? Est-il normal que tous les liens économiques, politiques et culturels avec la république azerbaïdjanaise soient rompus et transmis automatiquement à la RSS d'Arménie ? La population arménienne du Haut-Qarabagh décrète les grèves, prenant n'importe quel prétexte futile. Dans ces conditions il est presque impossible de tirer profit de l'aide financière et matérielle du gouvernement de l'URSS destinée à résoudre les problèmes sociaux de la région.

Il semble bien que lors de la prise de position sur le problème du Haut-Qarabagh, le centre ait commis une erreur. Sa fonction n'est pas d'administrer la région mais d'exécuter son rôle constitutionnel d'arbitre indépendant, de garantir des droits et obligations mutuelles des autorités républicaines et régionales. Ce sont justement ces autorités qui sont des parties en conflit et non pas les RSS d'Azerbaïdjan et d'Arménie, comme on le présente par erreur. Il est possible d'établir un compromis entre les autorités républicaines et régionales qui, sans diminuer la souveraineté de la RSS d'Azerbaïdjan, élargirait au maximum les droits juridiques de la région autonome. Et c'est justement dans cette direction qu'il faudrait chercher la solution du conflit qui se prolonge indûment. C'est là que le centre peut prononcer une parole décisive en organisant des pourparlers entre les deux parties.

Il semble bien qu'il faudra finalement déclarer au Conseil Suprême de l'URSS que la délimitation territoriale entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a déjà eu lieu sur la base d'un compromis au début des années 20 et que le peuple azerbaïdjanais n'accepterait en aucun cas un changement quelconque de territoire, surtout s'il lui est imposé par une pression venue de l'extérieur.

Cependant, malgré toute la gravité de la situation, nous sommes prêts à accueillir les bonnes suggestions si elles sont précédées d'actions réelles. Si les 160 mille Azerbaïdjanais chassés d'Arménie pouvaient revenir dans leur région d'origine et jouir des possibilités de développement national valable, alors sans aucun doute, le peuple azerbaïdjanais ferait tout pour que les Arméniens vivant dans le Haut-Qarabagh et dans d'autres districts ne soient aucunement frustrés dans leurs liens économiques et culturels avec l'Arménie, sans aucune limitation.

On parle beaucoup des sentiments tragiques que les Arméniens éprouvent en constatant ce qu'ils considèrent comme une injustice: les frontières séparant l'Arménie des territoires peuplés ethniquement d'Arméniens. Et bien, les Azerbaïdjanais peuvent mieux que quiconque comprendre ce sentiment. Le traité de Turkmentchaï a séparé de façon artificielle il y a plus de 160 ans des millions d'Azerbaïdjanais. Près de 20 millions de nos compatriotes vivent de l'autre côté de l'Arax sur des terres qui autrefois furent les leurs, sans jouir comme les Arméniens du Haut-Qarabagh, des privilèges que présente une région autonome.

Il semble bien qu'aujourd'hui la réclamation d'unification en un seul Etat des territoires occupés par une ethnie posée en tant que condition primordiale du développement national tire son origine de l'impossibilité d'éliminer les rivalités et les hostilités nationales. Dans des conditions nouvelles ce sont les impératifs humanistes qui doivent déterminer le développement mondial. A cet égard, examiner les intérêts nationaux uniquement à travers le prisme des revendications territoriales serait porter préjudice à la base même d'un avenir de paix. Par contre, la reconnaissance des réalités politiques en tant que condition primordiale de paix et de confiance entre les peuples, élargit le dorriaine de la collaboration mutuelle et supprime les barrières dans les contacts des membres d'une même nation séparés par les frontières.

Extrait du texte de la conférence de presse du Centre National d'Azerbaïdjan au sujet des affaires du Qarabagh et du Nakhitchevan - 3 mars, 1988 – Ankara

...Certains documents en notre possession confirment qu'en vertu des traités et des protocoles en vigueur, le Nagorno-Qarabagh et le Zanguezour sont des régions Azerbaïdjanaises. Ces documents ont aussi été reconnus par les Russes et les Arméniens.

1. Après la Révolution, l'Azerbaïdjan et l'Arménie ont annoncé le 28 mai 1918 qu'ils se séparaient de la Russie pour constituer leur propre Etats, en se mettant d'accord au sujet de leurs frontières. Selon la carte établie par les Républiques d'Azerbaïdjan et d'Arménie, le Nagorno-Qarabagh, le Zanguezour et le Nakhitchevan furent incorporés à l'Etat d'Azerbaïdjan.

2. Les frontières entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie sont basées sur le traité de Brest-Litovsk.

Par ailleurs, l'article 2 du traité de Gumru signé entre la Turquie et l'Arménie, le 2 décembre dit : "Un plébiscite sera organisé dans les régions de Nakhitchevan, Charour et Chakhtakhtly. Ces régions sont temporairement placées sous protection turque". Ceci fut signé par les représentants arméniens.

3. L'article 3 du protocole de Moscou signé entre la Turquie et l'Union Soviétique dit : "Les deux parties sont tombées d'accord pour que la région du Nakhitchevan qui se trouve dans le cadre des frontières définies par cet accord, soit une région autonome placée sous la protection de l'Azerbaïdjan à condition que ses droits ne soient pas cédés à une tierce partie..."

Ceci est le document le plus important; il dit clairement que le Nakhitchevan est une région autonome placée sous la protection de l'Azerbaïdjan.

4. Cette même situation fut soulignée par l'accord de Kars, signé le 13 octobre 1921 entre les gouvernements turc, arménien, azerbaïdjanais et géorgien. L'article S de cet accord dit : "Les gouvernements turc, azerbaïdjanais et arménien sont tombés d'accord pour que la région du Nakhitchevan, se trouvant dans les frontières définies, soit une région autonome placée sous la protection de l'Azerbaïdjan".

Les représentants arméniens tels que Mravian et Bogos Makinzian ont signé cet accord.

5. La république d'Azerbaïdjan fut officiellement reconnue par la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon le 12 janvier 1920 à Versailles, et ses frontières furent officiellement agréées par ces Grands Etats.

6. En outre, une lettre écrite par Mustafa Kemal Ataturk au commandant du front oriental Kâzim Karabekir Pacha dit : "Nous sommes d'avis qu'il faut que l'Azerbaïdjan soit un pays réellement indépendant. Pour y parvenir, nous devons déployer nos efforts sans provoquer l'irritation du gouvernement russe. Dans ce but, nous devons travailler pour que l'Azerbaïdjan valorise ses propres ressources économiques, telles que le pétrole, etc. On doit rappeler aux Russes que le monde musulman tout entier - un milliard d'hommes - soutiendrait le cas échéant l'Azerbaïdjan.

Nous devons faire les efforts nécessaires pour préserver les intérêts de l'Azerbaïdjan et du Caucase du Nord, pour résoudre le différend au sujet du Caucase et pour faire annuler certains articles de l'accord entre Russes et Arméniens (1920) qui sont dirigés contre ('Azerbaïdjan, et pour s'assurer que les régions telles que le Qarabagh et d'autres, où les Turcs sont en majorité, soient incorporées à l'Azerbaïdjan sur la base du principe d'auto-détermination".

Comme on peut constater dans cette lettre d'Ataturk, les Azerbaïdjanais étaient majoritaires dans ces régions. Ce document fait partie du livre "Politique Etrangère Nationale" d'Ataturk.

A la lumière de ces documents, nous sommes d'avis que le Ministère des Affaires Etrangères de Turquie est chargé d'une mission importante. Ces documents sont signés par les représentants de la Turquie, de l'Union Soviétique, de l'Arménie, de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan. Par conséquent, cette question n'est pas une affaire interne entre l'Union Soviétique, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Puisque la Turquie a participé à ces accords. Du moins, l'Union Soviétique devrait-elle être avertie et, l'affaire prise au sérieux.

Le brasier caucasien. La faute de Staline ? Olivier Roy. Esprit, mars-avril 1990.

... Les relations entre l'Iran et les Arméniens ont toujours été bonnes, et aujourd'hui la république islamique qui a soutenu l'ASALA compte deux députés arméniens au parlement.

Les archives d'Ivane Djavakhichvili "Literaturuli Gazeti" (Journal littéraire), Tbilissi, 23 septembre 1988

Quand la Géorgie perdit son indépendance et fut incorporée dans l'empire Russe, les représentants officiels de la Russie s'efforcèrent, sous la pression des fonctionnaires arméniens, d'empêcher d'éventuelles manifestations politiques des Géorgiens en recourant à divers moyens: en limitant l'indépendance de la population géorgienne par la présence de soldats russes postés dans le pays, et en transformant la Géorgie en une contrée multi-ethnique. Les Russes considéraient que les Arméniens étaient indifférents à la politique et par conséquent ils leurs étaient dévoués. Quand les Russes prirent aux Ottomans en 1828 Samtokhé, Djavakheti, Ouroucheti et Palakatzi, peuplés de Géorgiens de confession islamique, la population locale fut soumise à de telles avanies que les Géorgiens musulmans furent forcés d'abandonner la terre de leurs ancêtres pour émigrer en Turquie. Par ailleurs, le comte Paskevitch n'autorisa pas d'autres Géorgiens à s'installer dans le pays mais y fit venir de Turquie 3000 familles arméniennes. C'est ainsi qu'on diminua artificiellement le nombre de Géorgiens en Meskhetie. La population locale qui jusqu'en 1828 était composée pour plus de 90% de Géorgiens est actuellement, grâce aux efforts du gouvernement russe, en majorité arménienne.

En outre, à partir des années 1860 les cercles politiques russes se sont efforcés de russifier par tous les moyens la population de Transcaucasie. En 1864, N.Katkov ne trouvant pas suffisant de poster des soldats russes en Transcaucasie (Cf. Feuille 2), rêvait à ce que le gouvernement organisât en Transcaucasie des conditions favorisant l'établissement des immigrés russes aussi bien en ville qu'à la campagne. "L'influence russe dans le pays se renforcerait si l'on créait les conditions indispensables pour que "les Russes" puissent petit à petit remplir les villages aussi". (Cf. Moskovskie Vedomisti. 1864, p. 467). Au Caucase, surtout sur les côtes de la Mer Noire, l'implantation des nobles (dvoriane) contribuerait également à atteindre ce but (ibid.).

En cette période, le gouvernement russe cherchait aussi à russifier la Pologne en y installant des Russes. Les hommes politiques constatèrent qu'ils n'avaient pas assez de Russes à leur disposition pour les envoyer partout. C'est justement à cette époque, qu'un Arménien, Kononov, présenta un projet de transfert des "Arméniens olive" de Turquie vers les côtes de la Mer Noire. Katkov qui était favorable au projet, le confirma du point de vue politique et économique : "Les Arméniens nous sont dévoués, ils nous soutiennent et étant un peuple commerçant, ils peuvent aussi amener de l'argent" (Ibid. pp. 500-502). Le soutien accordé par Katkov à l'idée de transfert d'Arméniens en Transcaucasie servit de base à l'activité des représentants locaux du gouvernement qui se sont mis à l'oeuvre. Outre les Arméniens, on transféra aussi des Allemands et des Estoniens.

Ivan Stepanovitch Khatissov, père de A. et G.Khatissov, était le partisan convaincu et l'inspirateur de la politique d'implantation d'Arméniens en Transcaucasie. De 1865 à 1875, il fut l'un des responsables de la Direction transcaucasienne de l'économie rurale et des domaines de l'Etat; de 1875 à 1883 il fut chargé des "affaires particulières" de la population caucasienne; de 1885 à 1893 il fut chef du secteur des domaines de l'Etat.

Pendant cette période, et grâce à lui, un grand nombre d'Arméniens fut transféré en Géorgie, à Bortchaly, Diavakheti etc.

Comme les côtes de la Mer Noire constituaient une région politiquement importante, il formula deux propositions dans le but de transmettre ce territoire aux Arméniens. Cette région devait constituer le foyer d'une économie exemplaire et c'est pour cette raison que l'on devait y envoyer des gens possédant une haute culture et une compétence dans le domaine de l'économie agricole. Les Russes étaient habitués à un tout autre climat et s'occupaient uniquement de la culture des céréales. En outre, il y avait là beaucoup d'humidité, ce qui était nuisible pour les Russes et pouvait provoquer une forte mortalité. Les Arméniens et les Grecs étaient habitués à l'humidité. Quand on aurait asséché la région et que les conditions seraient plus favorables, les Russes aussi pourraient y venir. C'e.st justement grâce à de tels arguments et en utilisant sa haute position que Khatissov a fait tout ce qu'il put pour caser en Géorgie ses "frères".

Les Russes considéraient les Géorgiens comme peu sûrs politiquement et constataient avec inquiétude qu'ils constituaient la majorité dans le pays.

'Par ailleurs, ils ne pouvaient pas prévoir que les Arméniens exigeraient la liberté politique en Transcaucasie et c'est la raison pour laquelle ils ne considéraient pas dangereux de les laisser s'implanter en Géorgie. Par conséquent, le pourcentage de Géorgiens diminuait au fur et à mesure que celui des Arméniens - serviteurs fidèles de l'Etat russe -augmentait.

Finalement, même Katkov, partisan convaincu de l'immigration des Arméniens en Géorgie, s'aperçut que tout cela était une ruse.

En 1887, il écrivait : "Si les côtes de la Mer Noire sont meurtrières pour les Russes, pourquoi les Arméniens, les Allemands et les Grecs ne seraient-ils pas menacés par les mêmes dangers. H est évident que les buts politiques de la Russie ne sont pas pris en considération ici" (Moskovkie Vedomosti. No 13).

Mais l'affaire était conclue et il n'y avait pas de place pour caser d'autres gens. A cette époque, nul ne s'inquiétait des intérêts du peuple géorgien. Ni les fonctionnaires arméniens ni l'Etat russe ne voulaient comprendre que seuls les Géorgiens avaient droit à la terre qui leur appartenait depuis des temps immémoriaux. Les intérêts vitaux du paysan géorgien étaient foulés au pieds, le retour des Géorgiens en Géorgie était interdit, encore qu'à ce moment même on y amenât des gens à qui on donnait la terre et qui bénéficiaient d'aide en tous genres.

Au moment du transfert en Transcaucasie d'autres peuples, il devint évident que quand les politiciens arméniens logeaient en Géorgie leurs frères réfugiés de Turquie, leur but n'était pas seulement de les sauver mais aussi d'exécuter leurs plans politiques. Ils voulaient créer un territoire unifié (une colonie) pour les Arméniens qui à l'époque étaient éparpillés.

En séparant les districts de Bortchaly et d'Akhalkalak de la province de Tbilissi, ils voulaient les unir à Gumrou (actuellement - Leninakan) et créer de la sorte la colonie arménienne de Gumrou. A cette époque le gouverneur général, représentant du tsar, était Vorontzov-Dachkov. Lui et sa femme étaient des défenseurs des Arméniens. Ils avaient pour conseiller attitré A.Khatissov (fils d'Ivan Khatissov), partisan convaincu et bienfaiteur des Arméniens. Quant aux Arméniens, ils étaient guidés dans les questions vitales par les Dachnaks. Vorontzov-Dachkov ordonna la discussion du projet de l'unification/séparation. Le 6 novembre et le 18 décembre 1913, au cours d'une conférence spécialement convoquée (à laquelle participaient 6 représentants arméniens et 2 géorgiens) il fut unanimement décidé que la séparation du district de Bortchaly du gouvernement de Tbilissi n'était possible, ni géographiquement ni politiquement. La même décision fut confirmée par le conseil spécial de la province de Tbilissi réuni le 24 janvier 1915. La même année, une autre conférence de ce genre décida que la séparation du district d'Akhalkalak du gouvernement de Tbilissi et son unification avec Gumrou ne seraient opportunes ni au point du vue géographique ni du point de vue politique.

La guerre Mondiale était alors en cours.

Pour faciliter ses opérations militaires, la Russie conseilla aux Dachnaks d'organiser une révolte arménienne en Turquie, promettant pour ce service de libérer les territoires des Arméniens de Turquie en leur accordant soit l'autonomie au sein de l'Empire russe, soit l'indépendance sous la protection de la Russie. Les politiciens arméniens et les Dachnaks donnèrent leur accord à cette "affaire" politique proposée par la Russie et remplirent leurs engagements. Cependant cela tourna mal : les Turcs irrités commencèrent à massacrer les Dachnaks et les Arméniens trompés par leur politiciens. Les survivants s'enfuirent en Transcaucasie, en Iran et dans d'autres pays. La politique insensée des Dachnaks et la cruauté des Turcs causèrent la mort d'une quantité énorme d'Arméniens.

Mais l'Etat russe ne voulut pas accueillir en Transcaucasie les réfugiés arméniens et l'armée russe ayant occupé les territoires arméniens de Turquie ne permettait pas aux Arméniens de rentrer dans leur patrie. On élabora un plan pour loger les Cosaques russes dans les plaines de Valachkert (l'Alachkert d'aujourd'hui) et de Bàssian (Gassian) sur l'ancien territoire arménien de Turquie.

La révolution éclata en Russie, causant le rappel de l'armée russe. Ceci permit à la Turquie de reprendre les territoires qu'elle avait perdus. Les Turcs occupèrent la région de Kars et se dirigèrent vers Gumrou. Mais après la défaite de l'Allemagne, la Turquie se retrouva dans un état désespéré et devint la proie des Anglais et des Français. L'occupation d'Istanbul par les Anglais et leurs alliés, et ensuite de la Transcaucasie, redonna l'espoir au gouvernement dachnak et aux cercles politiques de réaliser l'idée de la "Grande Arménie". Il est intéressant de noter que c'est justement en 1918 que l'on imprima à Istanbul une carte fantastique de l'Arménie (qu’on réimprime malheureusement encore de nos jours dans les manuels d'histoire en Arménie - ndlr). Sur cette carte, l'Arménie s'étend de la mer Noire à la Caspienne. Tous les territoires à l'est de Samsun jusqu'à la Mer Noire - du nord de Selevki jusqu'au nord d'Ardebil sont compris dans l'Arménie qui est délimitée par la Mer Caspienne. Sur la même carte, l'Arménie comprend Batoumi, Akhaltsikhe et même Mtskheta et Tbilissi.

En même temps, à Istanbul, à partir de cette carte fantastique on en prépara une autre, celle de la "Grande Arménie". Cette fois-ci l'Arménie était représentée comme un énorme Etat dans les limites citées. Une grande partie de la Turquie, Trabzon, Urdu, Kayseri, Adana et même Odessa, ainsi que la partie nord de l'Iran, Tebriz et Ardebil, étaient comprises dans la composition de l'Arménie.

A la différence de la première carte, dans celle-ci les frontières de la Géorgie en Mer Noire commencent au sud de Batoumi et atteignent le nord de Makhrlal, Imerkhevi, Akhalkalaki sont compris dans la composition de l'Arménie, Akhaltzikh est dans celle de la Géorgie. Cette frontière s'étend le long du fleuve Kura, Gandja est aussi comprise dans le territoire de l'Arménie.

On sait que l'Etat d'Arménie, même au point de vue ethnographique, ne pouvait avoir une telle étendue parce qu'après le Xle siècle, l'Arménie était privée d'indépendance. Ceux qui ont établi cette carte n'étaient pas doués de bon sens.

         Malgré cela, les représentants politiques arméniens ont présenté cette carte à la conférence mondiale pour obtenir sa confirmation. Les représentants de la Turquie ont dû lutter durement pour faire rejeter cette carte: selon les données statistiques il n'y avait pas assez d'Arméniens pour peupler un aussi vaste territoire, il y aurait eu 2 à 3 Arméniens au kilomètre carré. Les données statistiques prouvèrent à tout le monde que la carte était fausse. Aux yeux des représentant français, anglais et américains, la carte arménienne perdit toute authenticité et éclata comme une bulle de savon ...

Cependant, au moment où l'on discutait ce plan chimérique de l'Arménie, les Dachnaks se préparait à réaliser leurs projets. Etant donné que les Géorgiens occupaient ces territoires depuis des temps immémoriaux, la République de Géorgie avait incorporé dans son domaine les anciennes provinces de Tbilissi, Koutaissi et Batoumi. Pour sa part, l'Arménie, outre Erevan, devint théoriquement propriétaire des territoires perdus par les Arméniens en Turquie et dans la région de Kars. En outre, l'Arménie, tout en procédant aux préparatifs militaires se mit d'accord avec le commandant des armées anglaises et à la fin de décembre 1918, le gouvernement dachnak arménien dirigea ses armées contre la Géorgie et présenta à cette dernière un ultimatum de la part du ministre des affaires étrangères, sommant la Géorgie de "se retirer dans ses propres terres". En Parlant de "ses terres", les Arméniens avaient en vue le district de Gori. Il découlait de cet ultimatum, que les Géorgiens devaient aussi évacuer Tbilissi. Cette exigence était basée sur la plus monstrueuse des deux cartes : les Arméniens prétendaient ainsi rétablir leurs frontières historiques. On constate que la défaite subie par les Arméniens en Turquie loin d'entamer leur désir d'annexer la Géorgie le renforça. Le rétablissement de la frontière de l'ancienne Arménie (qui n'a jamais existé en réalité) devait se faire au détriment de la Géorgie et du peuple géorgien ...

Cette folle prétention causa une guerre entre voisins et fit verser du sang mais les Arméniens n'eurent pas le dessus. Les Dachnaks restèrent à l'intérieur de leurs anciennes frontières. De la sorte, l'espoir de l'Arménie de rétablir par ses propres moyens ses soi-disant frontières historiques furent brisées. Néanmoins, les cercles arméniens obtinrent l'incorporation de la région de Lori dans le territoire de l'Arménie.

En 1922, les mêmes cercles arméniens préparèrent un nouveau projet. Selon ce projet, pour satisfaire les intérêts nationaux et favoriser l'étude de l'arménien, une grande partie du district de Djavakheti ou d'Akhalkalaki devait être incorporée au district de Bortchaly pour former une nouvelle unité, administrée par les Arméniens. Il est évident que ce projet visait à séparer un ou deux districts de la Géorgie, et à les incorporer dans l'Arménie. Ceci devait être suivi par un autre projet encore. Ceux qui examineront la carte préparée par les Dachnaks se rendront compte que tout ceci était fait dans le but d'atteindre la réalisation des plans primitivement établis. Le Commissariat aux Affaires Intérieures de l'URSS, prenant en considération le désir de la population d'Akhalkalaki et de Bortchaly, démontra catégoriquement que ce projet était absolument inacceptable et le 26 février 1923, le Comité Central du Parti Communiste confirma cette décision (No 291 1367). Ensuite, les mêmes cercles arméniens présentèrent un projet de transfert d'Arméniens dans les steppes de Garaiazy-Chirak en Géorgie. Les Arméniens devaient, soi-disant, construire ici des canaux d'irrigation, et organiser la production du coton pour l'industrie textile russe. Il faut dire que cela entrait aussi dans les plans de I.Khatissov. Il faut croire que les Géorgiens ne sont pas capables de construire des canaux d'irrigation. En fait pour l'économie géorgienne les canaux d'irrigation ne sont pas très importants.

Le commissariat à l'agriculture de la Géorgie rejeta ce projet arménien. Il est à noter que Nansen s'intéressa dès son arrivée à Tbilissi à cette question et voulut apprendre les raisons pour lesquelles il n'était pas possible d'établir sur ces territoires de réfugiés arméniens. Il est clair que cette coïncidence entre les pensées de Nansen et des politiciens arméniens n'est pas un hasard. Ce fut encore une tentative des Dachnaks d'acquérir pour les Arméniens les territoires indiqués sur leur carte.

Enfin, nous voudrions parler du projet des politiciens arméniens de faire accorder l'autonomie à la Djavakheti, la séparant ainsi de la Géorgie. Est-il possible qu'après tout ce qui a été dit plus haut, la raison et le but de ce projet ne soient pas clair ? Ni la situation géographique, ni la situation politique n'a changé. L'autodétermination des Arméniens est à présent pleinement assurée. A quoi sert donc ce nouveau projet ? Ne vise-t-il pas d'anciens buts politiques et territoriaux ? Si ce plan venait à se réaliser, alors la population de la Géorgie qui s'occupe d'élevage perdrait son dernier morceau de pain et cela signifierait la coupure nette d*s racines de l'élevage en Géorgie. N'a-t-on pas assez humilié les Géorgiens en donnant leurs terres aux colonisateurs russes et arméniens du temps de la Russie tsariste ? Et Maintenant, on veut sacrifier les intérêts vitaux des Géorgiens à la politique arménienne des Dachnaks. Je yeux croire que le gouvernement de l'URSS va rejeter ce projet inconscient comme beaucoup d'autres qui lui ressemblaient. 1930.


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