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GARABAGH

GARABAGH

ENTRE LE PASSE ET LE FUTUR III

Composé par Ramiz ORBAKI et Aydin GANDJALI

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GARABAGH

ENTRE LE PASSE ET LE FUTUR III

Composé par Ramiz ORBAKI et Aydin GANDJALI

Maquette et photos par Emile MARDACANY

PARIS 1991

SOMMAIRE

 

AVANT-PROPOS

Ce nouveau recueil de documents sur le Garabagh paraît au moment où se décide le destin de l'URSS ; l'Union tente de maintenir de force dans le camp du socialisme des pays qui ont déjà eu leur part de châtiment de la part d'un système social s'efforçant d'étouffer toutes les bases de la conscience nationale des peuples.

Ce processus de démantèlement a appelé des manifestations de réaction : lorsque les républiques de l'Union ont proclamé leur souveraineté nationale, s'appuyant sur la souveraineté d'état garantie formellement par la constitution de l'URSS.

En Azerbaïdjan, ce processus s'est heurté aux difficultés dues au problème du Haut-Garabagh créé dès 1920 et utilisé par le pouvoir central contre la RSS d'Azerbaïdjan dans le but d'écraser par. La force les idées de "souveraineté nationale". Je me permets d'employer ce terme pour expliquer le principal problème idéologique qui est apparu et existe aussi dans les pays développés.

C'est le problème d'un peuple étranger et sédentaire en lutte pour le droit de disposer de ses terres et l'épanouissement de son idéologie et de sa culture. Ce fut le cas au Garabagh, quand la population arménienne allogène a commencé, dans les conditions d'une république souveraine, à démontrer son droit d'aînesse sur les terres du Garabagh ainsi que son appartenance à l'Arménie qui, en accord avec l'idée de la Grande Arménie, s'étend du mont Ararat jusqu'aux monts du Caucase.

Laissant de côté les spéculations historiques qui génèrent des batailles dans le monde savant et dans l'arène politique, il convient de se tourner vers la vie quotidienne de deux peuples voisins, azerbaïdjanais et arméniens, placés par la direction de Moscou dans les conditions d'un conflit armé.

Après la soviétisation de l'Arménie sous l'influence du PCR (b) de Moscou, l'Azerbaïdjan a cédé à l'Arménie le Zanguezour, le lac Gueutktcha et fut contraint de créer la région autonome du Haut-Garabagh, laissant en territoire arménien près de 300 000 Azerbaïdjanais.

Le raisonnement du pouvoir soviétique était simple : diviser le peuple azerbaïdjanais vivant en Transcaucasie, freiner l'évolution des populations "tûrk" et démembrer son territoire. Dans le même but, la ville de Derbent qui avait gardé la culture et la langue azerbaïdjanaises, fut donnée au Daghestan, et à la suite des récents événements, le pouvoir central a également essayé de dresser l'un contre l'autre le peuple ami du Daghestan et de l'Azerbaïdjan.

Sur un fond de conflit politique qui a évolué en conflit armé, on a avancé la thèse du caractère autochtone de la population arménienne qui vivrait sur ces terres depuis l'âge du bronze.

Des dizaines de savants éminents tentèrent de démontrer l'existence d'un peuple qui s'est formé - comme tous les peuples actuels - au haut moyen-âge. A l'âge de bronze, il n'y avait ni Français, ni Anglais, ni Russes, ni Azerbaïdjanais. Si l'on prouve le contraire, que faire alors des anciens états de Médie, Ourartou, Albanie, Assyrie, qui occupaient le territoire de l'Arménie mythique.

Le second argument avancé par les idéologues arméniens est la prétention à l'identification dès le haut moyen-âge, de l'état d'Albanie avec l'Arménie et l'église autocéphale d'Albanie qui a coexisté jusqu'au début du XIXème siècle, avec l'église arméno-grégorienne. Conformément à cette théorie, l'Arménie possède aussi tout l'Azerbaïdjan occidental et le sud du Daghestan où existent des vestiges d'églises albaniennes.

La préparation idéologique s'est accompagnée d'une préparation politique de la direction de Moscou où fut créé un puissant lobby arménien constitué de MM. A. Aganbeghian, G. Chahnazarov, K. Brutens, L. Onikov, E. Ambartsoumov, etc..., tous acolytes de M. Gorbatchev, et du lobby arménien d'Amérique qui a des représentants au Congrès des USA.

L'affaire est allée jusqu'aux falsifications, déplacements et mêmes destructions de monuments historiques, déclarations fausses de savants arméniens ayant déchiffré des inscriptions proto-arméniennes du second millénaire avant J.C.

Au Garabagh (à Mardakert), les Arméniens ont même détruit leur propre monument érigé en souvenu- de l'arrivée dans la région des Arméniens venus d'Iran au XIXème siècle, afin de supprimer toute preuve matérielle du transfert d'Arméniens dans le khanat de Garabagh. Durant la période soviétique, les Arméniens occupèrent Khankendi, la capitale du Khanat de Garabagh et en firent la capitale du district en l'appelant Stepanakert en l'honneur de Stepan Chaoumian, bolchevique arménien, président des commissaires de Bakou dont la majorité était arménienne.

Ainsi, grâce à la propagande, ont resurgi au début des années 80 au NKAO où la population était à presque 2/3 arménienne et à plus d'1/3 azerbaïdjanaise, les actions anti-azerbaïdjanaises, tout comme en Arménie.

Ensuite est apparue l'idée du rattachement du Haut-Garabagh à l'Arménie, qui a pris dès 1988 la forme d'une revendication du gouvernement arménien au Soviet Suprême de l'URRS. Cette revendication s'est accompagnée d'actes terroristes des extrémistes arméniens, qui ont acquis au cours de l'année 1988 le caractère d'une guerre ouverte contre le peuple azerbaïdjanais.

L'administration du Kremlin savait qu'en donnant le Haut-Garabagh à l'Arménie, elle provoquerait immédiatement une guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ; c'est pourquoi, tardant à prendre une décision, elle a instauré l'état de guerre au Haut-Garabagh puis dans tout l'Azerbaïdjan.

L'exaltation idéologique des extrémistes arméniens contre les peuples "tûrks" a causé une psychose chez les Arméniens qui ont maudit le peuple azerbaïdjanais. Le résultat en fut le meurtre de deux jeunes Azerbaïdjanais au début de 1988. Puis ont suivi les pogroms de Soumgaït en février 1988.

L'analyse la plus superficielle des événements a montré que tous les affrontements étaient minutieusement préparés par les nationalistes arméniens et que le KGB et les forces armées sont volontairement restés les spectateurs passifs de l'effusion de sang.

Le problème du Haut-Garabagh a été à l'origine de la création du Front Populaire d'Azerbaïdjan qui a tenté d'opposer à l'administration locale de Vezirov, ancien premier secrétaire du PC d'Azerbaïdjan et du second secrétaire Polianitchko, une force démocratique née de la volonté de tout le peuple azerbaïdjanais. L'une des exigences du Front Populaire d'Azerbaïdjan était une solution équitable au problème du Haut-Garabagh par la voie des négociations.

Mais le Kremlin fit un autre calcul : utilisant les prétentions territoriales de l'Arménie sur le Haut-Garabagh, provoquer une inimitié interethnique et prendre ce conflit interethnique comme prétexte pour faire fondre sur les deux peuples les forces du KGB et les forces spéciales armées.

La direction de cette opération a été confiée à Polianitchko, second secrétaire et général du KGB ayant une expérience de dix ans de combat contre le mouvement de libération nationale d'Afghanistan.

Arrestations et meurtres politiques des militants du Front Populaire d'Azerbaïdjan en 1988-1990, n'ont pu arrêter la lutte de l'Azerbaïdjan pour son indépendance et pour son rapprochement avec ses frères vivant au-delà du fleuve Araxe, en Azerbaïdjan iranien.

En janvier 1990, pour la première fois dans l'histoire de l'URSS, des Azerbaïdjanais ont franchi la frontière et ont rencontré les Azerbaïdjanais du Sud.

Le Kremlin a opté pour la manière forte. Prenant prétexte des pogroms d'Arméniens à Bakou et des désordres nationaux, il a fait intervenir l'armée qui, violant tous les droits constitutionnels des républiques de l'Union, a déclenché à Bakou le 20 janvier 1990 une attaque sanglante avec tanks et mitrailleuses, causant la mort de centaines de personnes, dont des femmes, des enfants et des vieillards.

Afin de justifier ce carnage, M. Gorbatchev, lauréat du prix Nobel de la Paix, a déclaré que l'armée était intervenue pour mettre un terme à l'avancée du "fondamentalisme islamique". Et le Ministre de la défense d'URSS, le général Yazov, a dit que "l'armée avait réussi à faire échouer un coup d'état nationaliste".

Un an est passé depuis la tragédie de Bakou, dont les plaintes ont été étouffées par la propagande anti-azerbaïdjanaise : la presse en URSS et dans le monde a tenté d'accuser le peuple azerbaïdjanais d'actes de cruauté anti-arméniens, anti-chrétiens et anti-démocratiques.

Néanmoins, l'évolution du problème du Garabagh que la presse mondiale a déjà oublié, se durcit et s'aiguise. Jusqu'à présent l'Azerbaïdjan est en état de siège. Le Garabagh se trouve en situation d'assiègement et coupé du monde. Tous les Azerbaïdjanais chassés d'Arménie n'ont pas même un hébergement décent en Azerbaïdjan. La répression des forces démocratiques d'Azerbaïdjan se poursuit. Le déroulement des élections au Sovient Suprême de la république a fait accéder au pouvoir les trois principales forces de réaction, la mafia du parti, les forces répressives du KGB, du Ministère de l'Intérieur et du Parquet, et l'oligarchie financière.

Le problème du Garabagh a en fait gêné l'unification des trois forces démocratiques de Transcaucasie, celles d'Azerbaïdjan, de Géorgie et d'Arménie, et s'est révélé être une arme puissante entre les mains de l'administration du Kremlin pour écraser le mouvement de libération nationale en Transcaucasie.

A nouveau, comme en 1920, le Kremlin a utilisé les nationalistes arméniens dans ses plans pour maintenu* la domination soviétique en Azerbaïdjan.

Le Caucase, berceau de l'humanité, a été dans les temps anciens la maison commune de nombreux peuples, indigènes et allogènes. Leurs destins se sont si étroitement enchevêtrés qu'on peut parler d'unité de la culture caucasienne et de caractère national.

Les peuples azerbaïdjanais et arménien ont vécu depuis mille ans en voisins dans une même contrée appelée Transcaucasie. Cette contrée a survécue à bien des guerres et des tragédies, à autant de soulèvements et de conquêtes ; et je suis persuadé qu'elle survivra aussi aux tragédies actuelles des peuples azerbaïdjanais, arménien et géorgien.

Je me souviens d'une chaude nuit de l'été 1990, quand sur une gare de triage se sont croisés deux trains, l'un azerbaïdjanais (Nakhitchevan -Bakou), l'autre arménien (Kafan - Erevan). Cette nuit-là, les deux convois se sont regardés en silence, par les fenêtres des compartiments endormis. Les seules lumières étaient celles des fumeurs. Etant sorti sur la plateforme pour prendre l'air, j'ai entendu un jeune Azerbaïdjanais qui regardait l'autre train par la portière entrouverte : "Combien de temps faut-il donc pour que nos deux peuples s'entendent à nouveau...". Et j'ai pensé qu'il n'y a pas de mauvais peuples, il y a de mauvais dirigeants.

J'espère que depuis le premier recueil "Histoire du Daglig (Haut) -Garabagh à la lumière de documents historiques" publié à Strasbourg en 1989 et le second "Kavbureau, Daghlygh-Qarabagh, Staline" publié à Montréal en 1990, les cercles spécialisés comme les membres des communautés azerbaïdjanaise et arménienne, ont pu faire connaissance avec des documents imponants, destinés à éclairer l'histoire du Garabagh, considéré comme le coeur et l'âme de l’Azerbaïdjan.

Emile MARDACANY, Londres, 23 mars 1991

GARABAGH : QUI EN PROFITE ?

"GARABAGH : FAITS  ET COMMENTAIRES", Z. A. Aliev,  H. A. Hadjizade, d'après Issa Gambarov, mars 1989.

"Nous, Azerbaïdjanais, ne sommes pas encore d'habiles politiciens et ne savons pas profiter des contacts auxquels ont recours les autres, et particulièrement nos opposants. Nous n'avons pas su nous faire entendre de l'Europe, parvenir jusqu'aux grands de ce monde, ni même, ainsi que le veut l'usage, nous faire une "bonne presse" en Europe. Dès les premières sombres journées du conflit arméno-musulman, la presse progressiste de Russie a adopté à une écrasante majorité une attitude d'hostilité à l'égard des musulmans, les accusant de tendances réactionnaires, vindicatives, barbares etc... Il y a eu des cas, dans les hautes sphères "académiques", d'apparition de noms de villes inexistantes au Caucase, soi-disant détruites par les musulmans... Une telle situation existe aussi maintenant. Alors que les Turcs d'Azerbaïdjan ont souffert dix, voire cent fois plus que les autres peuples vivant au Caucase, dans la période de désordre et d'anarchie, la majeure partie de la presse caucasienne continue encore à présent contre eux un travail d'intoxication auquel tous participent d'un commun accord : des cadets aux bolcheviques et des dashnaks aux socialistes inclus. Ces derniers font même passer les questions de classe au second plan et mènent actuellement la lutte contre les Turcs d'Azerbaïdjan et non contre les autres classes..."

Ces lignes n'ont pas été écrites aujourd'hui, ni même hier (Journal "Azerbaïdjan", 8.12.1918) mais paradoxalement, les événements qui ont secoué la Transcaucasie à partir de février 1988 les ont rendues pour nous, Azerbaïdjanais, plus que douloureusement actuelles. Voilà un an et demi que les contradictions jusque-là vécues dans le calme en Arménie et en Azerbaïdjan ont fait place aux agressions, à la violence et au sang versé. L'affaire est allée trop loin. Même la terrible tragédie du tremblement de terre en Arménie, qui nous a profondément secoués, a à peine atténué l'acuité du problème du Daglyg Garabagh (plus loin dans le texte PDG).

Rejetant toute émotion, essayons d'éclairer le fond du problème.

Une certaine partie de l'intelligentsia arménienne a su se convaincre et convaincre son peuple que la tâche primordiale et prioritaire de la nation arménienne était le "retour" du D. G. dans le giron de la mère-Arménie. Cet acte est présenté comme rien moins que comme la "rectification d'une injustice historique dans les conditions de la démocratie et de la glasnost". Cela n'est, pour ainsi dire, que le programme à ce jour. La suite suppose de réunir à la "mère patrie" la province azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, la rive géorgienne de la mer Noire, la région d'Armavir en RSFSR et une partie des territoires de l'Iran et de la Turquie. Cette idée grandiose est peut-être inconnue du grand public de notre pays mais chez nous, au Caucase, elle n'est plus un secret depuis longtemps. Ce projet de construction de la "Grande Arménie de la mer à la mer" est basé sur le fait que toutes les terres sur lesquelles vivent ou ont vécu les Arméniens sont de fait arméniennes et doivent donc appartenir à l'état arménien...

Mais voyons d'abord le Garabagh... Quels sont les arguments de base de l'accusation ?

ASPECT HISTORIQUE

L'accusation assure que le D. G. est une terre arménienne qui, depuis des temps éloignés jusqu'en 1923, faisait partie de l'état arménien.

Apportons ici quelques précisions, élémentaires pour les spécialistes, sur l'histoire de la composition de la population de notre région. La Transcaucasie, et donc l'actuelle Arménie, n'est pas le berceau de l'ethnos arménien. La version, répandue depuis peu, faisant des Protoarméniens les autochtones des montagnes d'Arménie, n'est avérée par aucun document et n'est pas réelle ("Istorija drevnego mira", Moscou T. 2, pp. 45-46, 1983 ; I. M. Diakonov "K proistoriri armjanskogo jazyka. O faktakh, svidetel'stvakh i logike” IFJ AN Arm. SSR, 1983, N° 4, pp. 19-179). La partie montagneuse de la vaste région historique du Garabagh (le terme de D. G. n'est apparu que dans les années 20 de notre siècle), a toujours été compris dans les limites des états Azerbaïdjanais ou des états auxquels l'Azerbaïdjan s'est trouvé soumis. Les historiens le savent, l'état arménien qui a cessé d'exister dès 387 sous les coups de Rome et de la Perse (donc bien avant la naissance de l'Islam et l'apparition des musulmans dans la région), n'a jamais eu l'occasion de s'emparer du Garabagh.

Ensuite, l'accusation fait souvent référence à la période de 1918-1923 ce qui est aisément explicable. La bourgeoisie arménienne ayant alors perdu toute influence en Turquie et ayant échoué dans ses tentatives de convaincre les Géorgiens de ce que la Géorgie était une terre arménienne (I. Tchavtchavadze, Les sages arméniens et les pierres criantes, Tiflis 1902, pp. 80, 123) a reporté tout son espoir sur les terres se trouvant en Azerbaïdjan. On ignore le fait que le D. G. faisait partie de la République démocratique d'Azerbaïdjan de 1918 à 1920, puis de la RSS d'Azerbaïdjan à partir de 1920. On trouve souvent cités comme arguments (sans référence bien sûr) les propos d'éminents hommes politiques de l'époque concernant les variations de frontières dans la région. Les ordres donnés en 1921 par Ordjonikidze et Kirov témoignent par exemple de l'incontestable "compétence" desdits hommes : "Pas un village arménien ne doit être rattaché à l'Azerbaïdjan, tout comme pas un village musulman ne doit être rattaché à l'Arménie". Cela est joliment dit. Mais compte tenu de la réalité caucasienne, on n'aurait pu, sur la base de ces principes, qu'établir une carte uniquement iso-ethnique, une sorte de peau de chagrin, et non créer des républiques aux frontières précises. L'accusation mentionne souvent la déclaration de l'Azrevkom du 30 novembre 1920 qui attribuerait le DG à la RSS d'Arménie. Nous disons "attribuerait" car il est dit en fait"... il est reconnu aux paysans travailleurs du DG le plein droit à l'autodétermination..." ("Kommunist" en russe N° 178,2.12.1920). Et les habitants du DG se sont autodéterminés.

Lors du plébiscite d'août 1923, à une écrasante majorité, ils ont refusé de sortir de PAzerbaïdjan ("Molodej Azerbaïdjana", 14.7.1988). Mais aujourd'hui apparaît un autre problème en liaison avec ce qui a été dit plus haut : peut-on à l'heure actuelle, alors qu'on parle de construire un état de droit, de rendre notre législation compatible avec les normes juridiques internationales, faire rejaillir la pratique consistant à décider unilatéralement du sort des peuples 'et des organisations gouvernementales, au nom de la dictature du prolétariat ? L'accusation accorde un grand rôle à Staline pour ce qui est de la naissance du D. G. Elle préfère oublier qu'en 1921, Staline n'était que Commissaire du Peuple aux questions nationales de la RSFSR et non un décideur ayant en l'espèce un quelconque pouvoir dans l'établissement des frontières des républiques. A. Lunatcharski, dans son livre paru à l'époque "Les chefs de la Révolution", ne mentionne par exemple, nullement Staline.

Un exemple encore pour le plaisir des amateurs de "citations". Le 22 mai 1919, Anastase Mikoyan déclarait dans un rapport adressé à Lénine : "Les dashnaks, agents de l'état arménien, veulent obtenir le rattachement du Garabagh à l'Arménie. Mais cela voudrait dire pour la population du Garabagh, renoncer à la source de leur vie à Bakou et rejoindre Erevan avec lequel ils n'ont jamais eu aucun lien". (TsPA IML, CC P.C.U.S., f. 461, op. 1, doc. N° 45252, la).

A notre avis, l'octroi par le gouvernement de la RSS d'Azerbaïdjan en 1923 de l'autonomie à la population du D. G. était raisonnable et recevable. Mais il aurait été encore plus juste d'octroyer la même autonomie aux Azerbaïdjanais qui constituaient alors 36 % de la population de la RSS d'Arménie. Les Azerbaïdjanais privés d'une telle autonomie ne formaient plus en 1986 que 5,8 % de la population, et aujourd'hui, après la dernière vague de réfugiés, 0,18 % soit à peine 7 000 personnes.

ASPECT DEMOGRAPHIQUE

La majeure partie de la population du D. G.(soit 75 % des 180 000 personnes), est arménienne. Les Azerbaïdjanais sont 25 %*. Pour les témoins non concernés par les événements qui entourent le D. G., cet argument est présenté comme très convaincant. Il convient d'apporter des remarques d'ordre historique.

|||||* Selon le "Calendrier Caucasien pour 1914" dans les ouezds de Choucha et de Karyaguin - qui, à l'époque, constituaient la base de la partie montagneuse de Garabagh, il y avait 119000 Arméniens et 162000 Azerbaïdjanais. En d'autres termes, on y comptait 42 % d'Arméniens. De 1914 à 1923, on n'avait plus effectué de recensement dans cette région (NDLR).|||||

La prédominance de la population arménienne dans le D. G. est le résultat d'événements historiques précis du XIXème siècle. Une infime partie de la population arménienne actuelle du D. G. a pour racines les anciens Albans du Caucase, ayant adopté la langue arménienne en raison de la communauté de religion. Cette arménisation d'une partie des Albans est évoquée par des caucasiologues faisant autorité comme Petrushevski, Novoseltsev, Eremian etc... La population arménienne du D. G. est pour l'ensemble composée des descendants des Arméniens de Turquie et d'Iran transférés au XIXème siècle par la Russie tsariste. La politique coloniale de la Russie qui a conquis la Transcaucasie au début du XIXème siècle eut pour résultat des transferts massifs d'Arméniens de Turquie et d'Iran dans les nouveaux territoires de l'empire et inversement, le transfert d'Azerbaïdjanais vers la Turquie et l'Iran.

"En fait, l'état russe s'efforçait, par ces transferts de population, d'amoindrir l'importance de l'élément musulman dans cette région (appelée aujourd'hui Veille province arménienne" n.d.a.) en y établissant des Arméniens" (Izvestija kavkazskogo otdelenija russkogo geogr. obshestva", T. VII, Tiflis 1882-83, p. 92).

"Sur le 1,3 millions d'Arméniens vivant aujourd'hui en Transcaucasie, plus d'1 million ne sont pas les habitants originaires de la région, ils y ont été établis par nous" (I. Shavrov, "Novaja ugroza russkomu delu v Zakavkazte", St-Petersbourg, 1911, p. 60). Shavrov indique les endroits précis où se sont établis les Arméniens transférés, notamment "la partie montagneuse de la province d'Elizavetpol" i. e. le D. G. actuel (ibid. p.59). A. Griboïedov, auteur classique russe ayant dirigé en qualité de plénipotentiaire extraordinaire cette politique de transfert, écrit : "Nous avons beaucoup discuté des recommandations à faire aux musulmans en vue d'apaiser leur accablement actuel qui ne devrait pas être durable et de leur enlever leurs appréhensions sur le fait que les Arméniens n'occupent à jamais des terres qu'on leur a permis d'investir pour la première fois" (A. Griboïedov, "Notes sur le transfert des Arméniens de Perse dans nos provinces", 1828, Oeuvres T. 2, Moscou, 1971, p. 314).

Voyez, les craintes de nos ancêtres n'étaient pas sans fondement. Une question enfin que l'on a envie de poser à ceux qui déploient leur zèle pour que le D. G. soit transféré à l'Arménie : l'argument de la prédominance d'une nation ou d'une autre est-il valable, au regard du principe sacré d'autodétermination, pour le seul D. G. ou pour toute situation analogue ? S'il est valable seulement dans ce cas précis, pourquoi ? S'il l'est pour toute situation analogue, que faire alors des 25 % d'Azerbaïdjanais du D. G. ? Que faire des 700 000 Azerbaïdjanais vivant dans les républiques voisines ? Et pourquoi cet argument ne s'applique-t-il pas, par exemple, aux Russes dont une majorité vit autour de villes comme Narva, Kokhla-Yarve, Riga, Douchambé, Karaganda et beaucoup d'autres.

ASPECT SOCIAL

Depuis le tout début des événements, on affirme que depuis longtemps, durant presque toute la période soviétique, les organes républicains d'Azerbaïdjan ont délibérément freiné les possibilités de développement socio-économique et culturel du D. G. Tournons-nous vers les statistiques et les spécialistes :

DONNEES DE LA DIRECTION CENTRALE DE STATISTIQUES D'AZERBAÏDJAN POUR L'ANNEE 1989 :

1. Equipement en lits d'hôpital    AZERBAÏDJAN       D.G.        URSS         ARMENIE
(pour 10 000 hbts)                                  97, 7        101, 7      130, 1        86, 2
 

2. Fréquentation des structures               20            35              57               39
préscolaires (en % de la
population concernée)

3. Nombre d'étudiants 1er groupe      74, 3       92,5            78,2            87,8

4. Surface habitable par hbt (en m2)    10, 9        14,6           14,9             13,7

V. Lakhtin, premier vice-président du bureau du conseil des ministres d'URSS pour le développement social et co-auteur du décret du Comité Central du P.C.U.S. et du conseil des ministres d'URSS sur l'accélération du développement socio-économique du D.G. a déclaré au journal "Izvestia" du 25.3.1988 : "... En ce qui concerne l'équipement en logements, disons que le D.G. dépasse de 1,4 fois les indices moyens du reste de l'Azerbaïdjan. Il existe aussi d'autres données dont on peut déduire que la situation dans la région est meilleure que dans les deux (!) républiques". L'accusation prétend que les organes républicains limitent l'étude de la langue et de l'histoire arméniennes dans les écoles arméniennes du D.G. : ces affirmations sont foncièrement mensongères. En réalité, le D.G. est apparemment la seule région autonome d'URSS où l'on étudie non l'histoire de la république où elle est enclavée, mais bien l'histoire, d'une autre république, à savoir celle de l'Arménie. Dans les écoles de beaucoup de villes et régions d'Azerbaïdjan il y a de nombreux secteurs d'enseignement en langue arménienne où les enseignants sont plus nombreux que les élèves : cela est un signe non de limitation des droits, mais plutôt un souci louable.

Si les écoles arméniennes de Bakou ferment, c'est que les Arméniens eux-mêmes envoient leurs enfants dans les écoles russes ; d'ailleurs, la même raison a entraîné la réduction à Bakou du nombre d'écoles azerbaïdjanaises.

Tout ce qui précède ne vise pas à prouver qu'il n'y a pas de problème dans le D.G. : il n'y en a pas moins que dans les autres régions du pays. Une partie de ces problèmes est imputable aux organes locaux. Mais l'Arménie n'est pas non plus irréprochable (car c'est elle qui aurait dû fournir les manuels en arménien pour les écoles du DG). Tout en taxant Bakou de tutelle mesquine, il ne faut pas non plus oublier que les dirigeants et exécutants des organes Azerbaïdjanais sont une partie intégrante et éminente du système de commande administrative propre à notre état. Les sortir du cadre de notre malheur commun est pour le moins incorrect. Et si l'on affirme que le fait de base de l'apparition du problème du D.G. est la persécution de la population arménienne par les Azerbaïdjanais, ce qui n'est confirmé par aucun argument sérieux, il convient aussi de rechercher des raisons d'un autre ordre : dans le domaine des sentiments nationaux, réels ou irrationnels, et notamment les intérêts nationaux à long terme concernant la construction de la "Grande Arménie de la mer à la mer". On doit ajouter à cette analyse les objectifs lointains et les méthodes des forces politiques à l'échellon régional, national et global.

LES FRUITS AMERS DU CONFLIT

Selon les chiffres officiels, on dénombre 58 Azerbaïdjanais et 32 Arméniens tués et des milliers de blessés ; 161 600 réfugiés Azerbaïdjanais d'Arménie dont près de 4000 sont retournés en Arménie ; 148 000 réfugiés arméniens d'Azerbaïdjan dont près de 40 000 sont retournés en Azerbaïdjan ; près de 8 000 Azerbaïdjanais du D.G. se sont retrouvés réfugiés dans leur propre république. Que faire de ces malheureux, comment affronter le regard de ceux qui ont perdu parents et proches ? Et qu'est-ce que ce mouvement démocratique qui a apporté tant de chagrin aux deux peuples ?

Jusqu'à présent, en dépit des faits nombreux et irréfutables concernant les victimes et les réfugiés Azerbaïdjanais, les zélateurs du "rattachement" continuent d'affirmer que le sang versé, maintenant et par le passé dans les affrontements interethniques, est entièrement imputable aux Azerbaïdjanais grisés par le fanatisme religieux. Il nous faut dire haut et fort que durant tout le XXème siècle, le chauvinisme arménien a organisé nombre de pogroms contre la population azerbaïdjanaise pacifique. Ils ont notamment eu lieu après 1915, quand les prétentions territoriales de la bourgeoisie arménienne envers la Turquie ottomane, organisées en un mouvement partisan à l'arrière-front de l'armée turque en guerre contre l'Entente, conduisirent à de nombreux pogroms de la population arménienne. Les unités armées arméniennes décidèrent de se venger. Mais la vengeance s'exerça contre d'autres : les Azerbaïdjanais, paysans pacifiques et désarmés (BSE, T.3, M. 1926, "La question arménienne", p. 438). C'est ainsi que se réglaient toutes les "questions nationales" : par la "vendetta" et la conquête d'un "espace vital". En 1918 à Bakou, Chemakha, Kouba et dans d'autres régions d'Azerbaïdjan alors déchirées par la guerre civile, les bandes nationales arméniennes ont exécuté des dizaines de milliers d'Azerbaïdjanais, ainsi qu'en témoigne A. Lalaian dans la revue "Revolutsionny vostok" (1936, N° 23, pp. 92-93) : "... Les groupes dashnaks menés par des chefs sanguinaires (Andranik-Pasha, Amazasp etc...) ont fait preuve d'un maximum de "bravoure" dans l'extermination des femmes et enfants, vieillards et malades, "turcs" (ce mot a le sens, ici et plus loin, d'Azerbaïdjanais - n.d.a.) ; les villages turcs pris par les groupes dashnaks étaient "libérés" de leurs habitants vivants et transformés en ruines pleines d'infortunées victimes. Un des héros dashnaks... décrivait en 1920 les "exploits" en ces termes : "J'ai exterminé la population turque de Basar-Getchar, région au nord du Sevan, (actuellement Vardenis en Arménie - n.d.a.), sans faire de distinction. Mais il arrive que ce soit dommage pour les balles. Le seul remède contre ces chiens, pour qu'il ne reste rien après la bataille, était de les entasser dans les puits et d'y jeter par-dessus de lourdes pierres... Cest ainsi que j'ai agi : ayant rassemblé tous les hommes, femmes et enfants, j'en ai fini avec eux en remplissant de pierres un puits où je les avais auparavant précipités...". (Lalaïan, opus cit.).

Dans diverses régions d'Azerbaïdjan et d'Arménie, vivent encore aujourd'hui des témoins des crimes sanglants des bandes d'Andranik, responsable du désastre de tant de villages Azerbaïdjanais en Arménie ou en Azerbaïdjan. Aujourd'hui, grâce à un effort des fameux S. Kaputikian, Z. Balaian et autres "meneurs de perestroïka", Andranik Pasha est devenu un libérateur et un héros national.

En 1920 "... ayant reçu des armes des Anglais, les dashnaks ont accompli un pogrom massif de la population musulmane de la région de Kars et de la province d'Erevan" (BSE, T.3, M. 1926, "La question arménienne", p. 438). Les nationalistes arméniens ont aussi sur la conscience le sort de milliers d'Azerbaïdjanais, officiellement chassés d'Arménie et renvoyés de leurs terres en 1948-53, avec l'accord de Staline et de sa clique. Nos accusateurs ne faillissent pas à la tradition consistant à travestir des relations de cause à effet dans l'évolution du conflit, et voilà qu'aujourd'hui, ils répandent une rumeur parmi les consciences : S'il y a eu en Arménie des "actions illégales isolées" (lisez des massacres d'Azerbaïdjanais - n.d.a.), il ne s'agissait malheureusement que d'une manifestation extrême de la juste indignation des Arméniens après les événements de Soumgaït (28-29 février 1988). Revenons-en toutefois aux faits et à leur succession chronologique. Voici un extrait de la rencontre d'un journaliste de "Bakinski rabotchi" en juin 1986 avec des réfugiés d'Arménie (14 familles), hébergés dans des étables (!) dans le village de Ramani près de Bakou : "Oui, en Arménie nous avons une maison, un jardin, un potager, une vache et un oiseau. Mais nous vivons ici et ne retournerons pas chez nous, dussions-nous vivre plus d'une année dans une étable". C'était en été 1986, soit un an et demi avant février 1988. Voici encore la plainte déposée le 28 avril 1987 par les travailleurs du sovkhoze "kapouyit" en Arménie, reproduite dans la "Pravda" : "... Nous sommes 350 familles azerbaïdjanaises, 40 % de la population, seulement 55 d'entre nous ont du travail. Les réclamations que nous avons adressées au premier secrétaire de région du parti, P. Vartanian et à d'autres dirigeants, ne sont pas prises en considération. Nous avons des spécialistes diplômés du supérieur en agronomie, en zootechnique, mais les spécialistes nommés aux postes de responsabilité du sovkhoze sont des Arméniens d'instruction secondaire. Telles sont les raisons qui ont obligé, dès le début des années 1960 les Azerbaïdjanais à abandonner les tombes de leurs pères et à s'installer en Azerbaïdjan. La majeure partie de ces gens a atterri à Soumgaït, une ville qui réunit toutes les tares d'une industrialisation accélérée et irréfléchie... Un énorme flot de réfugiés a de nouveau déferlé depuis les mêmes endroits au milieu de février 1988, une dizaine de jours avant la tragédie de Soumgaït. "Depuis le 19 février, nous n'avons pas dormi la nuit. Les Azerbaïdjanais des villages voisins se sont rassemblés dans notre village de Kalinine dans la région de Masis en Arménie", raconte Hussein Gambarov, "on a fermé l'école azerbaïdjanaise. La nuit, nous rassemblons 10-20 hommes autour d'un feu au milieu du village, pour protéger les maisons. Il ne se passe pas une nuit sans qu'une maison soit brûlée. Les vieillards, les femmes et les enfants se couchent tout habillés, y compris les chaussures, pour être prêts à fuir".

"Dans notre village d'Artashat de la région de Massis en Arménie, on a brûlé trois maisons, celle de V. Abdullaev, de A. Sadygov et de Nizami dont j'ai oublié le nom de famille", déclare le kolkhozien Gambar Abbasov. "Ils remplissent une bouteille d'essence, enroulent une longue ficelle autour du goulot, mettent le feu et lancent cette torche enflammée dans les fenêtres de nos maisons. Depuis le 19 février, on nous refuse l'aide médicale. On ne nous vend ni pain ni autre produit. On nous refuse l'accès aux transports urbains. Depuis le 19 février, on commence à licencier en niasse les Azerbaïdjanais. On nous a craché au visage, au sens propre du terme en criant : "Les Turcs, hors de nos terres arméniennes !".

I. Veliev, agronome au kolkhoze "Gelebe" de la région d'Araner en Arménie déclare ; "Le 17 février, ma femme a mis au monde un fils. L'accouchement était difficile. Ni elle ni l'enfant n'ont reçu d'aide. Médecin et sage-femme se moquaient, les bras croisés : "II y aura deux Turcs de moins..." L'enfant sans langes a attrapé une pneumonie. Ma femme ne s'est pas rétablie à ce jour". Nazami Gadjamalieva, institutrice à l'école N°2 de Djermouk en Arménie : le 25 février (trois jours avant Soumgaït - n.d.a.) eut lieu une manifestation. Dans notre école, il y a 640 enfants arméniens et 166 Azerbaïdjanais. Pendant les cours, nous avons entendu les cris d'une foule de plusieurs milliers de personnes et nous sommes précipités à la fenêtre. C'est un spectacle terrible que de voir une masse noire avancer sur la neige blanche sans savoir qu'attendre de cette foule humaine. Le directeur de l'école, Khatchatrian, est sorti jusqu'aux grilles : "Arrêtez, vous êtes des parents 1 N'apeurez pas, ne traumatisez pas les enfants !". La foule n'écouta pas. La foule brisa les portes de l'école et se mit à se battre avec les instituteurs. Les enfants apeurés se sont cachés sous les pupitres ou jetés par les fenêtres dans la cour".

De tels événements étaient quasi quotidiens en Arménie. Des centaines de gens étaient, sous la menace de la violence physique, chassés vers les trains allant à Bakou. Dans la panique, ils n'avaient pas même le temps de prendre des vêtements chauds pour les tout-jeunes enfants. Les réfugiés désespérés et furieux n'étaient admis ni à Bakou ni à Kirovabad. Ils ne pouvaient rentrer, une partie a pu être hébergée chez des parents ayant déjà fui l'Arménie et installée dans les bidonvilles autour de Soumgaït. Entre temps, les "meetings pacifiques et démocratiques" dans le D.G. et en Arménie ont atteint leur point culminant. Les pogroms de familles azerbaïdjanaises à Stepanakert (jusqu'en 1923 Khankendi) se sont terminés par l'assaut du foyer de filles de l'institut pédagogique. Et voici les premières victimes : lors des désordres de rue dans le D.G., deux adolescents Azerbaïdjanais furent tués. Lorsque la nouvelle parvint à Soumgaït, la ville a éclaté en manifestation spontanée. L'amorce de la tragédie a été l'action des criminels et brigands de diverses nationalités, obligés pour la plupart de résider à Soumgaït (Bakou ne les enregistrant pas). Aux dires des fonctionnaires des forces de l'ordre d'URSS, cinq Arméniens furent tués et une Arménienne violée pendant les pogroms par un Arménien, un certain R. Grigorian, récidiviste en liberté conditionnelle ; cela fut aussi dévoilé par la presse de la république. La presse nationale n'a pas accordé son attention à ce fait. Apparemment, quelqu'un ne veut pas voir ternir les couleurs de la "barbarie azerbaïdjanaise". Comme tout le peuple soviétique, nous, Azerbaïdjanais, exigeons un châtiment sévère pour tous les auteurs des crimes de Soumgaït. Mais nous jugeons aussi indispensable de rechercher les liens de cause à effet entre le problème du D.G. et Soumgaït...

Des innocents sont morts, des centaines de milliers de personnes ont quitté leur abri. La confiance entre des peuples vivant "l'un dans l'autre" est foncièrement brisée. Au prix de leurs victimes, les extrémistes arméniens s'efforcent de démontrer leur droit exclusif sur l'interprétation de la justice historique. La direction "stagnante" a été changée dans les deux républiques. Et sans cela, on accorde encore aux habitants pas si misérables du D.G. une dotation d'un demi-milliard. Mais la situation n'est pas plus tranquille dans la région, ce qui est compréhensible. Car l'objectif des nationalistes expansionnistes n'était pas d'améliorer le cadre de vie des gens, mais d'étendre "l'espace de vie".

Depuis mai 1988, la quasi-totalité de la population azerbaïdjanaise d'Arménie, chassée par les bandes armées arméniennes, a franchi à pied, en caravanes de réfugiés, les montagnes enneigées vers PAzerbaïdjan. A présent, on veut expliquer les massacres et incendies par l'indignation des Arméniens "anciens, cultivés et civilisés" après les événements de Soumgaït. G. Mirzoeva, Sh. Kerimov et d'autres habitants du village de Saral de la région de Spitak en Arménie, racontent : "Le 1er décembre 1988, au km 15 de la route Kirovakan-Indjavan, une bande armée a tué S.G. Baladjaev, né en 1958. Il y eut huit blessés. V. Mamedov raconte que le 23 novembre, les nationalistes arméniens ont attaqué le village de Zali de la région de Kalinine en Arménie, ont brûlé les maisons et tué trois Azerbaïdjanais. Ce fait a également été évoqué dans une interview à la "Komsomolskaia pravda" le 15 mars 1989 par V.I. Tchlukhin, premier adjoint de la section générale des enquêtes auprès du procureur de l'URSS. "On rencontre encore des groupes armés sur les routes d'Arménie. Il faut les désarmer. Et si l'on parle d'armes, il y en a là-bas une quantité, en détention illégale. C'est pourquoi, je proposerai d'introduire dans les gros villages Azerbaïdjanais en territoire arménien des forces militaires... Il s'agit évidemment d'une mesure d'exception mais elle est rendue nécessaire et peut être une garantie pour le retour des populations transférées". Quant aux témoignages de massacres, incendies, pillages des paysans Azerbaïdjanais pacifiques par les bandes armées, ils sont innombrables...

Pour conclure cet exposé qui est loin d'être exhaustif, de la détresse de nos peuples, nous voulons encore nous arrêter sur la déformation, apparue dans les consciences, à cause de l'absence dans la presse d'estimation de principe du rôle joué par les expansionnistes arméniens dans l'analyse des causes du conflit. Cette situation ne favorise pas l'amélioration des relations interethniques et n'incitera pas les Azerbaïdjanais à oublier rapidement l'étape actuelle de la construction de la "Grande Arménie".


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